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Publié le 01/11/2005

"Le dernier gardien des rêves - Les guerriers de l’éternité, Tome 1" de John C. WRIGHT

["The Last Guardian Of Everness", 2004]

ED. CALMANN-LEVY, OCTOBRE 2005

Par Mr.C

John C. WRIGHT n’est pas un inconnu, sa Geste d’un avenir lointain ayant laissé des traces dans les esprits audacieux qui ont osé parcourir ce cycle de SF inclassable et élégant, à la langue [trop ?] complexe. Ce nouveau cycle des "Guerriers de l’Eternité" adopte les personnages classiques de la fantasy, pour mieux en maltraiter les usages, avec un goût cultivé de la confusion. Et situe J.C. WRIGHT dans l’héritage de Terry PRATCHETT ou Neil GAIMAN.


Les forces maléfiques vont passer à l’attaque et envahir la Terre. Ne riez pas, c’est évident puisque Galen Waylock, le Dernier des Gardiens des Rêves [avec des Majuscules], a parfaitement entendu la Cloche marine tinter dans le lointain. Or, si son père s’est éloigné de la tradition familiale, par manque de conviction, Galen, lui, vit toujours avec son grand-père dans le Bastion de l’Eternité, une vieille maison en bord de mer, la seule demeure qui soit identique dans le monde réel et celui des rêves, la Porte entre les mondes oniriques et le notre. Et s’il a entendu la Cloche sonner sans cesse, c’est que celui qui chevauche la Nuit, mais aussi les géants de glace et de feu, les Prince des Elements, les Kelpies, les Selkies, la Haineuse, la Destruction et la Faucheuse approchent à grands-pas... et que la sombre cité d’Achéron ne va pas tarder à surgir des eaux. En bref : y a urgence.

Mais grand-père ne veut pas y croire, et voici donc Galen convoquant en cachette une pouliche des rêves pour répondre - en rêves - à l’appel de son aïeul, le Fondateur, Azraël Waylock qui, en paiement d’une traîtrise, est enfermé, depuis des millénaires, dans une cage aux barreaux acérés, suspendu aux bord du monde [wouaoooou !!!]. Or Galen est bien jeune, et Azraël bien fourbe... Et les armées des Ténèbres approchent, et elles ne menacent pas que nos rêves, mais bien notre réalité.

Alambiqué est un terme qui convient pour qualifier le récit de John C. WRIGHT. Il y aussi grotesque, érudit et drôle. Car on y tangente souvent le ridicule, la caricature, jusqu’à la frôler au moment même où le texte redécolle vers une nouvelle poussée de poésie ou d’audace. Les personnages de WRIGHT sont à la fois particulièrement bien saisis et totalement improbables. Ses gentils sont un hétéroclite commando qu’une coïncidence trop généreuse a assemblé : Galen, naïf et rapidement sur la touche, est rejoint par son père, un paraplégique sans foi qui se souvient peu à peu, dans l’urgence de ses formules magiques, une fée qui s’ignore [Wendy] et un costaud d’origine slave totalement naïf [Choucas]. Quant aux méchants, il y a un vieux Sorcier avec toute la panoplie [cape sombre qui claque au vent, mains griffues, esprit fourbe mais érudit], et une bande de phoques capable d’endosser des peaux humaines, ridiculement méfiants d’eux-mêmes, ainsi qu’une brochette de bestioles et autres Chevaliers lépreux [mais éloquents].

La force, et tout l’intérêt, de l’ensemble, est l’aplomb que met WRIGHT a bricoler une fantasy qui allie le merveilleux et le ridicule, élaborant un panthéon ténébreux dantesque aux ramifications insensées, réquisitionnant dieux grecs, géants et sorciers de fantasy, groupes paramilitaires et sectes sataniques, légendes de tous horizons, époques et pays compilés en un bestiaire fourmillant à l’assaut du Bastion de l’Eternité. Un catalogue d’Halloween dont des gamins de 6 ans auraient mélangés les pages.

La faiblesse de l’entreprise est un sentiment de gratuité totale qui finit par englober le tout. Mais elle est rachetée par un style sur-travaillé qui fait pardonner bien des facilités d’intrigue, et par un humour étonnamment efficace dans ce délire général de contes de fées pyrotechnique. Le démoniaque Azraël cherchant à décrypter notre monde moderne, ou l’enrôlement de militaires désoeuvrés par les Forces Du Mal, en particulier, valent leur pesant de cacahuètes grillées...


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Souvent magique et grandiose mais emmêlé à plaisir, le conte de John C. WRIGHT nait d’un verbe aussi éloquent pour convoquer des panthéons qu’il est acerbe ou drôle pour animer des humains tout-droit sortis de notre quotidien. L’auteur ose tous les registres de langues, tour-à-tour lyrico-horrifique façon Clive BARKER, tantôt terre-à-terre et absurde comme Douglas ADAMS. Il est dors et déjà certain que ce premier volume trouvera ses inconditionnels.

Un petit regret : que, cloisonné dans le Bastion de l’Eternité, assailli par les hordes de phoques maléfiques, ce premier volume avance avec peine... on espère que le deuxième tome de l’aventure trouvera le souffle que la verve de J.C. WRIGHT lui promet, car le style incroyablement travaillé mérite réellement le détour.