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Première publication le 01/10/2008
Publié le 02/06/2010

Le Commando des Immortels de Christophe Lambert

REED. POCKET / FANTASY, AVR. 2010
1ERE ED. FLEUVE NOIR / FANTASY, 2008

Par Ubik

Après les plages sableuses du D-Day [si l’on fait abstraction de l’intermède londonien de Zoulou Kingdom], c’est au tour de la jungle moite de Birmanie de servir de cadre au nouveau roman de Christophe Lambert. Nous sommes en 1942-1943 et les alliés sont en train de se faire hacher menu en Asie par les Japonais. Tout va mal, ne reste plus qu’un espoir : envoyer un commando pour pénétrer profondément en territoire ennemi afin d’enrayer sa progression.


Le Commando des Immortels ne fait pas partie de ces romans qui suscitent de longs débats passionnés sur la manière d’interpréter le propos de l’auteur. En fait, les intentions de Christophe Lambert sont limpides ; il les expose d’ailleurs lui-même dans une post-face éclairante : Le Commando des Immortels est un platoon elfique transposé à l’époque de la Seconde guerre mondiale.

La dimension guerrière s’impose rapidement comme une évidence. Le roman use d’une manière efficace, très visuelle et documentée de thématiques abordées d’une manière strictement martiale par les films états-uniens de série B des années 1950. Les amateurs du genre penseront immédiatement à Les Maraudeurs attaquent ; la référence est d’ailleurs avouée par l’auteur lui-même. Les autres seront tiraillés sans doute par des réminiscences de l’adaptation cinématographique du roman de Pierre Boulle : Le pont de la rivière Kwaï. De toute manière, l’intrigue ne laisse aucune latitude au lecteur pour penser autrement.

Le lectorat suit donc la préparation de l’unité spéciale des Chindits en vue de la mission « Long range penetration ». Puis, il est directement immergé au cœur de la jungle, aux côtés des combattants, dans une course poursuite aussi haletante que sanglante [c’est peu de le dire] ; le tout dans le plus pur respect d’une trame linéaire et sans surprise, animée par des personnages stéréotypés : officier avide de gloire, fusiliers birmans dévoués, Gurkhas courageux, anglais flegmatiques et intransigeants, japonais fourbes et cruels, et quelques autres joyeusetés dont nous tairons ici les détails de peur de déflorer davantage l’intrigue. Evidemment, si le récit de Le Commando des Immortels s’en tenait à ce canevas déjà vu et lu une multitude de fois ailleurs, il ne susciterait pas la moindre once d’intérêt. Mais le roman comporte, fort heureusement, deux idées qui contribuent à le projeter définitivement hors du champ banal des romans de guerre à l’héroïsme facile.

La première idée originale consiste à introduire une divergence beaucoup plus fantaisiste qu’uchronique dans le déroulement historique. En effet pour contrer l’avancée nippone en Asie du sud-est, les stratèges alliés font appel au peuple des elfes et en particulier à leur talent pour la guérilla en milieu forestier. Cette divergence que certains jugeront totalement abracadabrante, ne tient hélas pas ses promesses. D’une part, parce que Christophe Lambert est bien trop sage. Ses elfes sont lissés de manière à correspondre au portrait académique qu’en ont dressé les laudateurs d’une imagerie de High Fantasy figée dans l’ambre. Ce sont des êtres diaphanes hyper spécialisés, à la longue chevelure très fine, masquant à peine leurs oreilles pointues, et qui entretiennent une bulle de vide autour d’eux. A aucun moment, ils ne semblent réellement [euphémisme] impliqués dans l’intrigue et il s’avère rapidement qu’ils n’interagissent pas davantage avec les humains du commando. Ils demeurent ainsi dans une réserve frustrante qui, à la longue, neutralise la suspension de l’incrédulité. D’autre part, Christophe Lambert établit d’emblée un parallèle entre les elfes et les tribus amérindiennes, au point de troquer leur nature féerique au profit d’une existence plus terrestre : celle de vaincus de l’Histoire. Le mimétisme est tellement prégnant que l’on oublie, à plusieurs reprises au cours du récit, que l’on a affaire à des elfes et non à des Natives people. Bref, leur seul intérêt se cantonne à servir de prétexte à l’intervention de J.R.R. Tolkien dans le récit.

Cette seconde idée originale est quant à elle, heureusement, un peu plus convaincante. Christophe Lambert ne transforme pas l’universitaire et érudit britannique en machine de guerre. On le remercie pour cela. Même si l’hypothèse apparaît complètement improbable [un Tolkien âgé de cinquante ans qui crapahute sous la canopée dégoûtant d’une humidité poisseuse], il réussit pourtant à la rendre crédible et même émouvante. Ainsi, Le Commando des Immortel apparaît-il, en quelque sorte, comme le voyage au cœur des ténèbres de Tolkien. Une plongée viscérale et sans le filtre sécurisant de l’écriture ou de la réécriture aux tréfonds de la matrice des mythes. Un exercice qui permet également de se laisser aller au jeu de l’intertextualité. Les connaisseurs relèveront forcément les allusions à Le Seigneurs des Anneaux, reconnaissant Gollum, Lothlorien et mines de la Moria [liste non exhaustive]...


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Malgré un sentiment d’inachèvement, Le Commando des Immortels est donc globalement un roman distrayant. Ce n’est sans doute pas le meilleur livre de Christophe Lambert, toutefois on ne peut affirmer non plus qu’il soit une œuvre honteuse.

En somme, un livre mineur dans la bibliographie de l’auteur.