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Publié le 01/07/2006

"Le dernier rayon du soleil" de Guy Gavriel KAY

[« The Last Light of the Sun », 2004]

EDITIONS LE PRE AUX CLERCS, 2006

Par Ubik

Les rééditions des romans de Guy Gavriel KAY ont été légion ces derniers temps. Après « Les Lions d’Al-Rassan » et « La Mosaïque de Sarance », « Le dernier rayon du soleil » est pour sa part un inédit qui ne renouvelle pas le procédé de fantasy historique légèrement décalée dont a usé KAY dans ses précédents romans. Fort heureusement, ce nouveau roman est loin d’être un ressassement ennuyeux.


Les terres cyngaëls et le royaume des Anglcyns sont régulièrement la proie du fléau du nord : les raiders Erlings. Pourtant, ces deux peuples unis dans leur malheur, ne le sont pas pour leur défense. Chacun d’entre eux vit dans la méfiance de l’autre, préservant son particularisme. A l’Ouest de la grande île, les Cyngaëls coulent des jours apparemment heureux à l’abri de leurs fermes, pillant les troupeaux des voisins, se chamaillant fréquemment et chantant leur grande victoire passée contre Siggur le Volgan et ses vaisseaux-dragons.

A l’Est, après avoir arrêté l’invasion erling qui menaça un temps son pouvoir, et imposé aux vaincus un tribut contre la paix, le roi Aëldred poursuit la fortification de ses côtes et l’armement d’une flotte qui doit mettre son royaume définitivement à l’abri des raids.

Pourtant en Vinmark, l’esprit des sagas qui anime les téméraires raiders, n’a pas déserté leur coeur. « Le bétail meurt, les parents meurent. Tous les hommes naissent pour mourir. Le feu brûlant du foyer devient cendres. La gloire, une fois gagnée, dure éternellement. » Et, lorsque la vengeance s’en mêle, la gloire a un prix encore plus amer.

A mille lieues de la fantasy puérile qui tire au kilomètre et dont on abreuve les lecteurs, Guy Gavriel KAY fait à nouveau entendre sa singularité. L’auteur porte cette fois son regard sur la partie nord de l’univers historique imaginaire qu’il a bâtit dans ses précédents romans. Il puise l’inspiration de ce nouveau titre très clairement dans le haut Moyen âge. Il ne faut en effet pas longtemps pour démasquer la véritable identité des Anglcyns [Anglo-saxons], des Cyngaëls [Celtes gallois] et des Erlings [Danois] et la période historique où prend racine le récit [le règne du roi anglais Alfred Le Grand au IXème siècle].

Le lecteur habitué à Guy Gavriel KAY retrouvera donc sans surprise, ce qui fait la qualité et la cohérence de l’univers de l’auteur ainsi que la tonalité très humaine de ses personnages. Dans ce roman, ce n’est pas le point de vue d’un ou de deux personnages qui guide le lecteur mais une multitude de points de vue - certains très courts - qui apportent leurs témoignages partiels sur une histoire plus vaste.

Le procédé déjà mis en pratique dans le second volet de « La mosaïque de Sarance » permet ici de rendre compte de la vision de chacune des civilisations protagonistes. « Le dernier rayon du soleil » est radicalement anti-manichéen. On serait à ce propos bien gêné d’affirmer que la préférence de l’auteur s’affiche en faveur d’une des trois civilisations tant il les décrit avec respect et sans émettre de jugement même implicite.

Le récit se déroule, sautant d’un peuple à un autre. Les événements s’enchaînent, les histoires personnelles se croisent et se côtoient au hasard du déroulement des actions. Les fils de l’intrigue se nouent, le drame s’amorce et le dénouement magnifique déjoue habilement les pièges d’un moralisme bas de plafond.

Le récit est aussi résolument anti-épique. L’amateur de combats ne trouvera pas son contant dans les maigres affrontements du roman, au cours desquels tout au plus une ou deux centaines de guerriers se battent. Ce n’est manifestement pas le centre d’intérêt de KAY qui s’attache davantage aux individus, à leur psychologie et aux interactions suscitées par les rencontres. De la même façon, la magie, composante essentielle de moult roman de fantasy est réduite une fois de plus à la portion congrue.

Tout au plus, KAY ponctue-t-il son texte d’un zeste de faërie et de voyance. Cependant, cela ne va pas très loin car l’auteur - et il ne s’en cache pas - accorde plus d’importance à l’Histoire qu’aux enchantements pyrotechniques très vite lassants.


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Certes, Kay use et abuse du supplice de l’Aigle de sang et l’on peut trouver que l’épilogue tire trop sur le happy end mais le travail de réenchantement de l’Histoire par le biais de la fantasy nous conduit à le pardonner.

« Cela n’en finit pas. Une histoire se termine - du moins pour certains - et d’autres histoires la croisent encore, ou la suivent, ou ne partagent rien avec elle qu’un moment dans le temps. »