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Publié le 05/11/2006

Le mage [Le Chevalier-mage T.2] de Gene Wolfe

[The Wizard, 2004]

ED. CALMANN-LEVY / FANTASY, OCTOBRE 2006

Par Mr.C

Deuxième volet des aventures d’Able en Mythgarthr. Après avoir fait ses preuves en tant que chevalier, l’adolescent américain devenu héros d’un pays de légendes, est confronté à ses pouvoirs de mage.
La magie du style de Gene Wolfe opère à nouveau.


L’oeuvre de Gene Wolfe est un monument au non-dit. Ses personnages ne savent pas, les noms de lieux et d’hommes se confondent, la chronologie est incertaine, les causes et les effets ne sont pas évident. Réflexions sur la mémoire et sur l’identité, Les Cinq têtes de Cerbère, Le soldat des brumes, le cycle du Nouveau soleil de Teur ou le dyptique du Mage-Chevalier laissent le souvenir de vagabondages audacieux dans des contrées imaginaires, en compagnie de héros aux souvenirs souvent peu fiables. Ce même sentiment de bonheur sans contour qu’au réveil après un doux songe.

Du premier volume, Le chevalier, que se souvient-on - si l’on devait être plus précis qu’en évoquant un formidable moment de lecture ? Il y a un jeune américain, un adolescent, qui écrit à son frère, Ben, depuis une contrée étrange dans laquelle il s’est égarée. Baptisé Able - en anglais, able signifie "capable" - par la vieille tisseuse auprès de laquelle il s’est réveillé, le jeune homme est allé de rencontres en rencontre : des pêcheurs, puis un homme âgé qui a crû reconnaître en lui son frère, puis un chevalier. Il est tombé amoureux d’une reine des elfes enchanteresse, Disiri, et celle-ci a fait de lui un homme - physiquement. Elle lui a également confié une quête, celle de l’épée ultime, Eterne.

On se souvient aussi d’un bestiaire sans précédent : Gylf le chien dont la forme varie du chiot calin à la bête géante et monstrueuse suivant les circonstances, des elfes rouges, Mani le chat qui parle, sage mais prétentieux. A la fin du premier volume, on avait retenu la division du monde en 7 univers superposés, et suivi Able en Aelfrie dans la caverne du dragon Grengarm. Après un combat épique d’une beauté poétique fulgurante, Able était secouru par une déesse du Sciel et conduit vers le Château du Père des Batailles, créateur des mondes... Able est-il mort dans le combat, ce qui expliquerait cette montée au "Sciel" ?

Dès l’ouverture du second volume, Gene Wolfe renoue avec ses habitudes : surtout ne pas se trouver là où on l’attend. Ce n’est pas avec Able que reprend le récit, mais avec Toug son écuyer. Et, oui, il semble bine qu’Able soit mort. Sauf que non, bien sûr - et l’ambiguïté perdurera tout au long du roman.

Sans chercher à résumer un roman irrésumable pour bien des raisons - sa longueur, sa complexité, en premier lieu, le souhait de vous laisser le découvrir par vous même en sus - l’on peut donner quelques uns des ingrédients du Mage : le conflit contre les Angrelins, les Géants de l’Hiver et de la Vieille Nuit, quelques spectres et une sorcière-dragon, une licorne qui cavale dans les nuages, une rencontre hallucinante au fin fond du Niflheim, beaucoup de déconvenues et, de temps en temps, un retournement de situaion qui vous donne le sentiment de n’avoir pas compris les dix dernières pages.

Gene WOLFE n’est pas facile à lire. Nulle facilité ici, ni pour lui ni pour nous. "Le Mage" ne fait pas, ou si peu de magie. Les dragons sont rares. En revanche, les [longs, très longs] dialogues, qui construisent le récit davantage que les événements, recquièrent une attention soutenue ; les sous-entendus y sont permanents - en louper un, c’est devoir de reprendre le texte dix lignes plus haut. Et même ainsi, on se perd facilement dans les finesses de plume de Wolfe, ses mots innatendus, on intrigue déconstruite. Il faut sans doute humblement accepter le défi et se promettre de relire le roman quelques mois après la première lecture pour en saisir toute l’intelligence.

Mais quelle poésie ! Quelle ampleur dans l’imaginaire ! Quelle intensité dans les moments d’action ! Certaines scènes, certains personnages [Morcaine la sorcière notamment] laissent une impression très forte - tout comme, mais c’est un exemple personnel, la tante du jeune garçon dans La Cinquième tête de Cerbère et sa robe longue en lévitation. Ne reculez donc pas devant l’obstacle : Le Mage est l’un de ses romans qui donne toute sa noblesse à la fantasy.


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On pourra regretter que certaines questions qui se posaient dans le premier tome restent en suspens. Wolfe, qui ne fait pas dans l’attendu, prend même plaisir à créer plus d’interrogations qu’il n’apporte de réponses dans ce tome 2. Mais le propos n’est pas là. Ici c’est le style qui emballe, ce sont les mots qui charment, ce sont les doutes qui transportent.

Si vous avez lu Le Chevalier, nul doute que Le Mage soit déjà dans votre ligne de mire. Sinon, je ne peux que vous le recommander une nouvelle fois : la critique d’AK étant un modèle du genre, vous en ressortirez convaincu.