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Première publication le 01/12/2000
Publié le 12/11/2006

Le prestige de Christopher Priest

[The Prestige, 1995]

ED. DLE, MAI 2001 - REED DLE et FOLIO SF, NOV. 2006

Par Mr.C

A la fin du XIXème siècle, Alfred Broden et Rupert Angier, deux prestidigitateurs renommés pour leurs numéros de téléportation, entrent dans une lutte fratricide qui met en péril leur carrière, leur vie, et même celle de leur descendance sur trois générations...

Des années plus tard, leurs arrière-petits-enfants affrontent avec terreur les sequelles de cette guerre sans merci aux origines mystérieuses.

S’il y avait encore un doute, il n’est cette fois plus permis : Christopher Priest est l’un des meilleurs auteurs contemporains de SF & Fantastique.


WORLD FANTASY AWARD


A l’instar d’un tour de prestidigitation, les histoires de Christopher Priest exige - pour "fonctionner" - qu’on respecte un pacte implicite, celui de ne pas vouloir à tout prix une explication rationnelle et définitive. Tout l’intérêt réside, en effet, dans le non-dit et le non-montré, dans le suggéré intentionnel et le ressenti intime de chaque lecteur lorsque se produit "l’illusion" littéraire.

« Le prestige » ne déroge pas à ce pacte avec une nuance cependant. Christopher Priest semble y être moins allusif que dans ces autres romans, nous livrant plus d’éléments de compréhension qu’à son habitude. Le résultat n’en demeure pas moins délicieusement envoûtant car Priest déploie tout son art pour titiller notre curiosité et mettre en scène une atmosphère d’étrangeté propice à la suspension de l’incrédulité, chère aux prestidigitateurs également.

Andrew Westley, jeune reporter en devenir, est envoyé par son journal dans le Derbyshire afin d’enquêter sur une curieuse manifestation d’ubiquité dans une secte. Andrew n’est ni un spécialiste des sectes, ni un journaliste chevronné.

Le hasard des reportages a fait tout bêtement qu’il s’est trouvé cantonné à ce genre d’affaires bizarres, affectation dont il se réjouit peu mais qui pourtant suscite une résonnance familière en lui. En effet, au cours de son existence Andrew a ressenti la présence quasi-physique de son jumeau et a même noué avec lui des relations intimes privilégiées. Ceci ne prêterait pas à conséquence si Andrew n’était pas dépourvu de frère comme son acte de naissance le confirme.

A ceci s’ajoute une situation familiale compliquée puisque Andrew est un enfant adopté, abandonné très jeune par son père naturel, Clive Borden, à la mort de sa mère.

Assez rapidement l’information, pour laquelle il a été dépêché, s’avère bidon. Il s’agit en fait d’un subterfuge mis au point par une inconnue séduisante nommée Kate Angier afin de le rencontrer. La jeune femme, qui semble connaître Andrew, souhaite mettre fin à un affrontement séculaire entre leurs deux familles dont ils supportent les dégâts collatéraux. Elle cherche aussi à résoudre l’énigme de sa propre enfance.

Les racines du conflit remontent à la fin du siècle précédent lorsque Alfred Borden et Rupert Angier, deux talentueux illusionnistes, se sont voués une haine à mort. L’objet de cette profonde inimitié est bien entendu dérisoire. Elle s’est développée au cours des années sur le terreau fertile de la jalousie, du malentendu, des maladresses et des actes de réconciliation manqués. Elle s’est focalisée sur la fameuse illusion de la téléportation.

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L’édition originale Denoël / Lunes d’Encre, 2001

Qui de Borden ou de Angier a commencé cette lutte fratricide ? La réalité sur ce point est fuyante car affaire de point de vue. Elle est intime puisque lié aux ressentis de Borden et de Angier que leurs héritiers découvrent à travers les témoignages de leurs journaux personnels. Enfin, elle est multiple, se superposant, s’opposant, se mettant en abyme et posant autant de questions qu’elle n’en résout.

Priest a eu la brillante idée d’investir un univers rarement travaillé par la littérature : celui des prestidigitateurs, royaume de l’illusion, à la face magique et au revers bricolé voire tragique. Il nous hypnotise en quelques pages par un mystère d’une profondeur insondable : pourquoi cette guerre sans merci entre deux magiciens ? Quels secrets innommables ont pû justifier pareille haine ?

Délivrant ses réponses au compte-goutte, via des journaux intimes, [ceux des magiciens, et ceux d’Andrew et de Kate, leurs arrières-petits-enfants], PRIEST joue avec le lecteur, proposant fausse-piste et tour de passe-passe comme un illusioniste, ne donnant un élément de réponse que pour mieux le dérober aussitôt...

Situé dans un monde merveilleux a priori inoffensif [celui des prestidigitateurs, de leurs malles à double-fond et de leurs jeux de miroirs], l’intrigue gagne en dramatique en basculant dans le drame humain, puis dans un fantastique effrayant...


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Le prestige est un exercice brillant et maîtrisé qui rejoue les thèmes et procédés de prédilection de Christopher Priest : faux frères naturels et vrais frères professionnels, gémellités fictives ou réelles, multiplicité de la réalité, dénouement en suspens.

Ce roman constitue à ce jour un des plus intéressants textes de l’auteur - et peut-être celui par lequel l’entrée sera la plus aisée pour le lecteur néophyte en SF... ou en Priest.


> A propos de l’adaptation du roman à l’écran en 2006, lire ici l’interview de Christopher Priest