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Publié le 05/12/2010

Le Châtiment des flèches de Fabien Clavel

ED. PYGMALION / FANTASY, SEPT. 2010

Par Charmaine

Auteur prolifique et éclectique (à l’aise en fantasy, uchronie, mythologie antique ou anticipation) Fabien Clavel signe un western épique contant l’agonie d’un monde. Le Châtiment des Flèches est sans doute son roman le plus ambitieux et le plus abouti.


Royaume magyar, 997. Le roi Géza se meurt, laissant derrière lui un peuple divisé. D’un côté son fils István, marié à la toute jeune Gisela de Bavière, fervent croyant à peine sorti de l’adolescence. De l’autre, les tribus soumises à Géza et converties — souvent par la force — au christianisme byzantin sans toutefois renier leurs coutumes ancestrales. À leur tête, Koppány, cousin d’István, déterminé à restituer sa gloire passée au royaume magyar. Du côté d’István et de ses « Magyars blancs », l’Église, les preux chevaliers de Bavière et la foi, symbolisée par la lance d’or de saint Maurice. Du côté de Koppány et de ses « Magyars noirs », l’énigmatique Farkas au sourire de loup, la táltos Duna et le grand turul, l’oiseau de proie mythique des seigneurs nomades.
Le Châtiment des flèches conte cet affrontement sur près de quarante ans. D’abord conçu comme une sorte de western, le texte s’achève en tragédie aux accents shakespeariens.

[…] l’inconnu ne montrait aucun changement dans son attitude. Patient, il semblait attendre qu’on dégage son chemin, ne remarquant même pas la flèche encochée de l’archer.[…] un vague souffle de vent, à peine une brise, souleva un nuage de poussière. Ce fut le déclenchement.

Ambiances lourdes, pesantes. Gestes lents, peaux burinées, luisantes de sueur. Fabien Clavel donne à la Hongrie de l’an mil un parfum cinématographique (brillant hommage à Sergio Leone). Vraies gueules aux allures de loups, ses nomades sont avares en gestes et en mots. Ils portent dans leur silence un peu de la puszta, cette terre pour laquelle ils s’apprêtent à mourir. Leurs adversaires, les « Magyars blancs » d’István, n’appartiennent plus à ce monde. Le décor dans lequel ils se meuvent, combattent et meurent appartient à un Moyen-âge solennel, où les hommes portent des armures de métal, et où les femmes attendent, enfermées dans des forteresses. Au fil du roman, les figures nomades, taillées dans le roc, se fissurent, se brisent, écrasées par l’implacable avancée des chrétiens, de leur civilisation et de leurs lois. Le western se transforme en tragédie – et l’ultime affrontement entre István et Duna, écho de tous les autres, est l’un des plus dramatiques du récit.

Dans Le Châtiment des flèches, la dualité est omniprésente. C’est même l’un des principaux motifs structurels du roman. On la retrouve dans l’affrontement des chrétiens et des païens, entre István et Koppány, entre le turul et le Christ ; on la sent à chaque page dans le combat fratricide entre Magyars. Et si Farkas et la Meute expriment de manière évidente cette dualité, à la fois complémentaire et antagoniste, Gisela et Duna, les deux principaux personnages féminins la symbolisent parfaitement. Duna, la brune táltos dont le nom appartient au Danube (Duna), représente l’âme des Magyars et la terre de Hongrie. Gisela, la reine d’István, est l’étrangère, la chrétienne. Celle qui apporte l’ordre nouveau et la destruction.

Dans sa postface, Fabien Clavel explique que si Le Châtiment des flèches est un roman historique, il s’agit avant tout de fantasy. l’auteur prend certaines libertés avec l’histoire. Ce qu’il ne dit pas, en revanche, c’est à quel point il a su rendre, par petite touches, la richesse et la complexité de la Hongrie, pays déchiré par les guerres, trop souvent soumis (empire ottoman, Autriche), méfiant envers les étrangers, épris de liberté et fier de ses racines.

« Je veux que tu te demandes, dans les derniers instants qu’il te reste, si tu as vraiment effectué ce que tu crois avoir réalisé, déclare Duna au roi agonisant. Derrière chaque miracle de ton Dieu pâle, il n’y a peut-être qu’un tour de magie païenne. Ton royaume ne serait qu’une illusion ! »

Le Châtiment des flèches permet à Fabien Clavel de poursuivre son questionnement – présent dans la plupart de ses romans (en particulier La Cité de Satan et Homo Vampiris) – sur les religions, l’homme dans son rapport au monde et au temps. À ce titre, la rencontre entre Farkas, le loup d’István, vestige parcheminé d’un monde obsolète, et de Vadász, chasseur d’aurochs fantômes, en est un exemple à la fois terrible et magnifiquement écrit.


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Western tragique, hommage à la Hongrie où Fabien Clavel vit depuis plusieurs années (il enseigne le français à Budapest), Le Châtiment des flèches remplit brillamment son contrat.
Roman captivant et remarquablement bien conçu, on le referme en attendant de pied ferme les prochaines productions de Fabien Clavel.