
Voyages interstellaires, vaisseaux galactiques grands comme des montagnes, planètes lointaines couvertes de sable ou de neige, héros brave et extra-terrestres impitoyable... voici quelques éléments du space opera tel qu’il est né après la Première Guerre Mondiale, aux Etats-Unis.
Mais depuis, le space-op’ a fait du chemin et se révèle comme l’un des genres les plus ambitieux de ces dix dernières années...

Ce qui compte dans le Space Op, c’est de prévoir grand. Pas question que l’action se situe dans un mouchoir de poche : le Space Op exige au minimum un Empire de proportion galactique, et des centaines de centaines de centaines de planètes.
Prévoyez des planètes mono-décor : planète des glaces, planète des mers, planète désertique, planète jungle, bref de belles planètes identifiables [faudraitt pas que le lecteur s’y perde quand même] qui offrent de beaux paysages. A l’idéal, dessinez une carte en annexe, ça fait toujours plaisir et ça fait plus « vrai ».
De même, les batailles spatiales impliquent à tout le moins plusieurs milliers de vaisseaux de tous format. Faut que ça fuse, que ça vaporise, qe ça désintègre. Donnez leur des noms d’insectes, ça fonctionne bien. N’oubliez pas, bien sûr, quelques vaisseaux mères gigantissimes pour organiser le massacre.
Bref : il faut faire du spectacle, ne mégotons pas sur la quantité. Et n’oubliez pas : vous n’aurez pas vraiment à construire le décor. Tout est dans la tête, alors n’ayez pas peur de faire grand, c’est le même prix.

La vie est trop courte pour s’habiller triste : dans le Space Op, la mode est en pleine forme. Variez les costumes, faites valser les chapeaux, oser toutes les audaces. Opposez des indigènes boueux en peaux de Schmurk, des dignitaires religieux en robes bariolées et des autocrates couverts de bijoux.
Attention : dans le Space Op, l’habit fait le moine :
Les filles peuvent s’habiller court, surtout si elles sont copines avec le Héros, car alors elles sont bombesques. Rappelez-vous que dans le futur, les jolies filles seront toutes en bikini. On arrête pas le progrès.
N’oubliez pas enfin une bonne pelleté d’extra-terrestres. Ca semble évident, mais ça va mieux en le disant. A poil, à plumes et à vapeur, ils seront disponibles en toutes tailles, parfois drôle, parfois effrayant, le maître mot est diversité.
Chaque race de E.T. aura d’ailleurs sa culture, ses mœurs bizarres et ses lubies exotiques. Il faut faire riche, foisonnant, un vrai carnaval.
Que ce ne soit pas crédible ne doit pas vous freiner [cf. Règle n°3]. Lâchez votre imagination, le lecteur a acheté votre bouquin pour ça !

S’il y a bien quelque chose qui importe peu dans le Space Op, ce sont les lois de la physique. La gravité, on s’assoit dessus. La vitesse de la lumière, c’est dépassé. Le paradoxe temporel, on oublie. Le Space Op doit être avant tout spectaculaire, alors ce qui gêne, on jette.
Tant pis si dans l’espace le son n’existe pas : c’est bien plus sympa les réacteurs nucléaires qui vrombissent et les lasers qui sifflent.
Réfléchissez bien : cette façon de voir n’a que des avantages ! Plus besoin d’essayer de comprendre la « Théorie de la Relativité » pour avoir l’air crédible face à Gregory BENFORD ouStephen BAXTER.
Deux ou trois termes pseudo-techniques sortis de votre imagination, [comme « meta-quantique » par exemple] et hop ! le lecteur ne se rendra compte de rien. Au contraire, il sera ravi ! Et si vous avez besoin d’une invention miracle pour sauver le scénario en perdition, foncez !
Ce n’est pas pour rien que l’on parle souvent du Space Opera comme d’un Western dans lequel l’espace aurait remplacé le Far West : le genre réclame des Héros avec un grand H, et des Vilains avec un grand V. Et un combat final où gagne... devinez qui ?
LE HEROS
Ne faites pas dans la demi-mesure : le Héros est gentil, il n’a peur de rien, et puis c’est bien normal vu que de toutes façon il est beau et de lignée aristocratique. Il peut être accompagné d’acolytes sympas mais pourvus de défauts. Un ou deux défauts, pas trop quand même. Ca aidera le scénario, et ça rendra le Héros encore plus... héroïque. Et puis un mec si sympa a forcément des amis.
LE VILAIN
Il est très très très méchant. Et si possible moche à faire peur. Il est puissant [on croirait presqu’il va gagner !], il est impitoyable. Il est conscient de sa méchanceté, mais il s’en fiche : c’est dire s’il est méchant !
On peut distinguer deux carrières de Méchants :
- le Méchant qui fut gentil dans le passé, voire même qui a un lien de parenté et/ou d’amitié avec le Héros. C’est bien, ça fait tragédie grecque [une tragédie grecque, c’est un space opera en sandales qui pourrait se dérouler à Sparte]. Au moment du dénouement, le Méchant se repentit. Ca vous fait une fin morale. Mais il meurt quand même, parce qu’il a fauté, et qu’il faut pas déconner.
- le Méchant qui est en fait une incarnation du Mal. Dans ce cas, on découvre en cours de récit qu’il y a un Encore Plus Méchant caché derrière, une entité puissante et satanique qui tire les ficelles. Le Diable, à côté, c’est un chic type. Le dénouement passe donc par l’anéantissement total du Méchant [Enfin, total, jusqu’au tome 2]. Ca vous fait une fin à grand spectacle.
L’INTRIGUE
Elle doit tenir en quelques mots : le Vilain fait des misères au Héros, il marque même quelques points contre lui, et au moment où l’on pensait le Héros perdu, paf ! à la surprise générale des enfants de moins de 6 ans, en fait il s’en sort. Héroïquement cela va de soi.
Cependant, attention : simple ne veut pas dire simpliste ! Trop de manichéisme tue le suspense. Prévoir donc quelques traîtrises bien lâches et un retournement de veste spectaculaire, qui permettront de faire rebondir l’action de votre Space Op, le rendront sympathique aux critiques, et fourniront la matière de post enthousiastes sur le Forum du Cafard cosmique.
EXEMPLE : « Tiens, tiens, on dirait bien que l’Empereur Zhakggg et son épouse viennent nous lancer un ultimatum... »

