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Publié le 01/10/2005

"Le Seigneur des Empereurs - La mosaïque de Sarance 2" de Guy Gavriel KAY

["The Sarantine Mosaïc", 2000 ]

REEDITION J’AI LU, OCTOBRE 2005

Par Ubik

Lorsque nous avons quitté le premier volet de ce péplum imprimé, Crispin le maître artisan mosaïste était installé au sommet d’un échafaudage sous la coupole du sanctuaire de la Sainte Sagesse de Jad. Grâce à des talents indéniables en dehors de son art, il était parvenu à se faire une place à la cour de l’Empereur et avait capté sa confiance et celle de son épouse afin de décorer majestueusement le monument qui devait couronner leur règne commun. Bien entendu, il s’était attiré quelques haines également.


Ce second volet s’ouvre sur une nouvelle piste puisque qu’il débute en Orient, à la frontière avec l’Empire bassanide, et annonce un nouveau point de vue [celui du médecin bassanide Rustem] sur le déroulement des événements. Comme dans tout roman de Kay qui se respecte, cet anonyme et sans grade est appelé à vivre un destin époustouflant, côtoyant les flamboiements de l’Histoire. Cependant, cela n’est pas tout. Il faut signaler que c’est à une multiplication des points de vue que nous assistons. Et ils ne sont pas de trop pour nous permettre d’apprécier l’intégralité des bouleversements et des rebondissements qui se produisent dans ce roman. Rien de frénétique, rassurons-nous, juste ce qu’il faut de drame et de joie pour rendre la lecture agréable.

Dans le premier tome, je m’étais interrogé sur l’aspect répétitif et de moins en moins décalé du procédé narratif suivi par Guy Gavriel KAY. Le décalque historique semblait fort peu éloigné de la réalité telle que nous l’imaginons et telle qu’elle est reconstruite par les historiens. Pour ce second tome heureusement le récit, tout en restant très documenté [notamment sur le rôle des factions des bleus et des verts [1] dans la vie politique de la cité], s’écarte de cette fausse piste pour révéler tout son sens. Celui-ci apparaît dans cette multiplication des points de vue qui s’ajoutent, se chevauchent et finissent par donner une substance au récit. En effet, il se met en place, je trouve, quelque chose de très intéressant dans cette manière de relier les histoires intimes et parcellaires des personnages afin de faire surgir l’Histoire dans sa dimension plus générale.

KAY a parfaitement compris que la vérité historique n’est que le hors champs de l’Histoire officielle. Et d’ailleurs, il n’est pas sans le rappeler à maintes reprises dans le roman par le biais du chroniqueur Pertennius, personnage complètement haïssable et manipulateur par ailleurs. Cette démarche n’est pas sans rappeler celle adoptée, dans un tout autre domaine, celui de l’Uchronie, par Kim Stanley ROBINSON dans sa grande réussite [selon mon avis] : « The Years of Rice and Salt ». C’est un procédé finalement aussi très inspirée de l’art de la mosaïque où la tesselle seule n’est rien mais où son appariement avec les autres permet de révéler le tableau d’ensemble.

En conséquence, ce second volet prend une toute autre direction que celle que l’on pensait deviner à la lecture du précédent livre. Sarance devient le huis clos à la fois somptueux et sordide dans lequel les différents personnages assistent et participent au déroulement d’événements dont ils ne saisissent que des bribes et ne perçoivent que des facettes. C’est au lecteur de prendre connaissance de ces tranches de vie afin de les relier pour en faire émerger l’Histoire dans la multiplicité de ses visions.

La cité de Sarance est aussi le lieu où chaque personnage cherche à faire sa place dans cette Histoire en léguant à la postérité une parcelle de son « génie ». Que ce soit l’empereur Valérius, l’aurige Scortius, le mosaïste Crispin, le médecin Rustem, la reine Inicii Gisèle, le chef cuisinier Strumosus des bleus et d’autres encore, tous aspirent à cette forme d’immortalité. On est très loin des enjeux primaires et répétitifs et des codes figés des romans classiques de Fantasy. A se demander si KAY, poursuivant sa démarche, ne va pas finir par écrire un roman historique ?


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Au-delà d’un récit de Fantasy, « La mosaïque de Sarance » vaut donc d’être lue comme la démonstration brillante d’une réflexion sur l’Histoire parfaitement maîtrisée et assumée jusqu’au bout.



NOTES

[1] les factions des bleus et des verts faisaient référence aux couleurs des deux principales équipes qui concouraient à l’hippodrome. On ne peut pas parler de partis politiques mais il faut reconnaître qu’à Byzance la lutte de ces factions, qui disposaient de leurs privilèges, rythmait la vie politique et religieuse de la cité et contribuait souvent à faire ou à défaire le pouvoir impérial.