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Publié le 01/06/2006

"Le parlement des fées" [Tome 1] de John CROWLEY

[« Little, big », 1981]

1ERE ED. FRANCAISE : RIVAGES, 1994 - REED. TERRES DE BRUME, MAI 2006

Par Shinjiku

Après "L’abîme" en mars 2006 en Points Seuil et en même temps que "L’été-machine" chez Les moutons électriques, voici venir l’œuvre la plus connue de John CROWLEY, "Le Parlement des fées" [Du moins son premier tome, la parution du second étant programmée pour le mois de juin].

CROWLEY est considéré comme un des grands initiateurs d’un sous-genre de la fantasy très novateur dans le début des années 1980, la fantasy mythique. [sous-genre qui se perpétuera, entre autres, à travers "La forêt des Mythagos" de Robert HOLDSTOCK et "Stardust" de Neil GAIMAN].


La fantasy mythique va puiser ses racines dans les contes de la fin du XIXe ou du début du XXe siècle [citons par exemple le "Peter Pan" de James Mattew BARRIE, ou "Alice au pays des merveilles" de Lewis CARROLL] qui ont la particularité d’utiliser un imaginaire de l’onirique et du merveilleux en convoquant des créatures telles que les fées et les lutins.

La résurgence de ce type de contes dans la fantasy mythique n’a pas abouti à une réécriture stricte mais plutôt à un emprunt de cet imaginaire en vue de l’ancrer davantage dans la modernité. Le but est de conserver le fort potentiel allégorique et métaphorique du conte pour proposer quelque chose de plus adulte, plus cru et développé.

"Le parlement des fées" est un livre-clé de cette littérature. Dès le début, les références aux contes sont citées dans les grandes largeurs, et le type de narration - minutieuse, elliptique - ne bougera pas d’un iota, d’un bout à l’autre du récit.

L’intrigue reste volontairement très floue, hachée par des chapitres qui passent brusquement à tout autre chose, alors qu’un pan de l’histoire ne demandait qu’à être développé ; il serait vain de reprendre la quatrième de couverture pour narrer les problèmes existentiels de Smoky, l’un des personnages [y a-t-il seulement un personnage principal dans cette histoire ?], pour raconter le début, tant l’essentiel est ailleurs.

Avant tout, "Le parlement des fées" raconte l’histoire d’une maison et de ce qui s’y passe. A ce titre, le rapprochement s’impose avec "Cent ans de solitude". Comme dans le chef d’œuvre de Garcia MARQUEZ, la maison est tout à la fois : un personnage, le reflet de l’humeur de ses occupants, en filigrane la structure même de l’intrigue. Tout s’y déroule, tout y mène, son architecture à elle seule résume le livre : l’assemblage improbable de plusieurs maisons antagonistes, des couloirs dans lesquels on commence par se perdre pour finir par s’y habituer, des pièces qui changent de forme, de place. Et ce n’est pas un hasard : le seul véritable fil rouge de l’intrigue est un jeu de cartes capable de transcrire certains événements d’un mystérieux Conte, dont on devine bien vite qu’il s’agit de celui-là même que nous avons sous les yeux.

Cette manière de mettre en abîme est encore très proche de "Cent ans de solitude", dont l’ombre pèse à chaque page. Comme chez Garcia MARQUEZ, l’histoire est profondément dynastique : les générations se succèdent avec tant de mélanges que l’on s’y perd un peu. Les rapports entre les personnages, toujours narrés avec une grande délicatesse et sans la pudeur inhérente aux contes, définitivement adultes, deviennent de petits événements tous liés mais jamais expliqués jusqu’au bout.

Comme pour "L’été-machine", cela pourra entraîner la frustration et le désengagement d’un certain nombre de lecteurs. N’empêche... tout ça est remarquablement ficelé, ciselé, laissé en suspens. "Le Parlement des fées" n’est pas un livre que l’on dévore mais que l’on goûte.

On pourra déplorer le travail éditorial très moyen qu’a subi le livre. Pourquoi Terres de Brume l’a-t-il placé dans sa collection Poussières d’étoiles alors que "Le parlement des fées" n’a rien à voir avec de la science-fiction « classique » ? De même, la traduction du titre reste toujours hors sujet [ni fées ni parlement dans ce livre... on saluera l’intelligence de l’édition en Pocket qui avait eu l’idée, il y a quelques années de cela, de rebaptiser ce tome "L’art de la mémoire", ce qui est déjà beaucoup plus juste, et joli] ; la couverture n’est en rien représentative du contenu, et on ne trouve aucun ajout rédactionnel [ni préface, ni biographie même courte, rien]. Quant aux erreurs de typographie, elles sont fréquentes.


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Ne boudons pas notre plaisir : cette réédition est bienvenue, ne serait-ce que pour nous permettre de [re]lire CROWLEY, auteur important dont ce "Little, big" fut un livre prépondérant et influent sur un certain genre de littérature - en plus d’être délicieux à lire.