Publié le 01/09/2007

« Le patrouilleur du temps - La patrouille du temps T. 2 » de Poul ANDERSON

ED. LE BELIAL JUIN 2007

Par Ubik

Oyez...oyez ! Le deuxième volet de « La patrouille du temps » est désormais disponible dans toutes les librairies de France et de Navarre. Louez soit le nom du Bélial qui l’a édité. Loué soit celui de Jean-Daniel BREQUE, le traducteur émérite et passionné [sa légendaire modestie dû-t-elle en souffrir] de ce tome entièrement inédit ; en attendant avec impatience la parution de son essai [courant novembre aux Moutons électriques] consacré à l’auteur.


Longtemps le lectorat hexagonal de science-fiction n’a disposé que d’un aperçu réducteur de l’œuvre de Poul ANDERSON car l’auteur états-unien a été victime d’un ostracisme injustifié et tenace dans nos contrées. Fort heureusement, les éditions du Bélial [et celles de l’Atalante] ont entrepris de réhabiliter l’auteur afin de nous permettre de [re]découvrir ses romans.

« Le patrouilleur du temps » est le deuxième tome du cycle de « La patrouille du temps ». Pour mémoire, rappelons aux étourdis que cette organisation a été créée par les Danelliens dans l’objectif de préserver le passé historique des manipulations et tentatives de réécritures de malfaisants ou d’apprentis historiens. Bien entendu, rien de désintéressé dans leur entreprise puisqu’il s’agit de garantir la pérennité de la ligne historique menant à leur présent.

Les deux courts romans et la nouvelle qui composent ce recueil nous emmènent entre l’Antiquité et le Moyen-âge.
Le premier texte, « D’ivoire, de singes et de paons », se déroule dans la cité de Tyr en l’An 950 avant Jésus Christ. Nous retrouvons l’agent Manse Everard, dépêché sur place en sauteur temporel afin de déjouer la grave menace de destruction qui pèse sur la cité du roi Hiram. On retrouve ainsi le schéma narratif déjà esquissé dans le précédent volume : le héros doit identifier la menace sans introduire de paradoxe trop déstabilisant ; au passage il compte fleurette et séduit grâce à son charme anachronique irrésistible une jeune femme et finit par accomplir sa mission.

Rien de bien bouleversant ; il y a un peu de James Bond chez Manse Everard [comme chez Dominic Flandry, autre héros d’ANDERSON]. Le point fort se situe plutôt au niveau de l’ambiance. Poul ANDERSON donne vie à la cité de Tyr, en la peuplant d’une foule qui fleure l’authenticité [odeurs comprises]. Tout n’est sans doute pas vrai mais il n’empêche que l’on y croit. Ajoutons à cela l’adjonction d’un personnage secondaire véritablement truculent, un adolescent particulièrement malin et gouailleur, et nous pouvons affirmer avoir passé un bon moment. Mais le meilleur reste à venir.

En effet « Le chagrin d’Odin le Goth », deuxième texte du recueil, est une grande réussite car ANDERSON œuvre dans un registre plus intimiste. Nous pénétrons le drame personnel d’un agent observateur de la patrouille qui, chargé de relever des informations utiles à la préservation de la ligne historique sur les mythes germaniques, se trouve mêlé dans sa chair et son sang au destin funeste d’une famille de Goths de l’Est [Ostrogoths]. C’est la fatalité qui préside au déroulement dramatique de l’intrigue mais évidemment aussi les règles d’airain de la patrouille. Et, on ne peut s’empêcher d’éprouver un pincement au cœur lorsque survient fatalement le dénouement. Le dernier texte, « La Mort et le Chevalier », qui brode une intrigue sur le thème de la chute des Templiers, paraît en comparaison un peu fade.


Bref, on prend un plaisir sincère à lire ces histoires de « Patrouilleur du temps » sans regretter un instant l’investissement en temps - qui de toute manière n’est pas excessif.
Gardez une place à cet ouvrage auprès de vos classiques de la science-fiction.