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Publié le 05/07/2010

Le Livre sans nom
Anonyme

ÉD SONATINE, 2010

Par Gregory Drake

La réclame ne manque pas de ressources pour vendre ce qu’elle souhaite aux consommateurs/lecteurs avertis. Les éditions Sonatine le prouvent en nous proposant Le Livre sans nom diffusé avec succès en 2007 sur internet par un auteur anonyme, avant d’être édité en bon vieux format papier l’année suivante chez les Anglo-saxons.


Décrit comme « original » et « culte », Le Livre sans nom évoque sans difficulté d’autres mystères pop-culturels tels que Ring, le Necronomicon ou Le Projet Blairwitch. Le piège est connu mais reste terriblement difficile à éviter quand l’éditeur n’hésite pas à affirmer la filiation de l’ouvrage avec le cinéma de Carpenter et Tarentino. Cerise sur le gâteau, une bande-annonce d’une minute quatorze secondes tente d’apporter la preuve par l’image que la lecture du Livre sans nom peut provoquer de plus grandes sensations de plénitude que la vision d’un Sergio Leone sous stupéfiants.
Une nouvelle fois le chaland découvre une boîte qu’il se réjouit d’ouvrir malgré la mention « À vos risques et périls » qui figure sur le couvercle. La déception l’attend au bout du chemin.

Les sociopathes les plus crasseux de la planète ont élu repaire dans la petite ville de Santa Mondega, point de rencontre des deux Amériques, à l’ombre du reste du monde. L’époque reste indéterminée, en proche orbite de la nôtre, mais ce qui compte surtout, c’est le Tapioca Bar, centre névralgique de ce qui pourrait bien être l’antichambre de l’enfer. Tel une scène de théâtre de boulevard, le Tapioca, endroit interlope et sordide où l’on sert de la pisse bien froide aux nouveaux venus, restera le lieu principal de l’ouvrage, plutôt calme avant l’arrivée d’un mystérieux étranger au visage enfoui sous une capuche : le Bourbon Kid. Ce dernier a en effet la fâcheuse habitude de dézinguer tout ce qui bouge une fois son verre de bourbon avalé. Y a-t-il un rapport entre son retour et l’arrivée de ces deux moines à la recherche de l’Œil de la lune, talisman aux propriétés magiques qui leur a été dérobé et attire les convoitises les plus avides.
Dès lors, une alternance perpétuelle de tensions/explosions chahute le lecteur. Les personnages s’accumulent, parfois pittoresques mais souvent proches du ridicule. Un tueur professionnel sosie d’Elvis Presley, un boxeur de foire en mission pour Dieu, des truands petits et grands d’un stéréotype grand millésime, des créatures des ténèbres un peu trop à la mode en ce moment… L’auteur n’a pas lésiné sur les moyens au risque de provoquer l’écœurement. Dans Le Livre sans nom, tout le monde s’agite, trahit, étripe et défouraille à un rythme effréné qui peine parfois à masquer l’énorme faiblesse de l’intrigue.

L’indigestion finale vient en fait de la méconnaissance qu’a l’auteur de la différence entre une référence et un cliché. La référence est le plus souvent d’essence subtile et se distille avec finesse dans un texte. Elle crée une forte connivence entre l’auteur qui la dissimule et le lecteur qui la détecte, permettant à ce dernier de s’immerger au plus profond de l’histoire. Le cliché, lui, intervient sans prévenir, avec force et brutalité, il se veut marquant, le plus souvent drôle, et doit, comme le piment de Cayenne, s’utiliser avec parcimonie. L’auteur anonyme du Livre sans nom assène au lecteur une multitude de clichés, parfois expliqués à outrance par le traducteur, qui annihilent le plaisir de lecture tant ils deviennent énervants. Loin des finesses de Tarentino et sur un plan de réalité différent de celui de Carpenter, Le Livre sans nom a certainement reçu un bon accueil Outre-Manche, mais force est de constater qu’il n’est qu’un divertissement de piètre qualité : une histoire cousue de fil blanc et écrite dans un style des plus indigestes. Sa suite, intitulée The Eye of the Moon, risque de ne pas faire mieux.


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La réclame a encore frappé. Le Livre sans nom, porté par un marketing transparent qui reprend à son compte l’accumulation de gimmicks chère à son auteur anonyme, s’étend sur 460 pages qui se lisent aussi facilement qu’un journal télé mais s’oublient encore plus vite. Jetable.