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Publié le 26/07/2010

Le Dernier Dimanche de M. le Chancelier Hitler de Jean-Pierre Andrevon

ÉD. APRÈS LA LUNE, JUIN 2010

Par Ubik

Contraint à l’exil depuis la défaite du Reich en 1945 face à l’Armée rouge, l’ex-chancelier Adolf Hitler vit désormais, sous la surveillance du FBI, dans un appartement de South Brooklyn. Une existence de reclus, partagée entre une épouse qu’il délaisse et des rêves toujours de fer.
Nous sommes en 1949, l’homme est âgé de soixante ans. Chef d’un État fantoche, abandonné de ses fidèles et en proie à la maladie, il nourrit pourtant des projets grandioses pour l’avenir, surtout depuis que l’URSS a attaqué Pearl Harbor, provoquant ainsi la Seconde Guerre mondiale.


Roman grinçant et uchronie minimaliste, Le Dernier Dimanche de M. le Chancelier Hitler illustre s’il en est besoin le talent de satiriste social de Jean-Pierre Andrevon. Aucune surprise sur ce point, la dédicace à Norman Spinrad annonçant d’emblée la couleur.
Écrit au vitriol, ce court roman se présente comme une tragicomédie jouée par des acteurs grotesques sans se forcer. En personnage principal, l’ex-chancelier du IIIe Reich, vieil homme terne, radotant ses rêves de grandeur et de pureté, apparaît pathétique, suscitant plus le dégoût que la pitié.
Nul ne sort indemne du regard empreint de cruauté et malgré tout fort drôle de Jean-Pierre Andrevon. Que ce soient Éva, l’épouse du führer en berne, relookée ici en bimbo typique des films de Billy Wilder, ou Hermann Goering, présenté comme un arriviste grossier et jouisseur, en passant par la société américaine, il est vrai décrite à gros traits via le regard d’Hitler, tous provoquent l’hilarité. Un rire tenant plus du ricanement sardonique qu’autre chose, il faut en convenir.

Le dispositif narratif impressionne par sa simplicité et sa sobriété, le lecteur étant convié par Adolf Hitler lui-même à vivre les trois dernières journées de son existence de pré-retraité du totalitarisme. On s’attache aux pas du dictateur cacochyme, immergé à ses côtés dans les tracas quotidiens, les douleurs – il vit sous la contrainte d’une prostate tyrannique –, tourmenté par la maladie de Parkinson et un Alzheimer naissant.
Confronté aux humeurs changeantes du personnage, sans cesse traversé par les mêmes obsessions, ressassant son dégoût de l’humanité et pourtant enclin à concevoir un avenir meilleur pour celle-ci, on ressent la totale médiocrité guidant le cours de sa vie et de son combat politique.

En conséquence, l’uchronie sert ici de révélateur. Elle dessine en creux le portrait d’un vieux maniaque, accréditant par là-même la thèse de la banalité du mal, développée par Hannah Arendt à l’occasion du procès d’Eichmann.
Pour autant, Jean-Pierre Andrevon ne disculpe pas Hitler des crimes découlant de l’idéologie nazie. Bien au contraire, il en dévoile toute l’inanité, pour ne pas dire le nihilisme intrinsèque, sans omettre de préciser que le nazisme n’a sans doute pas le monopole en ce domaine.


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Lecture bienvenue, pour ne pas dire salutaire, Le Dernier Dimanche de M. le Chancelier Hitler est évidemment à recommander aux habituels esprits pessimistes. Car comme d’aucuns le devinent, ils sont les plus attachés au progrès, trouvant dans le spectacle de la noirceur de l’humanité et celui de l’absurdité des conventions sociales, un moyen de conjurer leur angoisse et d’espérer du meilleur.