• "cyber" désigne la "cybernétique" (art de gouverner) et, de là, les nouvelles technologies associées notamment à l’informatique ;
  • "punk" renvoie au mouvement de contre-culture né dans les années 70.

C’est William Gibson qui utilisa pour la première fois le terme "cyberspace" en 1981, inspiré par une publicité pour les ordinateurs Apple. Le directeur de la revue de science fiction Asimov SF Magazine, Gardner Dozois, a utilisé le terme cyberpunk en 1984, pour désigner un nouveau courant de la science fiction qu’il avait d’abord appelée en 1981 "punk SF".

Un autre auteur, Bruce Bethke (pas vraiment mémorable) avait donné le titre "Cyberpunk" a une nouvelle parue en 1983.


« Le ciel au-dessus du port était couleur télé calée sur un émetteur hors service. »
William Gibson (la première phrase de Neuromancien)


Au sein du mouvement, on peut tout aussi bien trouver des ingénieurs, des informaticiens, que des musiciens, des plasticiens ou des excentriques de tout poil, fanatiques de prospective et de nouvelles technologies.

Cette évolution est semblable à celle qui s’était produite au temps des beatniks : le terme avait désigné d’abord un groupe restreint d’écrivains, de poètes américains - dont E. Burroughs, qui à une grande audience chez les cyberpunks - avant d’être l’étiquette d’un vaste mouvement juvénile de contre-culture.Pour les punks des années 70, les nouvelles technologies associées à l’informatique sont aliénantes : ces punks n’avaient aucun espoir dans le futur de l’humanité (d’où l’expression fameuse : no future ! et leur "outil de communication" était leur propre corps utilisé selon un mode provocateur.

Pour les cyberpunks au contraire, ces nouvelles technologies peuvent être libératrices, elles portent en elle un espoir de transformation de la vie sociale et de libération.

Ce reversement - du pessimisme punk à l’optimisme "cyberpunk" quant à la technologie s’effectue déjà, relativement, dans les ouvrages de sciences fiction regroupés sous l’étiquette "cyberpunk" - William Gibson, Bruce Sterling, et autres - où elles ne sont plus nécessairement l’anticipation d’un usage terrifiant de la technique future ; il est encore accentué dans le courant de contre- culture qui prolonge le message de la nouvelle science-fiction et l’élargit.


Car si les auteurs de SF avaient réfléchi aux rôles de la machine, à sa compétition avec l’Homme, peu d’entre eux avaient entrevu les perspectives à la fois fascinantes et effrayantes ouvertes par les réseaux et les mondes virtuels.

Terminés donc les space-opera flamboyants, les extra-terrestres mal intentionnés et les mises en gardes écologistes contre les méfaits de la technologies : chez les cyberpunks, l’avenir est déjà là. Il a la forme d’une cité grise et rouillée en plein naufrage où la haute-technologie et les mondes virtuels côtoient une démocratie vacillante.

L’enjeu réside non dans l’exploration spatiale ni dans des luttes d’intérêts dépassant les millénaires, mais dans la vie réelle d’êtres humains embarqués, malgré eux, dans un monde hypra-technologique. Dans cet enfer bien réel, il faut maîtriser la technologie pour lui survivre.
Contre la science-fiction "de papa", celle de l’âge d’or, souvent trop naïve, les cyberpunks recherchent un style plus travaillé.

Ils empruntent au roman noir, n’hésitent pas à aller vers la poésie, et explorent de nouveaux thèmes pour la SF autour des technologies modernes, intelligences artificielles, nanotechnologies, réseaux.


Les premières expressions du mouvement se développent à Austin (Texas) dès 1975, puis en Allemagne - avec les "techno-anarchistes" - à partir de 1980 et en Italie - en particulier autour de la revue underground Decoder de Milan - à partir de 1986.

En France, existait déjà une grande tradition de piratage informatique dans les années 70 / 80 et qui fut totalement anéantit par l’état français. De nombreuse revues se sont fait l’écho de cette contre culture : Le magazine Clone, malheureusement disparu, Univers Interactif, le grand frère de toutes les revues cyber française, n’avaient rien à envier à leur confrère américain.

