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Publié le 01/06/2004

"Le pas de Merlin" de Jean-Louis FETJAINE

["Le Pas de Merlin" 1/2]

BELFOND, 2002 / REED. POCKET FANTASY, 2004

Par Ubik

Les romans arthuriens issus de ce que l’on a appelé « la matière de Bretagne » sont à l’origine d’une descendance littéraire et cinématographique particulièrement prolifique pour le meilleur ou pour le pire. Depuis les récits de Geoffroi de Monmouth, Chrétien de Troyes ou Thomas Malory, pour n’en citer que quelques uns, Merlin, Arthur ou Lancelot sont devenus des lieux communs de la littérature d’imagination.


Moult pistes ont été explorées : celle épique et idéalisée dans le carton pâte [ les films hollywoodiens et la série « Prince Valiant » d’Harold Foster ], celle bouffonne et intensément jubilatoire [ « Sacré Graal » des Monty Pythons ], celle shakespearienne mâtinée de vrai morceaux de Wagner [ « Excalibur » de John Boorman ], celle plus vraie que l’Histoire [ La saga du roi Arthur de Bernard Cornwell ], celle aux origines du mythe qui puise dans les légendes celtes et bien d’autres encore, kitsch, ésotérique, mystique... Les périodes crépusculaires ou intermédiaires sont propices à ce genre d’exercice.

Mais revenons au "pas de Merlin". A l’origine de l’envoûtant cycle des elfes, FETJAINE saute à son tour le pas pour nous proposer une version historique de ce cadre imaginaire, ici centrée sur le personnage de Merlin. Il s’en explique d’ailleurs dans un texte d’avertissement, court et clair, présentant sa démarche et rappelant les éléments historiques à sa disposition.

Avec le cycle des elfes, on se situait avant la chute, c’est-à-dire la rupture entre les hommes et les peuples de la faërie. Poursuivant son histoire imaginative, FETJAINE nous narre dans ce nouveau roman, les temps d’après la chute, époque demeurant légendaire à nos yeux donc ouverte à toutes les spéculations.

Posons le décor maintenant. Depuis le départ des légions romaines, la Bretagne [entendez par là, la Grande-Bretagne] ne peut plus compter que sur ses propres forces pour résister aux barbares qui l’assaillent de toute part. Angles, Saxons, Francs, Gaëls, Scots, les menaces ne manquent pas et à celles-ci s’ajoute celle des éternels insoumis du Nord : les Pictes. L’union des Bretons est donc plus que jamais nécessaire pour résister mais celle-ci ne peut se faire qu’autour d’un haut-roi, un riothime, faisant l’unanimité autour de lui. Autant dire que l’affaire n’est pas gagnée car l’appât du pouvoir suprême et les rivalités plombent l’entente des Bretons.

Voilà pour la toile de fond, mais « Le pas de Merlin » n’est pas uniquement le récit de cette lutte vitale, c’est également un roman centré sur l’évolution et le devenir de quelques personnages parmi lesquels se trouve le jeune Myrddin [ ou Merlin ], « le fils du diable » aux yeux des chrétiens, ici jeune et naïf encore mais ça ne va pas durer. Barde méritant attaché au roi Guendoleu, héritier de la couronne de Dyfed, il se trouve rapidement placé au cœur de rapports de force qui le dépassent alors que le secret de sa naissance se dévoile peu à peu à lui.

Roman d’aventure et d’initiation, « Le pas de Merlin » est également la parfaite illustration des propos de FETJAINE : « Je n’aime pas la fantasy gratuite, qui ne repose sur rien, alors qu’il existe un corpus fabuleux de légendes « historiques » qui ne demandent qu’à revivre. » [ Phenix, n°58 ] Cette démarche a déjà été appliquée par Gene WOLFE [ La saga de Latro ] ou Roger ZELAZNY [ le cycle des princes d’Ambre pour ne citer que celui-ci ] et FETJAINE s’y illustre à son tour avec talent. Le roman se lit rapidement avec plaisir et même si FETJAINE n’est pas toujours à la hauteur d’un conteur comme Robert HOLDSTOCK, force est de constater qu’il tire très bien son épingle du jeu.


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Que l’on adhère ou pas à cette fantasy, « Le pas de Merlin » est donc un agréable moment de lecture, certes inscrit dans une forme classique, c’est une épopée à taille humaine qui n’a pas finit de livrer toutes ses promesses puisque l’on attend toujours le volet suivant qui devrait se dérouler en Brocéliande.

Qui a dit que les mythes étaient morts ?