Publié le 07/03/2010

Le Shogun de l’ombre de Jérôme Noirez

ÉD. GULF STREAM / COURANTS NOIRS, SEPT. 2009

Par MeTaL_PoU

Les jeunes lecteurs ont de la chance. Les éditions nantaises Gulf Stream se constituent un catalogue de fictions pour enfants et adolescents des plus alléchants et ont publié en septembre dernier (non, il n’est jamais trop tard pour en parler), Le Shogun de l’ombre, suite de l’excellent Fleurs de Dragon. Des romans historico-policiers concoctés par le non moins excellent Jérôme Noirez, qui se fait résolument une place de choix dans la littérature jeunesse.


Au dénouement de Fleurs de dragon, apparaît dans les dernières paroles d’un assassin une figure inquiétante : le shogun de l’ombre. Jérôme Noirez ne laisse pas le lecteur sur sa faim et s’intéresse dans ce nouvel opus à celui qui « est tout ce dont les ténèbres sont faites ». Il lui fait croiser les destinées des héros du premier volume : l’officier Ryozaku, accompagné de trois adolescents, Kaiji, Sôzo et Kaoru, condamnés à assister cet enquêteur bien fantasque, un samouraï sans sabre qui se frappe le front à coup de marteau pour mieux réfléchir. Le Shogun de l’ombre se déroule quelques mois après Fleurs de Dragon, alors que de mystérieuses déprédations ont eu lieu dans un cimetière. Les plaques portant les noms des défunts sont posées au sol, les sépultures couvertes de plusieurs centaines d’empreintes de mains faites à l’encre. Une bien curieuse affaire, confiée à l’original enquêteur et à ses assistants.

Écrire la suite d’un aussi bon livre que Fleurs de dragon est forcément un peu casse-gueule. Pourtant, c’est avec une grande dextérité que Jérôme Noirez renouvelle son univers. On retrouve ce Kyoto du XVe siècle, qui panse des blessures issues de décennies de guerres, bien loin d’un Japon de pacotille. Le contexte est travaillé, documenté, mais laisse toute sa place aux personnages et à l’intrigue. Chacun des trois adolescents a grandi, avec son passé et ses rêves. Keiji, mis face à son père, va dépasser les bornes et se retrouver renvoyé par Ryozaku. Kaoru, le bouffon de l’équipe, va révéler que l’amitié qu’il porte à ses compagnons passe avant tout.

Noirez tisse une intrigue où plane un doute constant : explication surnaturelle ou rationnelle ? Lorgnant ainsi vers le fantastique, il met en place quelques scènes qui donneront sans nul doute la chair de poule. Ryozaku est le seul à mettre de côté les croyances populaires, importantes dans ce Japon pétri de traditions. L’intrigue est ici parfaitement maîtrisée et pleine de suspense, alors que bien souvent les romans policiers pour adolescents résistent mal au regard critique.

L’auteur de Leçons du monde fluctuant ou du Diapason des mots et des misères n’édulcore rien quand il s’adresse à un public plus jeune. L’écriture est dense, fouillée et riche. La violence d’un pays gangrené par des luttes de pouvoir et par la pauvreté n’est pas tue. Les relations entre les personnages, complexes et pleines de profondeurs, illuminées par l’amitié qui lie les trois adolescents et le respect envers leur maître, sont tout à fait vraisemblables.


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Avec ce roman, Jérôme Noirez signe un excellent polar historique pour ados, au rythme effréné et à la langue riche. Qu’il écrive pour les adultes ou pour la jeunesse, Noirez est l’un des auteurs les plus recommandables du moment.