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Publié le 27/01/2003

Le crépuscule des chimères de Jacques Barbéri

ED. FLAMMARION / IMAGE, SEPTEMBRE 2002

Par Ubik

Ils s’appellent Anjel et Daren. Jumeaux par le sang, il diffèrent pourtant sur bien des points. Le mystère entourant leur naissance, un traumatisme non résolu pour eux deux, détermine leur avenir, tel un cercle vicieux. Lové dans leur passé, un secret n’attend que le moment propice pour resurgir.
« Nos vrais parents sont d’une autre nature, d’une autre puissance. Et nous sommes nous aussi d’une autre nature, d’une autre puissance. Nous ne pouvons rien faire d’autre que de l’exprimer. » scande Daren après avoir égorgé leurs parents adoptifs. Crime libérateur ou crime fondateur ? Daren est interné chez les fous pendant qu’Anjel se consacre à la dissection des cadavres dans une morgue, tout en sombrant dans l’alcoolisme.


Avec Le crépuscule des chimères, Jacques Barbéri signe son premier grand retour au roman en général et à la S-F en particulier. Une rentrée fracassante car derrière l’intrigue faussement linéaire et banale, l’auteur français renoue avec les obsessions intimes et avec l’univers personnel dont il s’est fait le chantre, voire le démiurge. En effet, les habitués ne manqueront pas de relever les nombreux échos et autres redondances émaillant un récit à la complexité croissante. Certes, les plastiappendices ne se font pas encore envahissants, les dérivateurs synaptiques restent discrets, les supionars chuchotent avec retenue, ventousés sur le cou du héros. Toutefois, la nature de la réalité et du temps apparaissent bien comme le cœur, et même comme le moteur, de ce roman hallucinant à bien des égards.

Sous l’apparence du thriller psychologique, Le crépuscule des chimères ne tarde pas à se révéler tout autre au final. Pour faire simple, le roman lorgne davantage vers la fantaisie métaphysique mâtinée de physique quantique et de quête initiatique. De quoi laisser perplexe le plus rétif esprit cartésien et pourtant, pour peu qu’on se laisse porter par le récit, on est conquis par la cohérence de l’intrigue et par l’imagination foisonnante de son auteur. On succombe au déroulé de l’arborescence des universcules, visions fascinantes générées par la psyché pour habiller le squelette de la physique jusqu’à la plus parfaite mise en abîme. De même, on se laisse saisir par un vertige existentiel, une complète remise en perspective des certitudes, tout en goûtant à la beauté du chaos, de l’entropie, de la matière, de l’esprit, du langage, ingrédients constitutifs d’un univers, somme toute élégant et poétique.

Placé sous le signe de la gémellité, Le crépuscule des chimères associe les concepts et les personnages par paires. Ordre/chaos, réalité/chimère, espace/temps, matière/esprit, conflit/paix, araignée/serpent, Anjel/Daren, Marbella/Alice, les doubles s’accumulent et Jacques Barbéri en décompose les différents aspects pour les réassembler à sa convenance. Il impulse ainsi une synergie fertile en images baroques et insuffle à son récit une dynamique irrésistible jusqu’à un dénouement inattendu. Manière de dire aussi qu’au travers du flou quantique des univers multiples, que par-delà l’écheveau des mythes, il existe un principe fondateur, une origine donnant sens à l’existence.

Seul point faible de l’histoire : des personnages secondaires manquant d’épaisseur. On sent bien que l’intérêt de l’auteur ne se porte pas sur eux et qu’il préfère broder sur la physique quantique, les mythes et les archétypes plutôt que sur la psychologie. De même, certaines situations (sexuelles) tombent à plat voire paraissent grotesques. Néanmoins, toutes ces remarques ne sont que vétilles au regard d’un roman maîtrisé de bout en bout.


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Le crépuscule des chimères apparaît comme une œuvre majeure de Jacques Barbéri. Le parfait préambule à la lecture du cycle de Narcose. Espérons sa réédition prochaine, qui sait peut-être même chez La Volte.