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Publié le 01/10/2008

Le crépuscule des mondes de Michael G. Coney

ED. BRAGELONNE / TRESORS DE LA SCIENCE-FICTION, JUIN 2008

Par Ubik

Par définition, la Science-fiction est un genre qui spécule sur l’avenir. Que ce soit pour divertir ou pour faire réfléchir [voire les deux à la fois], elle a fait du futur le territoire de préoccupations qui restent néanmoins très présentes. Elle est également un genre littéraire doté d’une réelle épaisseur historique comme en témoigne la réédition régulière de grands classiques.

La collection Terra Incognita chez Terre de brume et la Bibliothèque voltaïque des Moutons électriques se sont attachées à [re]mettre en valeur un corpus trop souvent oublié ou méconnu. A leur tour, les éditions Bragelonne ont déployé leur ADM [armes de diffusion massive] afin d’exploiter le marché de la nostalgie ; un marché dont je me garderai bien d’avancer qu’il résulte d’une vraie demande, d’un réel intérêt patrimonial ou d’un plus prosaïque opportunisme commercial. Deux premiers titres sont venus ouvrir leur catalogue : La Terre sauvage de Julia Verlanger aka Gilles Thomas et Le crépuscule des mondes de Michael G. Coney dont il va être ici question.


Au sommaire :

  • Rax [Rax, 1975]
  • Syzygie [Syzygy, 1973]
  • Brontomek [Brontomek, 1979]

Michael G. Coney bénéficie ces derniers temps en France d’un regain d’intérêt assez vif. Grâce aux éditions Les moutons électriques, le lectorat a eu l’occasion de (re)découvrir cet auteur britannique avec Péninsule, un élégant volume qui regroupe un court roman et quatre nouvelles s’inscrivant dans le même cycle.
La toute jeune collection Les Trésors de la SF enfonce le clou en lui consacrant un omnibus, pas moins de trois titres, parus jadis chez Ailleurs & Demain et dans la collection Super fiction, composent cet épais volume affublé du titre générique : Le crépuscule des mondes. Une fois n’est pas coutume, le cœur de cible n’est pas le lectorat prépubère friand de BCF ou le geek accro au NSO. Je sais, j’exagère... Pour une fois, la cible est le lecteur nostalgique ou celui qui souhaite parfaire sa connaissance des classiques et des oeuvres considérées comme telles.

Rax, Syzygie et Brontomek sont trois romans d’un grand classicisme formel. En conséquence, on ne peut pas affirmer que l’on ressort bouleversé par la lecture de l’omnibus qui les rassemble. L’écriture de Michael G. Coney est très simple et ses intrigues ne brillent pas par leur originalité. A vrai dire, les qualités de l’auteur sont à rechercher ailleurs. Pour commencer, dans la pertinence dont il fait preuve lorsqu’il s’agit de traiter la psychologie des personnages [nous y reviendrons plus loin]. Puis, dans l’unité qui se dégage de ces trois romans.

Unité de ton d’abord. Rax, Syzygie et Brontomek sont des récits à hauteur d’homme qui sont imprégnés par une petite musique intimiste composée à partir des passions humaines. Les personnages dépeints par Michael G. CONEY sont des êtres ordinaires que rien ne distingue du commun des mortels. Ils nourrissent des préjugés, savent selon les circonstances briller par leur générosité ou se laisser aller aux petites lâchetés quotidiennes. Humain, trop humain se désespère-t-on. Ils éprouvent les mêmes sentiments que tout un chacun : peur, jalousie, colère, haine, joie, amour. Sur ce dernier point, il est difficile de ne pas relever le sentimentalisme exacerbé de l’auteur lorsqu’il est question de relation amoureuse. Rax, Syzygie et Brontomek racontent aussi trois histoires d’amour qui offrent, en quelque sorte, un contrepoint à un regard par ailleurs très lucide sur les relations humaines en général.

Unité de lieu ensuite. Michael G. Coney est ici un conteur des mondes pionniers, des mondes isolés, enclavés et placés à l’écart des courants de l’Histoire. Il nous décrit des communautés low-tech installées au bord de la mer [une constante de cet omnibus mais pas seulement], dans lesquelles l’instinct grégaire et la fierté de clocher l’emportent sur toute autre considération. Des lieux où le groupe se doit de montrer son attachement aux traditions sans que cela nuise pour autant à l’initiative personnelle et à l’esprit d’indépendance. Bref, quelque chose qui rappelle beaucoup l’insularité britannique et l’état d’esprit particulier qu’elle génère...

L’essentiel de Rax se déroule dans le village côtier de Pallahaxi situé sur une planète qui semble elle-même avoir été oubliée du reste de l’Humanité. L’action de Syzygie et de Brontomek prend place dans la colonie côtière de Rivebourg sur la planète pionnière Arcadia. Ces lieux clos offrent à Michael G. CONEY l’opportunité de faire vivre des microcosmes humains, tout en restituant sans illusion aucune les jalousies, les rumeurs, les rancoeurs et les querelles qui les animent. Par ailleurs, ils lui permettent aussi de poser la problématique du rapport à l’autre : l’étranger à la communauté [à la fois dans Rax, Syzygie et Brontomek], l’étranger à sa catégorie sociale [dans Rax], le partenaire amoureux [dans les trois romans] et l’autre dans son acception la plus radicale, comprendre ici l’extra-terrestre [les amorphes de Brontomek].

Unité narrative enfin. Les trois romans se ressemblent en effet dans leur déroulement. Michael G. Coney narre trois bouleversements qui viennent déséquilibrer les microcosmes paisibles qu’il pose. Cependant, même si la nature du bouleversement n’est pas éludée que celui-ci soit de nature cosmique [Rax], environnemental [les marées exceptionnelles et l’effet relais de Syzygie] ou sociétal [Brontomek], l’écrivain britannique s’attache exclusivement à son impact au quotidien sur la communauté. Il en résulte un effet anti-spectaculaire qui écarte les tressautements nerveux du thriller ou les abîmes vertigineux de la spéculation. A l’instar de Robert Charles Wilson auquel on peut le comparer, Michael G. Coney s’attache aux détails des mœurs et relate, au jour le jour, les réactions et les tensions que suscite l’irruption de l’exceptionnel dans ces communautés enclavées. Ceci dit, il ne délaisse pas pour autant la part science-fictive de son inspiration. Rax, Syzygie et Brontomek brillent par l’étrangeté de leur faune et de leur flore et Michael G. Coney n’hésite pas à manier quelques-uns des thèmes les plus classiques de la science-fiction : télépathie, extra-terrestre. Ses histoires s’inscrivent totalement dans les codes du genre. Toutefois, il en use sans faire de surenchère, d’une façon très pointilliste qui convient finalement très bien aux ambiances qu’il tisse avec un goût prononcé pour la lenteur.


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Avec Le crépuscule des mondes, l’occasion est donc bonne pour approfondir sa connaissance d’un auteur confidentiel doté d’une voix, certes très old-school, mais bigrement attachante en fin de compte. L’amateur de Robert Charles Wilson, de Keith Roberts, voire de Christopher Priest - celui de L’archipel du rêve - devrait y trouver son compte.
Les autres devront d’abord faire des efforts pour succomber à son charisme.