Vous ne pensiez tout de même pas que vous alliez y échapper ? Les sapins agressent les fleuristes, les guirlandes prennent d’assaut les boulangeries, les cafés se peinturlurent de neige carbonique et les poupées dansent leurs farandoles mécaniques dans les yeux des petites filles...
Mais le Cafard cosmique ne vous laissera pas tomber : pour combler les amateurs de SF&F au soir du 24 décembre, voici le Plus Meilleur de 2009.



Le Club des Policiers yiddish de Michael Chabon
PRIX HUGO 2008 DU MEILLEUR ROMAN
Meyer Landsman est un flic solitaire et meurtri par l’existence. Juif, libre-penseur, le genre de noz [un flic en yiddish] à ne connaître que deux états : le travail et la mort.
Sur un bout d’Alaska, concédé en guise de terre promise par le gouvernement de Franklin D. Roosevelt afin d’accueillir les Juifs d’Europe de l’Est, le climat est rude, la promiscuité permanente et le voisinage avec les tribus indiennes pollué par le souvenir d’émeutes déclenchées jadis par les plus extrémistes des Yids.
Pourtant, Meyer s’entête à faire son boulot : un inconnu a été exécuté d’une balle dans la nuque dans une chambre d’hôtel. Lorsque l’identité du pisher s’avère être celle du fils du rebbè des verbovers, une des plus puissantes communautés fondamentalistes juives, Meyer revit par bribes son passé familial, condensé de l’histoire du peuple juif en Alaska.

Roi du matin, reine du jour de Ian McDonald
On pourrait entamer cette chronique de la même façon que pour un roman de Robert Holdstock, tant la parenté entre l’univers de cet écrivain et celui de Ian McDonald paraît évidente. Roi du matin, reine du jour explore une thématique très semblable à celle abordée dans Mythagos Wood et dans La Chair et l’Ombre, ce mélange subtil de fantastique - le surnaturel faisant irruption dans un contexte réaliste datable - et de fantasy, légitimée par une explication psychanalyco-scientifique. Toutefois, Ian McDonald se distingue de son devancier par une plus grande aisance dans les passages didactiques et par un talent de conteur époustouflant.
Vivement conseillé.

World War Z de Max Brooks
La Guerre des Zombies a eu lieu. Une dizaine d’années de conflit suivies d’environ autant de reconstruction. Et l’humanité a donc, tant bien que mal, remportée la victoire. Mais à quel prix ?
C’est pour commencer à répondre à cette question que le narrateur a écrit ce livre, version longue du rapport qu’il a établit pour l’ONU. Des premiers signes à la victoire, si elle a jamais eu lieu, en passant par toutes les grandes phases stratégiques, il nous décrit cette terrible guerre, et esquisser au passage ses traumas et conséquences pour notre civilisation.
Un grand livre, totalement inattendu qui plus est.

Le Déchronologue de Stéphane Beauverger
Au XVIIe siècle, sur la mer des Caraïbes, le capitaine Henri Villon et son équipage de pirates luttent pour préserver leur liberté dans un monde déchiré par d’impitoyables perturbations temporelles. Leur arme : le Déchronologue, un navire dont les canons tirent du temps...
Roman ambitieux et maîtrisé, Le Déchronologue consacre son auteur comme un des plus brillants de sa génération.

Outrage et Rébellion de Catherine Dufour
Accompagné d’une bande de potes en mal de sensations fortes, Marquis défie l’autorité des surveillants de son pensionnat en montant un groupe de musique qui ressuscite l’esprit déjanté et sulfureux d’un courant musical issu des siècles passés : le punk. C’est un peu sex, drugs, and Rock & Roll dans pensionnat doré. Le succès du groupe va rapidement se propager au-delà des frontières des Conglin. Ce qui n’est pas forcément pour plaire à tout le monde. Echappant à la répression qui s’abat sur la pension, Marquis va trouver refuge dans les sous-sols de Shangaï où il va poursuivre sa carrière de musicien rebelle. Et à travers lui, c’est la révolte de tout un peuple qui va se réaliser...
Outrage et Rébellion... Comme la volonté d’une écrivaine turbulente qui refuse obstinément de se laisser enfermer dans la plus petite case.


Vision aveugle de Peter Watts
Dans un futur plus ou moins proche, plusieurs milliers de sondes atteignent simultanément la Terre et prennent un instantané de notre monde. Pour découvrir la nature et les intentions de l’intelligence responsable de cette intrusion, un vaisseau part aux confins du système solaire.
Science-fiction intelligente et ambitieuse, Vision aveugle est un excellent roman.

