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Publié le 21/09/2010

Le Sang des Ambrose de James Enge

[Blood of Ambrose, 2009]

ED. L’ATALANTE, MAI 2010

Par K2R2

Dans la série des petits nouveaux qui tentent de percer dans le monde impitoyable de la fantasy, James Enge s’est taillé une jolie réputation chez les anglo-saxons. On le dit prometteur et talentueux et sa littérature passe pour être solide et exigeante. Il n’en fallait pas moins pour redorer le blason de L’Atalante, qui avait eu la judicieuse idée de publier l’excellentissime Aquaforte, mais qui depuis s’était visiblement endormi sur ses lauriers. Voyons donc de quelle manière ce premier roman a résisté au filtre parfois inflexible de la traduction.


Sur les terres de Laent, l’un des deux grands continents du monde créé par James Enge, l’empire multiséculaire d’Ontil est gravement menacé. Son roi n’est qu’un enfant sans défense, dont le salut ne tient qu’à la force des symboles qu’il représente. Lentement mais sûrement, le pouvoir échappe à celui qui aurait dû en être le dépositaire incontesté. Lathmar n’a guère que le soutien de sa grand-mère, Viviana Ambrosia, qui, à l’issue des dernières purges, demeure la seule à se dresser face à la menace de l’usurpateur ; mais bientôt, ses pouvoirs et son charisme n’y suffiront plus et le jeune roi sera écarté définitivement de ses fonctions. Peut-être son oncle, dont les armées privées noyautent désormais tous les secteurs clés de l’empire, se résoudra-t-il enfin à occire Lathmar, dernier rejeton de la dynastie des Ambrosius. À moins que Morlock Ambrosius, le frère de sa grand-mère, ne vole à son secours et dans un ultime combat héroïque ne sauve cette couronne qui coiffe la frêle tête du jeune roi.

Conçu dans sa première partie comme une simple intrigue de palais dont on n’aurait pas exactement saisi tous les tenants et les aboutissements, Le Sang des Ambrose est en réalité bien plus complexe qu’il n’y paraît. Et si des premiers chapitres suinte un certain ennui, lié à la mise en place de l’univers et des personnages, le roman se découvre au fil des pages et révèle toute la profondeur de son intrigue avec une habileté et un sens de la mise en scène déconcertants. Prenant le risque de perdre quelque peu le lecteur en cours de route, James Enge nous plonge directement au cœur de son univers et distille avec minutie, les éléments qui permettent d’assembler cet étonnant puzzle, jusqu’à la révélation finale. Bien décidé à s’affranchir du lourd héritage légué de Tolkien, l’auteur américain développe avec soin un univers très personnel qui emprunte certes aux schémas de la fantasy la plus classique (une géographie imaginaire, une mythologie et une cosmologie originales, un bestiaire qui pointe quelques similitudes avec les canons du genre, la magie ou plutôt la sorcellerie dans le cas présent...), mais qui fait surtout preuve d’une sobriété du plus bel effet. Un univers qui s’efface en grande partie au profit de ses personnages, que James Enge avait sommairement exploités à travers une poignée de nouvelles. Évidemment, si Lathmar apparaît au départ du roman comme le personnage central, Morlock lui vole très rapidement la vedette. Et comment ne pas succomber au charme de ce guerrier-sorcier bossu à la langue acérée et à l’humour ravageur. Morlock avance perpétuellement à contre-courant et se moque des conventions du genre. Les anti-héros sont suffisamment rares dans le domaine de la fantasy pour que nous ne boudions pas notre plaisir. Sur un plan plus formel, et malgré quelques problèmes de mise en route dans les premiers chapitres, Le Sang des Ambroses révèle une maîtrise de la narration et de l’écriture qui forcent le respect. Pour simplifier les choses, on dira que le roman de James Enge est fort bien écrit, mais ce serait quelque peu banaliser le talent dont il fait ici la preuve. On n’en attendait cependant pas moins d’un écrivain dont l’activité principale consiste à enseigner la littérature classique à l’université de l’Ohio. Cerise sur le gâteau, l’auteur fait preuve constamment d’un second degré et d’un humour qui contribuent à alléger cette fantasy pourtant bien sombre ; sans pour autant tomber dans le cabotinage dont aurait pu faire preuve par exemple un certain David Eddings.


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Face à la déferlante de romans de fantasy épique calibrés (et à rallonge), la sword & sorcery à l’ancienne s’était faite plutôt discrète ces dernières années et il n’y avait guère que la réédition de Conan et la traduction française de Kane pour la remettre à l’honneur. Avec Le Sang des Ambrose, James Enge fait l’effet d’avoir donné un gros coup de pied dans une fourmilière endormie et l’on se surprend à apprécier à sa juste valeur ce roman sans fioriture et sans artifice, qui va droit au but sans s’embarrasser d’un background nécessitant trois cents pages d’annexes en fin de volume (seulement deux pages, c’est pas la mer à boire). C’est sobre, élégant, original et d’une rare efficacité. Bref, L’Atalante à vu juste, James Enge est un auteur à surveiller et surtout à traduire.