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Publié le 07/04/2010

Le diable amoureux : et autres films jamais tournés par Méliès
de Frantz Duchazeau
et Fabien Vehlmann

ED. DARGAUD 2010

Par thomasw

Le nom de Méliès vous évoque sûrement quelque chose. Tout le monde à en tête cette image : une lune grimaçante avec une fusée planté dans l’œil. Georges Méliès fut l’un des premiers à expérimenter le cinéma, avec les frères lumières. On le considère comme l’instigateur du métier de réalisateur et le pionnier des effets spéciaux. Réalisateur de plus de six cents courts et moyens métrages, il n’aurait pas tourné les sept films présentés dans ce livre.


L’histoire débute en 1928. Méliès et Prévert parlent cinéma. La technique est nouvelle, et Méliès commence à raconter les films qu’il n’a pas pu tourner. Et surtout pourquoi il n’a pu le faire.
Dans les « Féeries récalcitrantes » on voit Méliès motiver ses troupes. Gaumont serre la vis. Les frères Lumières montrent avec succès, dans les cinémas, des images du monde entier. Méliès, lui, montrera du merveilleux, du merveilleux authentique. Et pour cela il va explorer les légendes et les mystères urbains de Paris.
Saviez-vous qu’au cimetière du Père-Lachaise, au coin des divisions 64 et 72 se rejouait la naissance du Christ ? Que les martyres chrétiens décapités se retrouvaient à Notre Dame certains soirs ? Que les rats avaient envahis un arrondissement de Paris avant de se faire expulser par les Prussiens en 1870 ? Méliès oui. Il traque le merveilleux pour le filmer, au péril de sa vie.

Ces histoires laissent entrevoir la personnalité du cinéaste. On apprend par bribes son parcours et ses ambitions. C’est ce qui fait le charme du Diable amoureux et autres films… On découvre l’œuvre et la vie d’un personnage marquant par des racontars... et une succession d’œuvres manquées. N’espérez ni filmographie ni esquisse de biographie. Cet album partage uniquement la poésie, les désirs artistiques du réalisateur. Le trait de Duchazeau retranscrit à merveille cet univers étrange et beau. Le dessinateur sait à quel moment flouter son dessin pour laisser vagabonder l’imagination du lecteur.
Le diable amoureux et autres films jamais tournés par Méliès entre dans la catégorie très prisée des livres dont chaque nouvelle lecture entraîne un récit différent. Dans la tradition du récit oral, les conteurs et leurs destinataires participent ensemble à l’élaboration de l’histoire. De même que la redite est impossible, les variations enrichissent l’histoire. Dans la plupart des livres de Vehlman et Duchazeau, le lecteur participe à ce processus de création. Les auteurs permettent aux lecteurs de se glisser dans l’espace inter-iconique. Au lecteur de lire ce qu’il croit être l’histoire. Ce pacte spontané avec le lecteur rappelle quelque peu la démarche d’Italo Calvino dans Si par une nuit d’hiver un voyageur…

Mais tout ceci n’est qu’illusion, comme Méliès savait si bien le faire. Le titre nous met peut être sur la voie. « Le diable amoureux » est l’une des histoires du recueil mais aussi une allusion au roman de Jacques Cazotte. Ecrit en 1772, ce livre est souvent considéré comme l’un des précurseurs du récit fantastique, bien avant les romantiques. Le diable s’y fait passer pour la belle Biondetta et tente de séduire Alvare (ce dernier avait convoqué le démon par jeu). Ici aussi, il est question de jeu, mais d’un jeu méphistophélique et amusant. Méphistophélique, car ces fables regorgent d’allusions et de références littéraires, cinématographiques, philosophique. Dans l’histoire qui ouvre l’album, les auteurs font dire à Prévert : « C’est donc Candide qui avait raison… Il faut cultiver notre jardin. » Le poète souligne ici l’idée d’un conte transitoire, un conte qui s’inscrit en ligne directe dans une conception d’intertextualité.
 [1]


Amateur de cinéma, de littératures populaires, de contes merveilleux, ou simplement de bande dessinée ce livre est pour vous. Un album remarquable dont l’apparente naïveté ouvre bien des portes. C’est avec joie que l’on pénètre dans l’intimité créatrice de trois artistes : Georges Méliès, Fabien Vehlmann et Franz Duchazeau.



NOTES

[1] 1 Dans les années soixante-dix Roland Barthes en donnait cette définition : « tout texte est un intertexte ; d’autres textes sont présents en lui à des niveaux variables, sous des formes plus ou moins reconnaissables : les textes de la culture antérieure et ceux de la culture environnante ; tout texte est un tissu nouveau de citations révolues. »