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Publié le 01/04/2005

"Le Mort-Homme" de Denis BRETIN

EDITIONS DU MASQUE, OCTOBRE 2004

Par Ubik

Le Mort-Homme. Ce nom est plus qu’un mot dans la mémoire et la chair de nombreuses gueules cassées et autres mutilés de la Première Guerre mondiale, cette « Der des der » meurtrière. Cependant, en 2005, près de 90 ans après le début du premier conflit mondial, que reste-t-il de ces douloureux souvenirs ? Quelques clichés photographiques aux teintes délicieusement surannées et qui ne montrent pas grand chose de la réalité, des témoignages de plus en plus écrits et de moins en moins oraux, une dizaine de pages dans les manuels scolaires et une poignée d’heures dans le programme d’Histoire. Au détour de la multitude des ouvrages historiques, des romans de la littérature anti-militariste ou militariste, on trouve désormais un nouvel avatar en forme de court thriller fantastique. Son titre, comme par hasard, « Le Mort-Homme ».


« On dit que les assassins reviennent toujours sur le lieu de leurs crimes, mais on ne parle jamais du fait que les assassinés, eux, ils risquent pas de revenir puisqu’ils en sont jamais partis. »

Ainsi s’exprime un gamin de 12 ans à peine. Au commencement de ce roman de Denis Bretin, on trouve une histoire de gosses. De sales gosses d’ailleurs et l’on pense immédiatement à d’autres textes, ceux de Dan SIMMONS ou de Stephen KING mettant en scène cette jeunesse exubérante mais pas très disciplinée. Becky est un de ces morveux, adolescent aux hormones en bataille et fatalement cancre. Cependant, il a des excuses. Tout d’abord, il est la cible de la bande des durs de l’école qui ne souhaitent qu’une seule chose : lui pourrir la vie. Dernière trouvaille de ces petites canailles, l’attraper pour lui faire la bite au bitume car l’expression sonne bien à l’oreille. Comme si ceci ne suffisait pas et aussi pour cette raison, Becky est un enfant abandonné. Elevé par son oncle, un immonde alcoolique pas piqué des « verres », il est utilisé sans vergogne par celui-ci dans un commerce illégal. Grâce à sa petite taille, Becky « la fouine » est envoyé dans les anciens boyaux à demi effondrés du champ de bataille de Verdun afin d’y récupérer des munitions perdues et d’autres reliques monnayables sur le marché interlope des collectionneurs.

C’est ainsi que nous découvrons le Mort-Homme, friche lugubre au passé chargé, dans laquelle l’existence de Becky va prendre un tour surnaturel et sanglant. Jusque là, tout va bien, si l’on peut dire. La pression monte progressivement ; les différentes composantes du contexte se mettent en place et le lecteur, que je reste avant tout, goûte avec plaisir l’atmosphère et le style imagé d’un récit raconté à la manière d’un enfant mûri avant l’âge. Puis, subitement l’histoire s’égare, court-circuitée par un épisode se déroulant dans une clinique gériatrique.

Expliquons-nous.

Becky y effectue un séjour pour recevoir des soins « au noir » suite à un accident dans les galeries du Mort-Homme. Il y fait la connaissance d’un inquiétant médecin, sorte de Mengele de la psychiatrie, et d’un jeune employé drogué aux jeux ultra-violents en réseau. On a alors l’impression qu’un second sujet vient parasiter le premier et l’on cherche le rapport entre les deux en espérant que l’auteur sait où il va. Rassurons-nous, le rapport existe mais il est mince et le roman aurait gagné, à mon avis, en efficacité en éliminant cet aspect superflu pour se concentrer davantage sur le mécanisme de la possession, je vais y revenir, et son dénouement, hélas un peu bâclé.

Revenons au récit. A sa sortie de la clinique, le quotidien pesant de Becky lui retombe sur les épaules avec son fardeau de vacheries journalières. Cependant, le jeune garçon n’est plus le même. Il semble désormais possédé et couche sur le papier un témoignage qui lui échappe. Ceci est d’ailleurs l’occasion pour Denis BRETIN de déplacer l’action de son texte pendant la Première Guerre mondiale. Sans doute un des meilleurs moments de ce roman. Néanmoins, une question reste entière : de qui Becky est-il le porte-parole ? La réponse est d’autant plus vitale que les événements prennent rapidement un tournant inquiétant avec la mort violente de plusieurs personnes de l’entourage du gamin et l’omniprésence d’un mort homme incarné. N’allons pas plus loin, de crainte de déflorer excessivement le sujet.

C’est une impression mitigée que me laisse ce roman. Sans doute est-on plus exigeant avec les livres que l’on a apprécié et qui nous laissent au bout du compte insatisfait. Denis BRETIN nous propose un texte assez composite en abordant à la fois les domaines du fantastique, de l’Histoire et du réalisme social. Pourquoi pas ? Thierry JONQUET dans « Ad Vitam Aeternam » avait réussi un exercice semblable, l’ingrédient historique en moins, bâtissant un roman subtil et captivant autour des thèmes de la mort et du rapport au corps. Ici c’est un liant plus net entre les différents domaines et un dénouement moins hâtif qui font défaut car pour le reste ; les personnages, les lieux et les atmosphères ; le potentiel en gestation n’est pas négligeable.


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Donc, même si « Le Mort-Homme » ne se lit pas sans déplaisir, il laisse l’impression d’un roman écartelé entre plusieurs sujets au détriment de la cohérence de l’ambiance de l’ensemble.

Petite déception donc, mais quelques raisons d’espérer aussi.