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Publié le 16/12/2007

Le dernier homme de Margaret Atwood

[Oryx and Crake, 2003]

ED. ROBERT LAFFONT / PAVILLONS, FEV. 2005 - REED. 10/18, SEPT. 2007

Par Thomas DAY

Le Dernier homme [Oryx and Crake en VO] est le dernier roman en date de Margaret ATWOOD. Résumer tout livre de cette autrice n’est jamais entreprise aisée ; ceux qui ont essayé de synthétiser Le Tueur aveugle ou La Vie avant l’homme ont vite compris qu’il existe des romans difficiles/impossibles à raconter alors qu’ils sont pourtant forts de leur histoire. Risquons-nous néanmoins à raconter/résumer un peu l’histoire de ce dernier homme...


Snowman est probablement le dernier mâle de son espèce... Au lendemain d’une étrange épidémie à déclenchements simultanés qui a rayé l’Humanité de la planisphère, il erre quelque part en Amérique du Nord, à la recherche de trucs à boire [si possible avec de l’alcool], de trucs à manger, de trucs pour se défendre et de trucs pour se soigner. Là, le lecteur attentif m’arrête tout de suite et me dit : « Mais on a déjà lu ça cent fois », la SF est remplie de romans post-apocalyptiques plus ou moins réussis. Jean-Pierre ANDREVON a écrit pas moins de douze mille nouvelles de ce genre. Mouais, pas faux... Cherchons un autre angle d’attaque...

Quand il était enfant, Snowman se prénommait Jimmy [1], il avait un copain, Crake [2], un amour secret, Oryx [3].

[1] Jimmy est un amoureux des mots, il en fait des listes, il invente des titres de livres qui n’ont jamais existé. Il a une mère étrange, mélancolique, qui ne veut plus travailler dans un compound [unité de logement, de divertissement et de travail des entreprises états]. Il a aussi un père plus classique, un rien loser, qui fait de l’ingénierie génétique, qui travaille sur les porcons [des cochons de synthèse qui servent d’armoires à organes humains] ou sur des procédés de création de peau synthétique. Un jour, la mère de Jimmy disparaît ; elle deviendra pseudo-terroriste anti-OGM, sera exécutée en direct à la télévision. Jimmy est un littéraire et le monde dans lequel il vit, divisé en plèbezones et en compounds, n’est pas pour lui.

[2] Crake est le meilleur ami de Jimmy. C’est un enfant surdoué, un pur génie de l’informatique et de la biologie. Ensemble, ils jouent aux jeux vidéos de destruction massive, surfent sur le web, y regardent des films pornos, des exécutions « pour de vrai », des suicides, des gens qui se filment sur leurs toilettes en déclamant SHAKESPEARE. Crake veut sauver l’Humanité de la pollution, de la surpopulation, de la maladie, du racisme... Il a un plan. Jimmy aura son rôle à y jouer, tout comme cette fille fascinante qu’ils ont repérée sur un site pédophile, cette fille étrange et étrangère au visage triangulaire.

[3] Oryx est née dans un village perdu et bourbeux d’un des pays les plus pauvres du sud-est asiatique, à moins que ce ne soit en Inde. Sa famille dans le besoin l’a vendue à un « étranger ». Puis elle a été récupérée par un malfrat, devenant de la chair tendre pour les pédophiles, puis une actrice porno trop juvénile et enfin une esclave moderne dans un garage de San Francisco. Oryx n’en veut à personne. Ceux qui l’ont vendue, ceux qui l’ont violée, ceux qui l’ont prostituée, ceux qui ont fait d’elle une souillon cloîtrée dans un espace sans fenêtre... elles les aiment tous, elle n’a même pas l’impression qu’ils ont des choses à se faire pardonner. Oryx est parfaite, ou le contraire. Comment savoir ?

Les années passent... Crake, maintenant adulte, demande au compound qui l’emploie à avoir Oryx comme compagne et Jimmy comme chef de publicité pour son grand projet d’amélioration globale de la vie sur Terre... Et comme Crake est un génie, le génie de son siècle, rien ne lui sera refusé. Mais ce que ses employeurs ignorent, c’est la nature exacte de son projet... un projet dans lequel l’amour n’a aucune place.

Ce n’est pas l’errance de Snowman dans un monde dévasté et dangereux qui intéresse Margaret ATWOOD, elle sait que son récit à la « Mad Max » restera, quel que soit son talent stylistique, un récit de survie à la « Mad Max »...
Ce qui intéresse l’autrice canadienne c’est l’enfance de ses trois personnages, leurs traumatismes, leurs joies, leur sexualité, leur cheminement ; trois trajectoires différentes en diable qui servent de clés pour déverrouiller les tenants et aboutissants d’une fin du monde en fait moins classique qu’il n’y paraît au premier abord. Snowman erre et se souvient de Jimmy, l’enfant qu’il a été, de Crake, l’enfant qu’il aurait dû assassiner dès leur première rencontre, ou peu après, et d’Oryx... mais comment parler d’Oryx ?

Margaret ATWOOD est une merveilleuse conteuse et certains passages de son roman sont éblouissants, du grand art, notamment tout le chapitre sur l’enfance abusée, maltraitée, d’Oryx.

Au final, Le dernier homme s’impose comme un livre terriblement violent, le sang et le sperme y giclent si nécessaire [et l’ombre écolo-cynique de BALLARD plane sur certains passages]. Ce n’est en aucun cas l’anticipation molle d’une vieille dame moralisatrice ou revenue de tout. Evidemment, l’édifice est humain, donc imparfait [le monde décrit ne fonctionne pas à 100% ; certains petits détails SF comme les balles virtuelles ne riment à rien] ; reste que, malgré ses imperfections, ce roman visionnaire a tout à fait sa place à côté de 1984, du Meilleur des mondes et d’Orange Mécanique.


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Une seule chose me chagrine vraiment au sujet de ce livre : le manque de culture SF de la traductrice Michèle ALBARET-MAATSCH, tout comme son manque d’audace stylistique...

Il fallait une traduction de génie pour un livre à la langue aussi travaillée, réinventée en profondeur, mais là je dois bien reconnaitre que c’est placer la barre sans doute trop haut, car des traducteurs de génie, ça ne court pas les rues...