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Publié le 28/08/2009

Le dragon et la licorne, Arthor T.1
de A. A. Attanasio

[The Dragon and the Unicorn, 1994]

ED. CALMANN-LEVY / FANTASY, AVR. 2009

Par tuC

Avec un titre aussi éloquent, nul besoin de le préciser : Le dragon et la licorne, premier opus d’une tétralogie sobrement intitulée Arthor, est d’obédience arthurienne jusqu’au bout des griffes.
Mais pas que.
Lorsque l’auteur de Radix s’attaque à l’épopée celtique, il en résulte une fresque inattendue, où la cosmogonie répond à la cosmologie et la philosophie au mythe. La légende arthurienne est l’occasion pour Attanasio de revisiter encore et encore [1], la sempiternelle question du sens de l’existence, livrée aux aspirations vagues de puissances inintelligibles. Et ces puissances, qu’elles soient d’ordre divin ou magique, celtes ou saxonnes, salvatrices ou malfaisantes, répondent avant tout aux lois de la mécanique quantique et de la relativité générale.

Bienvenue dans un univers onirique et mystérieux, où les anges venus du Big Bang façonnent des licornes électriques…


« Au commencement, avant même qu’apparaissent l’espace et le temps, était l’harmonie parfaite de l’Unité primordiale.
Puis l’expansion brutale de l’univers peupla le vide de multiples particules de lumière et d’énergie ; de la béatitude des origines jaillirent la matière, puis les étoiles, chacune abritant les rêves d’un dragon cosmique. Violemment rejetés dans les ténèbres du dehors et frappés d’un profond désespoir, il fallut alors des milliards d’années aux Seigneurs du Feu pour accepter la catastrophe et faire le pari de la vie.
Rassemblant les ruines éparses du paradis, puisant dans la force vitale du dragon, ils donnèrent naissance aux premières cités terriennes. Ce qu’ils accomplirent, nul dieu de la Terre n’aurait seulement daigné l’imaginer, tant ces lointaines entités plasmatiques avaient en basse estime la grossière créature humaine.
Et c’est ainsi que les Seigneurs du Feu – les Anges – initièrent l’humanité à la beauté et à la connaissance.
Seule une poignée d’Anges rebelles, terrassés par la douleur de la perte originelle, se révoltèrent. Ils devinrent les démons destructeurs, éradiquant toute forme de vie et précipitant la chute des civilisations. »

Vème siècle Ap J-C. Soudain, tout s’accélère.
Nous sommes au sud de l’Angleterre, à l’orée de ce que l’historiographie anglaise baptisera du nom de « Dark ages », à l’aube des invasions Pictes et Saxonnes. La colonisation romaine a considérablement altéré l’unité culturelle celte. La christianisation gagne jusqu’aux peuples du Nord, qui délaissent les anciens usages pour la foi du dieu du désert. Les anciennes déités sylvestres et nordiques dépérissent tandis que l’art destructeur des armes métalliques échappe à leur contrôle.
Affaibli par l’abandon de ses fidèles, c’est au peuple démon que décide de faire appel le Furieux, dieu suprême des nomades du Nord, afin de contrer l’avancée du progrès. Villes d’acier, abominations nucléaires : le dieu Borgne a le don de voyance. Son attachement viscéral à la Terre et au dragon, dont il partage les énergies, le conforte dans son plan d’anéantissement du monde au bénéfice d’un nouvel avenir, exempt de la souillure angélique.

Dans la lutte qui les oppose, les Anges et les dieux saxons tireront profit de toutes les destinées humaines qui se rallieront à leur cause : une reine des Celtes dévouée à son peuple et au culte du dieu Cerf ; un homme-démon prénommé Merlinus ; un jeune écuyer chrétien possédé par un mage-dragon.
Tandis que, dans l’ombre, les druides prophétisent l’avènement d’un roi, sauveur du peuple Celte.

