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Publié le 07/03/2010

Le Royaume des devins de Clive Barker

[Weave world, 1987]

ÉD. ALBIN MICHEL, 1989 - RÉÉD. FOLIO SF, JANV. 2010

Par Tallis

La parution des Livres de Sang en 1984 avait imposé d’emblée Clive Barker comme l’un des maîtres du récit d’épouvante, un World Fantasy Award venant couronner la réussite exceptionnelle de ce recueil de nouvelles.
La consécration du Barker romancier s’est révélée par contre nettement plus lente. Si Cabale et Le Jeu de la révélation possédaient d’indéniables et marquantes originalités (les « têtes d’épingles » immortalisées plus tard au cinéma), ces deux ouvrages manquaient cruellement de tenue sur la longueur.

Il en va tout autrement avec Le Royaume des devins, dont l’ambition et l’ampleur relèguent ces deux premiers essais au rang d’aimables brouillons.


En partant à la poursuite d’un de ses pigeons de compétition échappé de sa cage, Calhoun Mooney tombe sur un étrange phénomène : une véritable nuée d’oiseaux de toutes sortes qui tourbillonnent autour d’une demeure a priori banale. C’est là que vivait la vieille Mimi Laschenski avant d’être transportée quelques jours plus tôt à l’hôpital, rongée par la maladie.
Intrigué par cet événement, Calhoun entre dans la maison et pose par hasard les yeux sur un tapis en passe d’être embarqué par les déménageurs. Au cœur de celui-ci, un véritable monde semble aimanter son regard et lui promettre les plus folles découvertes : la Fugue.

Cal n’a plus qu’une idée en tête : mettre la main sur ce tapis afin de concrétiser toutes ses aspirations. Mais sa quête le met très vite face à face avec un couple très étrange : la superbe Immacolata et Shadwell le Vendeur qui cherchent de leur côté à détruire cette étrange contrée gorgée de magie…

Avec Le Royaume des devins, Clive Barker fait preuve d’une démesure peu commune. À cheval entre fantastique et fantasy, le roman entrelace intimement l’horreur pure et le merveilleux dans un livre d’images proprement fascinant. Au départ, le scénario tient de la quête initiatique la plus classique : le jeune héros gentiment dingue qui s’associe à une jeune femme séduisante pour sauver un monde merveilleux au bord de la destruction. La suite se révèle bien plus complexe et perverse : sans quitter cette ligne initiale, l’auteur densifie sa trame sur le principe vertigineux des poupées gigognes et fait pénétrer son lecteur dans une multitude d’univers emboîtés les uns dans les autres pour l’amener au cœur de la magie.

Les péripéties s’enchaînent tout au long des 900 pages du récit et le catalogue des merveilles et des atrocités paraît sans limites. Outre les quatre familles peuplant la trame de la Fugue et ses paysages magiques, Barker place en point d’orgue trois figures maléfiques inoubliables. Shadwell le Vendeur, l’humain en quête du pouvoir et fasciné par la magie, se révèle sans doute le plus fou. Uriel, monstre étrange aux origines indéterminées embarque la partie finale du récit dans une étrangeté tout à fait fascinante. Et puis – et surtout – Immacolata et ses étranges sœurs, exilée de la Fugue et qui ne rêve que de vengeance : tour à tour tragique, pathétique et terrifiante, elle se pose en véritable figure de proue du récit et fait paraître d’autant plus banal le couple de héros chargés de sauver la Fugue.

L’auteur évite élégamment l’écueil du manichéisme. Ici point de merveilleuses créatures éthérées mises en danger par les humains : chaque lieu de la Fugue possède ses dangers et les Devins qui les peuplent font preuve d’un dédain teinté de racisme envers les Coucous (surnom donné aux humains) et leur terne univers. Le message véhiculé par Barker sur la possibilité de concrétiser ses rêves ou sur la puissance de la littérature dégage un parfum d’authenticité sans sombrer pour autant dans le simplisme.
La combinaison de tous ces ingrédients donne in fine un roman échevelé, extrêmement maîtrisé dans sa construction et ponctué de scènes chocs qui restent longtemps en mémoire. À ce titre, les « créations » d’Immacolata et de ses sœurs ou le combat contre Uriel forment de véritables moments d’anthologie. En regard de ces multiples qualités, on regrette que le couple de héros ne se révèle pas plus charismatique et que la dernière partie se greffe de manière un peu artificielle au fil du récit.


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Formidable livre d’images peuplé de créatures et de lieux inoubliables, Le Royaume des devins se révèle un classique qui n’a pas pris une ride avec les années. Un résultat d’autant plus impressionnant quand on considère qu’il n’est – presque – que l’esquisse du futur chef d’œuvre de l’auteur, Imajica