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Publié le 01/07/2006

"Le Cycle de l’Enjomineur" de Pierre BORDAGE

"1792", "1793" et "1794"

EDITIONS L’ATALANTE / LA DENTELLE DU CYGNE, 2004/2006

Par Nolive

« 1792 », « 1793 », « 1794 » : Le Cycle de l’Enjomineur est enfin bouclé. L’occasion de revenir sur ce roman qui oscille entre Histoire et fantasy, prenant racines dans la Vendée natale de l’auteur pour plonger dans les eaux troubles de la Révolution...


Émile est un enfant trouvé, élevé dans le bocage vendéen par un prêtre féru des idées des Lumières. On le dit enjomineur, fils de fée... Ses attitudes rationalistes, sa façon de ne prendre parti ni pour les royalistes, ni pour les révolutionnaires, lui valent de nombreux déboires qui le jettent sur les chemins peu sûrs d’une Vendée qui commence à s’enflammer... Il y trouvera l’amour en la personne de Perrette, la fille d’une étrange rebouteuse, et sera confronté au mystère de ses origines en rencontrant diverses créatures issues du folklore préchrétien : Petit Peuple, sirènes et autres mettront son rationalisme à rude épreuve et le pousseront à partir pour Paris, à la rencontre de sa nature et de son destin...

Cornuaud, lui, a fui la truanderie nantaise en 1789. Cherchant à échapper aux règlements de comptes de plus en plus violents lors des premiers jours de le Révolution, il s’est embarqué sur un négrier. Trois ans plus tard, il est de retour en France, possédé par l’esprit d’une sorcière vaudou qui lui fait payer le viol d’une jeune esclave en le poussant à massacrer un maximum de Blancs. Exactions qui l’obligeront pour survivre à embrasser alternativement et sans scrupule les causes royaliste et révolutionnaire.

Entre Vendée et Paris, entre « France d’en bas » à feu et à sang et hautes sphères du pouvoir manipulées par un puissant mouvement occulte, Emile et Cornuaud vont suivre des chemins se rapprochant sans cesse, découvrant peu à peu une France en Révolution saisissante de réalisme.

Bien que profondément ancré dans la fantasy, « L’Enjomineur » est avant tout un roman historique, très documenté, qui, au gré des aventures des deux personnages principaux - et d’une kyrielle de personnages secondaires, historiques ou non, mais toujours crédibles - immerge le lecteur dans les événements et les mentalités de l’époque avec une redoutable efficacité.

Sans jamais prendre parti pour un bord ou l’autre, BORDAGE met l’accent sur l’absurdité des luttes fratricides qui ont ensanglanté la France, et à travers elles sur la confrontation entre le rationalisme né des Lumières et le mysticisme hérité des temps anciens.

C’est là que le recours à la fantasy [n’en déplaise à certain académicien de notre connaissance] trouve sa pleine justification. Il stigmatise l’émergence d’un monde moderne empêtré dans ses contradictions, qui s’impose des dogmes, religieux, politiques et sociaux, sans réaliser qu’en se coupant ainsi de ses racines [condamnant à l’oubli les peuples féeriques], il échoue à trouver la voie nouvelle qu’il recherche. Et prête le flanc aux pires démons du passé, incarnés par un puissant culte mithraïste - culte qui profite du manichéisme révolutionnaire pour tenter de figer la société dans un mysticisme mortifère.

Cette plongée dans l’Histoire permet à son auteur, débarrassé des contraintes d’exposition de l’anticipation ou de la SF, de renouveler l’approche de ses thèmes de prédilection : le rejet des systèmes qui enferment l’humain, la nécessité pour chacun, homme, peuple ou société, de trouver une voie qui lui soit propre, tirant parti de ses potentialités comme de ses défauts, libérée de toute forme de conditionnement.


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Une fois de plus, le talent du conteur, le souffle de l’écriture font des merveilles, et permettent d’oublier quelques baisses de régime dans le déroulement d’une intrigue sans réelle surprise mais efficace, qui sert avant tout de trame à la fresque historique qui émerge de ce roman.

Une lecture plus qu’agréable, et la preuve, s’il en était besoin, que Pierre BORDAGE sait se renouveler pour poursuivre avec bonheur l’exploration de sa vision de l’humain.