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Publié le 01/01/2000

Le jeu du cormoran de Francis Berthelot

ED. FAYARD, 2001

Par Pegase

Le jeu du cormoran est le quatrième roman du Cycle du démiurge de Francis Berthelot. Il succède au très réussi Mélusath et oscille lui aussi en un subtile jonglage entre le réalisme et le fantastique.


Ivan et Maxime sont deux frères voltigeurs dans un cirque itinérant nommé Algeiba. Maxime est le joyeux luron de la troupe. De plus c’est lui qui est mis en lumière durant les numéros de voltige puisque Ivan est son porteur. Ce dernier aujourd’hui âgé de 19 ans (dans l’histoire narrée au présent nous sommes en 1974), se terre dans un silence pesant. Depuis la mort d’un jongleur de la troupe (cf. Le jongleur interrompu) survenu il y a 8 ans, le jeune homme s’est totalement replié sur lui-même. Son imposante carrure lui a valu le sobriquet peu reluisant de Tartare. Pour ne rien arranger, les frangins ne cessent de se provoquer.

Au cours d’une énième représentation, Ivan entraîne plus ou moins volontairement la chute de Maxime qui se blesse à un poignet. Ivan s’isole de la troupe. En se promenant au bord du littoral, le comportement d’un cormoran attire son attention. Il voit en l’animal une série de signes qui lui sont destinés, plus précisément une « chimère promise par la lune ». A son retour au camp à Andériac (bassin d’Arcachon), une ultime altercation avec son père le pousse à quitter définitivement le cirque Algeiba vers un ailleurs. Et pour ce nouveau départ, le Tartare « n’a emporté aucun visage ».

Son errance sur la plage le conduit vers un blockhaus. Aussi surprenant que cela puisse paraître, un individu y loge (temporairement). Moa-Tao, un individu de 15 ans d’origine asiatique au sexe indéterminé. Ces deux compagnons d’infortune en rejoignent un troisième, Tom-Boulon - le régisseur d’une troupe de théâtre (cf. Mélusath), qui a sombré dans l’alcool en raison d’un amour impossible.

Tout trois vont parcourir un long périple qui les conduira jusqu’en Finlande, sous l’œil imperturbable du mystérieux cormoran...

Le jeu du cormoran est un voyage initiatique pour trois êtres en perdition. Il leur faudra passer par des épreuves que l’on pourrait appeler rites de passage au travers desquelles ils vont se façonner leur nouvelle identité. Tout le monde n’en sortira pas indemne.
Berthelot met en avant les sentiments humains. La fragilité de ceux-ci peut mener des personnes à faire des choses monstrueuses d’un côté et dans le même temps à se soutenir les uns les autres devant l’adversité. Et le plus rude adversaire est sans doute eux-mêmes. L’auteur lorgne avec le fantastique. En premier lieu avec ce cormoran dans lequel Ivan voit son défunt ami, le jongleur Constantin adorateur des oiseaux, réincarné en guide bienveillant. En second lieu cet étrange personnage multi facettes aux yeux gris métalliques qui désarçonne Ivan à chacune de ses apparitions sous divers visages : Valmeur au bassin d’Arcachon ; Veltori à Paris ; Varkinen en Finlande.
Enfin, dans la maison du régisseur alcoolique Tom-Boulon dans laquelle se trouve une pièce évolutive. En effet, Moa-Tao à constater que des objets se transformaient de manière quasi imperceptible, que des détails dans les tableaux se modifiaient légèrement.
Si l’on n’attache peu d’importance au manque de crédibilité de l’histoire sur certains aspects (en particulier une confiance aveugle envers un inconnu au comportement plus que douteux qui fournit une adresse en Finlande pour résoudre le problème de Moa-Tao) ainsi qu’à l’absence délibérée d’explications sur quelques points, nous pouvons affirmer que ce roman est une réussite.


Violent, dramatique, émouvant, réconfortant, le lecteur est chahuté dans un festival d’émotions. L’être humain est tout sauf parfait, il peut parfois avoir des comportements ignobles ou méprisables, devenir quelqu’un de faible. Le basculement du côté obscur n’est à l’abri de personne. Si certains individus succombent tragiquement, d’autres parviennent à passer au-delà des souffrances et devenir plus fort. Epuré, sobrement écrit, Le jeu du cormoran est au final un beau roman initiatique rempli de sensibilité.