Du nouveau et de l’inattendu donc, avec ce cycle arthurien narrant l’ascendance du roi Arthur. Ygrane, Merlin, Uther Pendragon, Morgeu... autant de destinées prises dans les rets inextricables du fatum.
Car dans la lutte implacable que se livrent les entités cosmiques, nulle place n’est laissée au libre arbitre ou à l’autonomie des hommes : à tel point que l’humanité décrite ici apparaît comme un vaste spectacle de marionnettes, dont les ficelles oscillent au gré des (souvent) nébuleux desseins des Seigneurs du Feu ou du dieu du Nord.
Et pourtant…de cette gangue pétrifiée l’auteur fait jaillir des personnages éclatants, dont la quête de sens, fébrile et inquiète, se veut une tentative de réponse aux enjeux démesurés des puissances. L’amour, la vengeance, l’unité d’un peuple ou la quête de salut… autant de voix possibles dans la justification de leur humanité.

L’humanité. C’est principalement par l’intermédiaire du Démon Lailoken-Merlin que la passerelle est jetée entre le monde des dieux et le monde sensible des hommes.
Ses méditations retracent l’histoire de la perte originelle, la mélancolie de l’exilé, la découverte impromptue de l’humaine condition par lui, l’ancien démon désormais captif d’un corps de chair.
Lailoken le passeur est aussi Merlin le sage, le confident. En lui raisonnent les doutes des protagonistes, leur accablement face à l’opacité du sort. Et qu’il s’agisse d’Uther le torturé ou de l’irascible Morgueu, c’est toujours avec beaucoup de finesse et sensibilité qu’ Attanasio parvient à susciter l’empathie du lecteur pour ses créatures.

Placé sous le signe du questionnement – les quelques citations extraites du Livre de Job en témoignent - Le dragon et la licorne porte également l’empreinte de l’imagination fertile de l’auteur. Sous sa plume, c’est tout naturellement que fusionnent les cosmogonies platoniciennes et nordiques, pour composer une genèse du progrès qui ne manque pas de piquant.
Ce qui fait d’ailleurs d’autant plus regretter que certains des plus fascinant tableaux évoqués ici ne donnent pas davantage matière à développement : ainsi le vol de l’épée foudre, alias Excalibur / Balmung, par Rna, Reine des couteaux de silex (splendide !), ou encore cette trop parcellaire vision du grand arbre cosmique, dont les racines plongent jusque dans le cerveau des hommes…

De manière plus générale, ce sentiment de frustration se fait particulièrement sentir lorsqu’il s’agit de retracer l’histoire des dieux – Mais qui fut Ciel Brillant, ce dieu sacrifié par les Anges à la grandeur de Rome ? - ou bien d’appréhender les intentions avérées des Anges -Le mobile qui conduit les Seigneurs à façonner la licorne est-il bien clair ?
A la fois Puzzle et jeu de l’oie, Le dragon et la licorne délivre l’information par bribes sans toutefois parvenir à rassasier complètement. Quelques pistes de réponses se retrouveront en compulsant les cosmogonies et mythes concernés. Cependant, dans un souci de fluidité et de plaisir de lecture, aurait-on aimé voir certains de ces éléments plus largement évoqués dans ce premier volume, ré-enchantés par l’indéniable talent de conteur d’Attanasio.


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Avec Le dragon et la licorne, Attanasio livre une fresque arthurienne épique à souhait, et rare à plusieurs titres : élégance de l’écriture, mixité des références tant mythiques que philosophiques, profondeur des personnages…
Une réussite que viennent donc tempérer les (trop ?) nombreuses clés qui demeurent en suspend à la fin de la lecture, quand bien même s’agit-il d’un premier tome.
Aussi faudra t-il compter sur la publication des trois prochains volumes pour assouvir notre très humaine curiosité … car, comme le signifie fort bien l’auteur à travers son roman : La maladie principale de l’homme est la curiosité inquiète des choses qu’il ne peut savoir. (Pascal, Pensées, VII, 17, Ed. Havet)



NOTES

[1] "I wrote the Radix Tetrad from that remarkable point of view, the way storytellers of old did, dramatizing the natural world in human form - only instead of sun gods and moon maidens intriguing with mortals, I wrote about aliens from other worlds confronting human beings. The story’s the same : It’s the hero’s clash with the gods. In our psychological age, that clash is the individual’s struggle to create an identity, and thus a destiny, out of the infinite flux we label reality."
(Notes publiées par A. A. Attanasio dans la première édition américaine de Radix)