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Publié le 04/10/2006

"Le palais des rêves" d’Ismail KADARE

["Pallati i endrrave", 1981]

ED. FAYARD, 1991 - REED. LIVRE DE POCHE, 2006

Par Olivier

Rejeton d’une illustre famille de grands serviteurs de l’Etat, Mark-Alem est embauché dans la plus secrète, la plus puissante, la plus terrifiante institution qui se puisse imaginer : une administration chargée de collecter, jusque dans les provinces les plus reculées, les songes de tout un chacun, de les rassembler dans un lieu unique, puis de les trier, de les classer, de les interpréter, afin d’isoler ces " maîtres-rêves " dans lesquels le destin de l’Empire et de son tyran pourra être déchiffré.

Une état totalitaire absurde inspiré par l’Albanie d’Enver Hoxha.


« Depuis longtemps, j’avais envie de construire un enfer. Je mesurais pourtant ce qu’avait d’ambitieux et même de chimérique un pareil projet à la suite des anonymes égyptiens, de VIRGILE, de Saint AUGUSTIN et surtout de DANTE. »

Ismail KADARE à propos du « Palais des rêves »

Nous sommes dans ce qui semble être un néo-Empire ottoman immense, où cohabitent une quarantaine de nationalités et presque toutes les religions. La famille de Mark-Alem Quprili est une lignée de hauts-fonctionnaires, serviteurs dévoués des plus hautes sphères de l’Etat. Il est coopté dans l’institution centrale de l’Empire, le Tabir Sarrail.

Il s’agit d’un étrange palais où une armée de fonctionnaires collecte, trie, archive et interprète les rêves de tous les sujets de l’Empire, dans le but d’y deviner les troubles à venir de l’Empire, pour mieux les anticiper. Mark-Alem commence au bas de l’échelle, au tri des rêves. Apportés par charrettes entières, il faut essayer de faire le tri entre ceux qui peuvent présenter un intérêt à l’interprétation et les autres. Puis Mark-Alem va passer à l’interprétation, avant d’arriver au poste suprême de cette terrible bureaucratie, qui n’hésite pas à broyer les individus pour se perpétrer.

L’argument transficitif est évident, puisque les rêves constituent en quelque sorte l’une des matières premières de ce récit étrange, fascinant et glaçant. Critique métaphorique de l’oppression totalitaire, on pourrait le rapprocher sans peine des œuvres des STROUGATSKI ou de « 1984 ». Peut-être moins marquant que le roman d’ORWELL, ce « Palais des rêves » reste une œuvre originale et fascinante, par sa description du totalitarisme vécu de l’intérieur, et de sa logique impitoyable.

L’effroi avec lequel est décrit le revirement du régime [on peut penser aux ruptures successives de l’Albanie avec l’URSS puis la Chine de Mao qui ont donné lieu à des purges sanglantes], au milieu desquels Mark-Alem et sa famille sont comme des fétus de paille pris dans un cyclone, marque durablement le lecteur.


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L’angoisse et la crainte que l’auteur ne cesse de distiller jusqu’à la fin font de ce court roman une œuvre terrifiante, et certainement l’un des grands textes écrits sur le totalitarisme.

Une dystopie incontournable, tout simplement, qui n’a pas fini de vous hanter bien longtemps après que vous eussiez fermé le livre.