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aux Ed. Moutons Électriques

 

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Publié le 03/02/2006

"Le casino perdu" de Michel PAGEL

EDITIONS LES MOUTONS ELECTRIQUES, JANV. 2006

Par Lunatik

Vous ne connaissez pas encore Michel PAGEL ? Voilà une lacune qu’il va falloir combler au plus vite. Vous connaissez ces titres fantastiques, mais pas sa production de SF ? Procurez-vous au plus vite, Le casino perdu chez les moutons électriques, en plus vous aurez droit à Orages en terre de France. Vous avez déjà ces deux titres dans la collection Fleuve Noir ? Si les illustrations ne vous font pas horreur dès que vous sortez amoureusement vos livres de la bibliothèque, alors il n’y a plus rien à faire pour vous. Dans le cas contraire, vous avez toujours la possibilité d’acheter cette réédition qui comblera vos yeux et votre coté collectionneur.


Les Moutons Electriques se lancent dans la réédition avec ces deux romans de Michel PAGEL. On ne va pas s’en plaindre, les deux titres - Le Casino Perdu et Orages en terre de France - étaient épuisés depuis déjà bien longtemps. Et il aurait été dommage de passer à coté de ces deux petites perles pleines de défauts [paradoxal, mais j’y reviendrais]. De plus l’éditeur y a ajouté deux petits textes de l’auteur. L’un expliquant les difficultés d’écrire un roman sur des bases historiques [il fait bien sur référence à son roman « Le roi d’août »], l’autre traitant du piège des étiquettes que l’on colle si facilement aux livres. L’ouvrage se termine par une postface de André-François RUAUD qui retrace le parcours de Michel PAGEL.

"Le casino perdu"

Quatre planètes d’un système solaire perdu dans un recoin de l’univers - Chelterre, Céleste Plommée et Barbarie. Les trois premières ont été colonisées par des vagues successives de colons venus de Terre. La dernière par une race extraterrestre que les humains surnomment ironiquement pious-pious. Chaque planète cultive sa différence, reflet des croyances initiales développées dans les vaisseaux colonisateurs. C’est ainsi que Chelterre est un pastiche de démocratie flirtant avec une dictature policière. Céleste un état religieux, cultivant le fanatisme de ses ouailles. Plommée, un monde militarisé à l’extrême. Quant à Barbarie, c’est le théâtre des prouesses sexuelles des pious-pious qui ne pensent décidément qu’à cela.

Mais tout ceci ne constitue pas la caractéristique majeure de ce système solaire. Non, sa particularité prend, ici, le nom d’achronie. Une absence de temps qu’aucun scientifique n’a été en mesure d’expliquer. Mais l’arrivée des colons a quelque peu changé la donne. Le temps a repris son cours sur la surface de chaque planète au moment même ou les colons se sont posés - donc à plusieurs dizaines d’années d’écart. Mais le phénomène n’a pas pour autant disparu. Les colons sont à présent piégés sur leurs planètes respectives, impossible de retourner dans l’espace. Toutes tentatives se soldent par la désintégration du vaisseau, comme si l’appareil et ses occupants avaient vieillis de millions d’années en l’espace d’un clin d’œil.

La vie aurait donc pu être sinon paisible du moins sans conflit majeur, puisque le phénomène d’achronie empêchait toute interaction entre les quatre planètes. Mais c’était sans compter sur l’apparition miraculeuse des portes qui de façon aléatoire peuvent transporter le passant sur l’un des trois autres mondes. La guerre est devenue possible et chaque communauté veut donc prendre le contrôle du système solaire. Mais la guerre s’éternise sans faire ressortir la domination d’une planète sur les autres. Afin de mettre un terme a cette guerre interminable, les quatre communautés décident d’un commun accord de designer un champion. Ceux-ci devront s’affronter jusqu’à la mort et le survivant reportera la victoire pour son camp.

C’est à ce moment que débute le récit, l’auteur nous faisant passer d’un champion à l’autre afin de donner du poids dans la description de son monde et de sa communauté. La course poursuite des champions peut commencer à travers les portes qui rajeunissent ou vieillissent son utilisateur suivant son point de départ et son point d’arrivé.

Ce qui aurait pu être un nième roman sympathique mais sans saveur - essentiellement constitué de planète exotique, de course poursuite et d’extra terrestre bizarres - va progressivement prendre de la valeur.

On découvrira petit à petit les créateurs de ces mystérieuses portes, leurs ambitions et le lien qu’ils ont avec le phénomène d’achronie. Alors, certes le récit n’est pas exempt de défauts. On retiendra parmi ceux ci, le caractère caricatural de chaque communauté et l’aspect trop tranché de chaque monde - Là, la planète ou il fait chaud. Ici, la planète où il fait froid. Un peu plus loin la planète au climat tempéré et finalement la planète à l’atmosphère irrespirable pour les humains.

Au final on se retrouve bluffé par un roman qui comporte tous les ingrédients des meilleurs romans populaires [au sens noble du terme], mais avec une pointe d’intelligence en plus. Qui s’en plaindra ?

"Orages en terre de France"

Exit l’achronie, place à l’uchronie.

1991, la guerre de cent ans n’a jamais pris fin et le conflit s’enlise dans les Provinces de l’Ouest depuis presque un millénaire. Au-delà des revendications territoriales initiales, ce sont les divergences religieuses entre les deux nations qui à présent animent les deux nations.

Michel PAGEL, à travers quatre saynètes, nous dresse, le portrait d’hommes et de femmes qui ne cherchent qu’à survivre dans ce contexte. Il y a d’abord Ader, un universitaire à la retraite qui tente de faire aboutir son prototype d’aéroplane dans le secret. Cette invention révolutionnaire risque fort de lui attirer les foudres de l’église, puisque si Dieu avait voulu que l’homme vole, Il lui aurait donné des ailes. Viens ensuite, Bonsoir maman, où un jeune homme profite d’une permission pour dire un dernier au revoir à sa mère sur le point de mourir. Le Templier retrace les agissements de l’église pour discréditer le télé-évangéliste le plus célèbre du pays. Et finalement, L’inondation se penchera sur le destin croisé de trois jeunes gens.

Le seul point négatif de ce court roman est le manque de justification historique à ce conflit millénaire. On ne trouvera nulle part un indice qui permettra de comprendre pourquoi il s’étale sur une si longue période de temps. Nulle trace, non plus, de réaction géopolitique sur le reste du globe. Une guerre de cette ampleur à, pourtant, forcement un impact direct sur les pays limitrophes et indirect sur les autres.

Mais une fois ce point mis de coté, on se plonge avec régal dans cette galerie de portraits.

Précipités dans une guerre qu’ils ne peuvent plus comprendre, les personnages de ce récit vont devoir se remettre en question. Certains se rebelleront face à un pouvoir religieux inflexible, d’autres feront des compromis, par rapport à leurs convictions, afin de survivre. A chaque fois Michel PAGEL trouve les mots justes pour décrire ses hommes et ses femmes victimes des traditions, mais vivant dans l’espoir de jours meilleurs.


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Deux titres bien différents dans le traitement et le style, mais qui a n’en pas douter vous feront passer un agréable moment.

Et quand vous aurez terminé ces deux là, vous pourrez toujours taper dans la petite quarantaine de romans qui compose la bibliographie de l’auteur. Pour ma part c’est décidé, je pars de ce pas m’acheter celui là. Et au diable l’avarice celui là aussi.