Alors, qu’entend-on ici par "nouvelles technologies" ? Pourquoi sont elles vues comme potentiellement "libératrices" ?

Cette étiquette convient, en particulier, pour désigner le magnétoscope, la vidéo, les ordinateurs individuels, les usages interactifs et alternatifs des vidéotels / minitels, qui prennent place parmi les "instruments" du "village global" [pour parler comme Mac Luhan, dont la pensée est très présente dans le mouvement].

Elle désigne des innovations qu’il ne faut pas limiter au champ de la communication au sens déjà traditionnel du terme ; elles participent de la production de la société (les communications de masse ont socialisé beaucoup de gens). L’information peut devenir ainsi un élément de libération et on donne souvent en exemple les hackers (pirates de l’informatique).

Les cyber-activistes, les pirates informatiques ou hackers, ne détruisent pas la technologie, ils la détournent en l’utilisant contre les représentations du pouvoir (police, mega-entreprises, medias) et en faisant circuler l’information. Ils ne pratiquent pas l’espionnage industriel : ils « libèrent » l’information pour lutter contre les abus de pouvoir de l’Etat ou des trusts industriels.

Pour eux, les nouvelles technologies sont libératrices et non pas asservissantes, car elles font circuler le savoir, et là est la clé de la liberté individuelle.

Pour finir nous diront que le mouvement cyberpunk, bien qu’informel propose une réflexion sur les implications de l’arrivée massive de la haute-technologie dans notre vie quotidienne.

Dans un entretien R. U Sirius, co-fondateur de Mondo 2000 disait : « Résister à la technologie en tant qu’outil de contrôle et d’abus ? Oui, bien sur, on doit être constamment en alerte et sur nos pieds. C’est important d’acquérir une connaissance sophistiquée de ces outils. Il n’est pas possible de simplement tourner le dos et ignorer, il faut apprendre à utiliser le Cyberspace, cet espace où nous sommes. Et si nous sommes concernés par la politique et les considérations sociales qui régissent ce monde, il faut agir au mieux dans cet espace ? C’est notre territoire, celui que nous devons assumer et dont nous devons préserver la liberté ».

Un concentré de l’esprit Cyberpunk !




LES TEXTES "FONDATEURS" DU CYBERPUNK

  • Johnny Mnémonic, nouvelle d’un auteur alors inconnu, William Gibson
    parue en 1982 dans la revue SF Omni
  • Neuromancien de William Gibson, publié deux ans plus tard.
    PRIX HUGO / PRIX NEBULA
    Case s’est fait démolir le système nerveux : pris en flagrant délit de piratage par son employeur, le hacker s’est fait griller.

    Le mystérieux Armitage lui offre la possibilité de se reconnecter au cyberspace et Case s’embarque dans une mission complexe à l’intérieur du réseau de la Matrix, représentation graphique 3D d’une sorte d’internet puissance 1000...
  • Mozart en verres miroirs, célèbre anthologie réunie par Bruce Sterling en 1986.
    En préface, il écrit "Le mouvement cyberpunk provient d’un univers où le dingue d’informatique et le rocker se rejoignent, d’un bouillon de culture où le tortillement des chaînes génétiques s’imbriquent. D’aucuns jugent le résultat curieux, voire monstrueux ; pour d’autres, cette intégration est une puissante source d’espoir."

Du même Bruce Sterling

  • Les mailles du réseau
  • Schismatrice+
  • et le recueil Crystal Express

AUTRES GRANDS TEXTES CYBERPUNKS :

et, dans une moindre mesure, citons comme cyberpunks des auteurs comme :

  • Lewis Shiner
  • John Shirley
  • Rudy Ricker
  • Gwyneth Jones
  • Michael Swanwick
  • Richard Kadrey
  • George Alec Effinger...

ET EN FRANCE ?

  • Maurice G. Dantec pour Les Racines du Mal
  • Paul Borelli pour L’Ombre du chat et Desordres
  • Jean-Marc Ligny pour Inner city

Mr.C