EN BREF

 
VOS LIVRES DANS LA BOITE AU LETTRES !




En commandant vos livres sur Amazon.fr vous faites des économies [-5%] et vous participez au financement du site car le Cafard cosmique reçoit une petite commission sur les ventes.

Le livre le plus acheté
en mai 2010 :
Janua Vera +
de Jean-Philippe Jaworski
aux Ed. Moutons Électriques

 

A VOIR AUSSI

Publié le 28/03/2010

Le Tueur venu du Centaure, de Jacques Barbéri

ÉD. LA VOLTE, MARS 2010

Par Tallis

Le Tueur venu du Centaure marque le grand retour de Jacques Barbéri sur la scène SF. D’abord parce qu’il s’agit de son premier roman inédit depuis Le Crépuscule des chimères (publié il y a près de sept ans déjà), ensuite parce qu’il prolonge de manière magistrale l’univers bâti dans plusieurs de ses œuvres précédentes (Narcose et La Mémoire du crime notamment) pour accoucher d’un monde à la richesse peu commune.


Plusieurs lignes narratives a priori indépendantes s’entrecroisent le temps de courtes scènes d’exposition : on y devine les prémices d’une révolution extra-terrestre, on croise en un éclair Katleen Slobovtna et Harry Botkine (déjà au cœur de l’intrigue de La Mémoire du crime) et l’on devine rapidement que l’équipe scientifico-militaire (?) chargée d’installer de mystérieuses portes risque de déclencher une catastrophe. Car, dans l’ombre, une horde de démons attend son heure.
Le lien entre toutes ces trames ? L’investigation confiée par un étrange client à Katleen Slobovtna permettra peut-être de le mettre en évidence. À moins que, comme dans toute bonne enquête hard-boiled, elle ne fasse que l’obscurcir…

Les deux précédents romans réédités par La Volte offraient des trames narratives indépendantes. Le Tueur venu du Centaure reprend a contrario, dès les premières pages, personnages et codes de l’univers de Narcose pour en opérer un savoureux prolongement. Toutefois, le tour de force est tel que, malgré son étiquette de suite, ce dernier roman garde une autonomie parfaite. Nul besoin d’avoir déjà connaissance des histoires antérieures pour apprécier pleinement cette nouvelle variation et partir à la découverte de la création de Jacques Barbéri.
Habitués et néophytes pourront donc s’offrir une petite visite au Lemno’s club (la boîte la plus en vue de la ville-sphère Narcose), se mettre au parfum des dernières modes sur la plasti-pression ou la greffe d’animalcules et s’offrir un petit verre de scotch-benzédrine ou de chuppabombers.
Tout cela le long d’une narration des plus touffues où des enjeux multiples se croisent, s’interpénètrent et finissent par se rejoindre au sein d’univers parallèles. Car la belle Katleen, assistée de deux inspecteurs, n’aura pas d’autres choix, pour échapper aux terribles Crazy Horse et He dog, que de pénétrer dans une mystérieuse Casablanca virtuelle ou dans l’étrange Mythopoïos, prolongement onirique de Narcose.

Jacques Barbéri déroule son récit avec son intelligence et son originalité coutumière. Il s’empare (peut-être encore plus que dans La Mémoire du crime) des codes du polar pour mieux les détourner. Il bâtit une intrigue a priori chaotique et menée en dépit du bon sens mais retombe finalement sur ses pattes avec une maîtrise diabolique. Délires et scènes d’actions pyrotechniques s’enchaînent à un rythme effréné, la faute entre autres à cette horde menée par Belzébuth en personne et composée de 6666 légions de 6666 démons chacune. Une horde bien décidée à s’offrir un peu de bon temps en visitant les meilleures adresses de la ville…

Au-delà de la virtuosité narrative, Le Tueur venu du Centaure opère une impressionnante synthèse de l’univers de l’auteur. Les éléments développés dans Le Crépuscule des chimères, Narcose et La Mémoire du crime infusent tout le roman pour aboutir à un méta-univers. Un méta-univers déjanté, voire cartoonesque, mais d’une cohérence et d’une densité peu communes. On y croise même, en forme de clin d’œil ultime, un savant fou du nom d’Anton Ravon et le vaisseau Kynsos Marcusbi, tous deux échappés du recueil L’Homme qui parlait aux araignées.

Seul bémol, les tenants d’une SF spéculative risquent fort de rester sur leur faim. L’univers de Jacques Barbéri ne s’embarrasse pas non plus d’un quelconque souci de cohérence scientifique : mondes oniriques ou parallèles et inventions artistiques occupent sans partage le devant de la scène. Mais au-delà de l’aspect ludique assumé, on ne peut au final que s’incliner devant l’originalité et l’ampleur du résultat.


COMMANDER

Le Tueur venu du Centaure représente sans conteste l’aboutissement d’un de nos créateurs de mondes les plus originaux et ravira les familiers de l’œuvre. Mais que le néophyte ne s’effraie pas outre mesure : à l’instar des romans précédents, il représente également une magnifique porte d’entrée dans l’imaginaire de Jacques Barbéri.