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Publié le 06/11/2010

Le Fond du ciel de Rodrigo Fresán

[El fondo del cielo, 2009]

ED. SEUIL, OCT. 2010

Par Pete Bondurant

Imprégné de culture pop, l’auteur de Mantra a su conquérir un public avide de bizarreries littéraires, à la croisée de Borges et Pynchon. Le Fond du ciel ne revendique pas de lectorat précis, mais son érudition en matière de science-fiction et ses clins d’œil constants à l’histoire du genre ne peuvent manquer d’attirer l’attention des amateurs.


Qu’est-ce que Le Fond du ciel ? D’après la notice de Rodrigo Fresán, son auteur, un roman de « science-fiction intimiste et domestique ». Soit un roman avec de la science-fiction, mais tourné vers le passé. Un roman qui considère le passé comme un vaste continent étranger, une galaxie alien à la lumière déclinante, menaçant de disparaître. C’est aussi une histoire d’amour, un tableau zen, la capture d’un moment parfait. Un haïku sur la science-fiction.

Cela commence de façon confuse, et finit en Apocalypse. Il y a à peu près trois personnages, dont on aperçoit l’adolescence commune, par bribes, dans le New York des années 1930. Une époque qui voit se constituer le fandom SF, à la faveur d’un goût nouveau pour le Futur, le Lointain, l’Invraisemblable. C’est l’Âge d’Or, avec ses parutions à deux sous, ses clans, son effervescence, pas loin des « Aventures merveilleuses » de Kavalier et Clay. Un jour, le trio de personnages se brise ; la fille s’en va, les deux garçons amoureux restent sur le bord de la route, après un adieu déchirant. L’un devient un auteur médiocre de science-fiction, l’autre un scientifique assoiffé de fin du monde. Un roman non-signé leur parvient par bribes, racontant un éternel coucher de soleil sur une planète inconnue. Le roman devient culte. Qui l’écrit ? A-t-il une fin ? Relève-t-il de la fiction, ou n’est-il que l’enregistrement des dernières heures d’une race réelle, immortelle, inconnue, qui nous observe pour passer le temps, et dont certains humains, à l’image d’un Mark Rothko hanté par des couleurs d’un autre monde, sont les yeux sur Terre ?

Tel est le script barré de Le Fond du ciel, dont l’humour sous-jacent fait des ravages. Il faut avoir une certaine connaissance de l’histoire de la SF pour en saisir toutes les subtilités. Car Fresán ne décrit pas notre histoire, mais une histoire parallèle (et pourtant similaire), dans laquelle Philip K. Dick s’appelle « Warren W. Zack », et Lovecraft, « Darlinskills » (pour ne citer qu’eux). Dès lors, tout est dans le clin d’œil, la référence cachée, la blague d’initiés. Pour parler de Proust, l’auteur évoque le roman « Les Temps sans temps », « le récit obsessionnel de Mars-El, le dernier Martien, un voyageur qui après avoir ingéré une étrange boisson distillée à partir de la poussière en suspension sur les anneaux de la mélancolique Saturne, reculait jusqu’aux confins de son enfance, et, de là, reprenait le cours de sa vie comme s’il la voyait de l’extérieur, comme s’il la lisait, comme s’il s’agissait d’un livre composé de nombreux autres livres. »

Hilarant, Le Fond du ciel dresse parfois un portrait au vitriol du milieu SF. En creux, il diffuse une nostalgie de l’Âge d’Or, quand le Futur semblait digne d’intérêt, que le Passé n’était pas un refuge, et le Présent une impasse. Le récit des trois protagonistes converge alors vers le souvenir d’une matinée neigeuse de leur enfance, moment de bonheur partagé qui fut comme l’acmé de leur existence, et qu’ils cherchent à immortaliser par les mots ; un instant de plénitude, d’harmonie, sur laquelle le monde devrait finir. À la manière de la dernière chanson de Sgt Peppers des Beatles, « A Day in the life », qui conclue l’album sur un accord parfait, indéfiniment amplifié et prolongé, Le Fond du ciel raconte la fin d’un monde, et sa suspension dans une note pure, résonnant pour l’éternité.


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Drôle et émouvant, truffé de références, Le Fond du ciel est une petite gâterie pour les connaisseurs. À lire, vite.