Gagner la guerre de Jean-Philippe Jaworski
Premier roman du lauréat du Prix du Cafard cosmique 2008, Gagner la guerre était, pour employer un euphémisme, attendu au tournant. Attente d’autant plus fébrile que l’objet du délit était annoncé par son éditeur comme volumineux (près de 700 pages pour 1 kilogramme de papier) ; pour un premier roman, avouez que c’est culotté.
Gagner la guerre nous permet de retrouver cette bonne vieille canaille de Benvenuto Gesufal, spadassin affilié à la guilde des chuchoteurs, devenu maître espion auprès du podestat - le plus haut magistrat de la République - Leonide Ducatore. La cité de Ciudalia est en guerre contre le royaume de Ressine, dont elle vient d’écraser la flotte à l’occasion d’une incroyable bataille au Cap Scibylos...
Difficle d’en révéler davantage sans tuer en partie le suspense savamment entretenu dès les premières pages. Sachez cependant que Don Benvenuto se retrouve rapidement mêlé à une intrigue politique aux motivations fort louches, qui lui vaudra force coups de latte et de très gros ennuis une fois de retour à Ciudalia.
Incroyablement prenant et superbement écrit, Gagner la guerre est assurément l’une des plus grandes réussites de ces dernières années dans le domaine de la fantasy.

Le Diapason des mots et des misères de Jérôme Noirez
Douze nouvelles et trois contes pour enfants morts nés qui font quinze : Le Diapason des mots et des misères.
15 tours de piste au cirque du burlesque et des ombres.
15 bluettes tritoniennes, Diabolus in Musica de la première à la dernière note.
15 prises de vue en super 8, où les petits enfants tristes finissent par grandir et errer sur les ondes psychotropiques de la kétamine. Avec des fois un gentil flamant rose ou bien un ourson mort pour leur tenir compagnie. La chance !...

Trames de Iain M. Banks
Le monde-gigogne de Sursamen abrite une quinzaine de niveaux et autant de formes de vies plus ou mois intelligentes, des Voilegraines, des Cumuloformes, des Vésiculaires, les megabaleines montiennes... Aux 8eme et 9eme niveaux vivent également deux races humanoïdes médiévales, les Sarles et les Deldeynes, en guerre ouverte. Une guerre très localisée qui, pourtant, cache des enjeux de pouvoirs largement plus vastes et qui ne va pas tarder à attirer la curiosité inquiète de la Culture.
Huit ans après Le sens du vent (Prix du Cafard cosmique 2003), Iain M. Banks revient au Cycle qui a fait de lui le grand rénovateur du Space opera.

Axis de Robert C. Wilson
Axis se déroule trente ans après la fin des événements de Spin, avec de nouveaux personnages mais la même quincaillerie SF. Difficile donc de l’évoquer sans avoir le volume précédent à l’esprit.
Spin traite du destin de trois personnages (Tyler, Diane et Jason) pendant la période d’enfermement de notre planète dans une bulle au temps ralenti. Profitant du décalage temporel, les humains ensemencent puis colonisent Mars, à son tour victime du même phénomène que la Terre. En retour, les Martiens offrent aux Terriens un traitement de longévité ouvrant la voie à un « quatrième âge ». Le livre se conclue sur la disparition des Spins et l’apparition d’un gigantesque portail ouvrant sur un autre monde.
Jason succombe aux effets secondaires d’une version spéciale du traitement martien ; Diane et Tyler, enfin réunis et devenus des Quatrièmes Âges, s’enfuient à travers le portail. Quant aux créateurs du Spin — baptisés les Hypothétiques — et du portail, on n’en sait toujours rien.
Axis : trente ans plus tard sur ce nouveau monde, Équatoria. On y suit Isaac, un petit garçon spécial élevé au sein d’une communauté de Quatrièmes Âges perdue en plein désert ; Lise, jeune femme à la recherche de son père mystérieusement disparu ; enfin Turk, baroudeur équatoriais. Un 34 août, alors qu’Isaac se promène dans le désert et que Lise et Turk sortent dîner pour tenter de renouer une relation à peine ébauchée, une pluie de cendres grises balaye la planète. D’où viennent ces cendres ? Sont-elles de simples artefacts ou de nature organique ? Et quel est leur lien avec les Hypothétiques ?

Océanique de Greg Egan
Dernier de notre sélection, Océanique est le troisième volet d’un projet éditorial audacieux — l’intégrale raisonnée des nouvelles de Greg Egan. Le recueil complète donc le travail débuté avec Axiomatique et Radieux.
Au menu, football quantique, univers parallèles mathématiques, tubes musicaux fabriqués en labo, transplantation de cerveau, transhumanités, et puce neuronale...
Des moments de génie traversent ce recueil !


Mr.C