Intrigues simplistes, batailles galactiques, extra-terrestres vilains tout plein, les auteurs des pulps américains des années 1920 à 1950 ne faisaient pas dans la dentelle. Mais attention : tout n’est pas à jeter.
C’est de façon méchamment ironique que plus tard, en 1941, Wilson TUCKER baptise space opera [sur le modèle de soap opera, les feuilletons sentimentaux sponsorisés par les marques de lessive] ces romans sans profondeur qui privilégiaient le dépaysement et l’action. Le terme a longtemps gardé une connotation franchement péjorative.
Il est vrai que les auteurs américains de SF cherchaient davantage à divertir leurs lecteurs qu’à les faire réfléchir. La fierté nationale des Etats-Unis après la victoire de 1918 leur donner ce ton triomphant :reflets de la puissance américaine, les Empires galactiques qu’ils mettent en scène écrasent leurs ennemis extra-terrestres avec l’assurance d’incarner le Bien. Ils poursuivent la conquête de l’Ouest dans les espaces stellaires. D’ailleurs, certaines intrigues des premiers space op’ sont le décalque des intrigues déjà utilisées dans les pulps spécialisés Western !

Edgar Rice BURROUGHS et E.E « Doc » SMITH sont les créateur du genre. Edward Elmer SMITH est le premier à avoir situé ses intrigues au cœur de la galaxie. Tout devenait possible ! SMITH est également le premier a avoir développé un cycle sur plusieurs romans. De 1928 à 1954, sa série Fulgur s’est étendue sur 7 volumes, publiés en feuilleton par Astounding Stories.
Ses deux séries phares sont :
La Série Skylark : La curée des astres ["The Skylark Of Space", 1928], collection "Rayon Fantastique" et trois autres volumes, inédits en français.
La Série Fulgur [éditions Albin Michel] :
Deux contemporains de E.E. « Doc » SMITH ont également signés des cycles, parus respectivement dans les années 30 et 50, qui paraîtront sans doute désuets au lecteur d’aujourd’hui mais marquent le sommet d’un genre et d’une époque :
Ensuite, la brèche était ouverte, et nombre d’auteurs s’y sont engouffrés, parmi lesquels on peut se permettre de vous recommander :
Signalons également :
Citons, parce qu’elles sont assez populaires, les œuvres de :
En France, Gérard KLEIN ou Francis CARSAC ont exploité joliment le filon, à la française, c-a-d à la fois avec plus de profondeur... et moins de spectacle.
Le renouveau du Space Opera dans les années 90 passe par une plus grande préoccupation pour l’Humain. Les personnages passent au premier plan, et si l’action et le dépaysement restent des éléments essentiels, les pensées et les questionnements des protagonistes sont le sujet du roman.
C’est à Dan SIMMONS et son « Hypérion » [1990], que le doit LE grand retour du space opera. Son récit construit avec maestria renouvelle le genre en respectant la recette. Un tour de force qui a su prouver que la mega-saga galactique n’était pas condamné au manichéisme.
David BRIN à ses fans avec ses Cycles Elevation et Rédemption. On se permettra de le trouver moins malin que SIMMONS et surtout beaucoup trop lent...
Notre AYERDHAL national, avec « La Bohême et l’Ivraie », nous fait parcourir les 260 mondes de l’Homéocratie. C’est du space-op bien de chez nous, plus intello peut-être [aïe, on va encore dire que je nivelle par le bas...].
Dans un genre plus fantasy, Le cycle des « Guerriers du silence » de Pierre BORDAGE est une réussite, malgré quelques clichés. Héros héroïque, méchants ET ignobles, quête à l’enjeu énorme, et le sens de la couleur locale pour dépeindre des planètes exotiques, BORDAGE maîtrise tout cela suffisamment bien pour que l’on puisse y prendre son plaisir.
Il a y quelques noms d’auteurs plus « jeunes » qu’il est bon de retenir si vous ne les connaissez pas encore, car ils sont à la pointe de ce que le fandon nomme le NSO, le New Space Opera , un space-opera plus exigeant sur le plan littéraire et plus fouillé dans ses intrigues et ses personnages.
C’est M. John HARRISON qui, avec « The Century Device » en 1975 fut le premier à essayer de mettre quelques neurones et un peu de littérature dans le Space-Op . il en avait lancé l’idée dans un article remarqué, publié dans le magazine Interzone. Sur son exemple, et assez parallèlement à l’émergence du mouvement cyberpunk, une génération d’auteurs, essentiellement britanniques, a bouleversé les règles du space-opera et par la même occasion fournit nos librairies en épopées capable de rivaliser niveau sense of wonder avec le meilleur pulp de grand-papa, tout en alignant style, audace, refus de clichés et quatrième degré.
Merci au dessinateur FORMOSA, dont certains dessins servent d’illustrations à ce dossier.
Mr.C