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Publié le 01/06/2009

Le Clavier cannibale de Claro

ED. INCULTE, MARS 2009

Par Nathrakh

Claro semble bien imprudent. Il est surtout dangereux : toute son action est vouée à la contamination de notre belle littérature par des romans d’un sang impur et, somme toute, fort peu catholiques.


Que trouvons-nous dans ce Clavier cannibale, recueil d’essais de son état, bacille de mort dans sa réalité ? Le programme d’un fou, d’un homme empli de pus et de morve, de sperme et de bile, liquides qui ne font qu’entacher les œuvres de ce traducteur (car là est sa place, dans l’obscurité de ceux qui se masturbent devant le langage) et qui empêchent ses lecteurs de percevoir leur illisibilité.
Ces hommes n’ont pas vu la lumière, celle du reflet des cheveux blonds et cendrés des Grands Auteurs qui vivent ce que les pécores ne peuvent.

Claro nous parle de Thomas Pynchon, de William T. Vollmann, de William Gaddis, de Dennis Cooper ; il nous parle même d’Antonin Artaud et de Pierre Guyotat, auteurs nés sur le sol de notre patrie, mais dont les patronymes soulèvent un doute concernant la pureté de leur sang... Il les présente comme des créateurs de livres-monstres qui ne peuvent offrir qu’une effusion langagière sans véritable sens cartésien ; qu’une incompréhension dans l’esprit du lecteur, un peu bête, obligé à vivre le langage, à se laisser contaminer par lui, et qui ne peut dès lors plus se détendre après une dure journée de travail à l’usine ; qu’une confrontation au monde, à la saleté, aux rats et aux morts, alors que le bas peuple n’attend qu’un peu de bel espoir et de pieux sentiments.
Que peut attendre cette populace d’une certaine littérature de l’excès ? Littérature qui trouve, en notre temps, sa plus grande et sa plus obscène expression dans une langue d’outre-Manche et d’outre-Atlantique qu’il ne serait en aucun cas approprié de nommer...

Les textes de ce recueil sont un cri contre l’ordre et la littérature établis, et nous, citoyens de peu de corps et de beaucoup d’esprit, n’en avons que faire. L’expérience de la traduction et de l’écriture comme des choses du corps, soit celle de la violence du langage, du silence de notre pensée face à celui-ci, ne nous intéresse pas. Nous voulons classicisme, beauté, luxe.

Car, il faut bien le dire et, malheureusement, l’écrire, le corps est tout de même le pis-aller du pauvre.

En bon discours dialectique, cette contamination livresque se présente en trois parties. Figures et fréquences réfléchit sur des auteurs que le lecteur n’aura pas lu : de nouveau Pynchon, Vollmann, Cooper, ainsi que le petit Beckett, perdu dans l’allée dernière de la littérature française. Des « extrêmes » littéraires pour tout journaliste du Monde, qui aura bien raison : ils offrent des livres difficiles, compliqués, denses, comme si nous avions besoin de cela.
Claro établit les rapports qui existent entre leurs livres et la violence, celle de leur langage comme celle de leurs thèmes ; il parle de l’obscénité, des voix au sens propre de ces écrivains, de l’excès et de l’incertitude que ces livres nous font entrevoir. Claro insulte même, du ton cynique de l’homme concupiscent, notre littérature française, qui, il l’a entendu dans la rue du peuple illettré, n’existerait pas ; mais le lecteur baille : ce n’est pas comme cela que la croissance reviendra.

Claro s’occupe ensuite à Faire et défaire en discourant de la pratique de la traduction. Glorieux traducteur ! Il sera oublié, car c’est bien là son destin. Absent de la première de couverture, voire de la quatrième, il se complaît dans les latrines de l’édition, et a pour éthique de se faire le plus petit possible, s’il lui plaît. Il doit lui plaire, car, à quelques exceptions près, il est voué au silence et à l’absence. Sa tâche accomplie, apparemment difficile, il sera prié d’oublier le statut d’œuvre qu’il pourrait revendiquer. Car, si aucun mot original du Grand Papa qu’est l’Auteur n’est perceptible par le lecteur, c’est à lui que revient la Gloire de la Création ; de langage, il n’est pas question. La langue est un peu retouchée, on ajoute quelque tâche de français par-ci, par-là, et tout est enfin parfait. Hop. Dégage, traducteur. Et peu importe que Claro nous parle encore de Pynchon, de Gaddis et du travail qu’il a fait dans la simple transposition de leur langue vers le français, ou bien de la notion d’intraduisible : tout cela disparaîtra dans les affres et les malheurs de l’édition. FIAT LUX !

L’ignominie atteint son paroxysme dans la Fabrique de Claro, dernière partie de cet ouvrage dont l’inutilité ne peut qu’apparaître à la lumière de mon jugement. De petits textes, comme des coups de couteau dans le dos des hommes de gloire, fourbes et fallacieux. Claro énonce ce qui lui apparaît comme les déficiences et les laideurs de notre Grand Système Éditorial, par des comparaisons avec ce qui est fait dans d’autres pays (le critique n’a plus les noms en tête, c’est loin, et puis c’est cher, et puis on est tellement mieux à Paris), par un discours fielleux contre le Salon du Livre et le prix Goncourt et, enfin, par une description du métier d’écrivain. Ça ne fait pas vraiment envie, et ça n’étonnerait pas le critique que ces gens-là n’aient pas fait les Classes Préparatoires aux Grandes Écoles. Claro se croit malin à parler d’obscures maisons d’édition comme Fiction Collective 2, Soft Skull Press ou Minimum Fax. Il est de notre avis qu’ils feraient mieux de se trouver un travail respectable, et si Claro admire tant ces personnes et ne se plaît pas ici, il n’a qu’à les rejoindre, tout comme les communistes français (hum) allaient en URSS à l’époque. Tout cela n’est pas très sérieux.


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Bref, le lecteur s’ennuie. Aucun divertissement, aucune description de la vie difficile d’un Auteur dans un loft du centre de Paris. Quel intérêt ? Le lecteur n’a que faire de la collection du "Lot49" au Cherche-Midi, des traductions et des œuvres de Claro, de la littérature mondiale.
Claro semble faire acte de croyance en la littérature. Pire, on devinerait même qu’il est un écrivain. Mais un écrivain, ça ne gagne pas d’argent. Ça n’a même qu’un destin : ça passe par les armes.