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Publié le 16/12/2007

Le puits des histoires perdues de Jasper Fforde

[The Well of Lost Plots, 2003]

ED. FLEUVE NOIR, 2006 - REED 10-18 / DOMAINE ETRANGER, 2007

Par Popars

Le Cafard continue sa rentrée littéraire à lui, naviguant tant bien que mal sur l’inondation littéraire qui chaque année déborde dans nos librairies. Et c’est de la maison 10-18 que vient la bonne surprise, avec la réédition en poche de trois bons livres : Hey, Nostradamus de Douglas COUPLAND, Le dernier homme->393] de Margaret ATWOOD, et Le puits des histoires perdues de Jasper FFORDE, qui nous offre la suite des aventures littéraires de la délicieuse Thursday Next.


Être Thursday Next, la plus célèbre des littératecs d’une Angleterre alternative, n’est pas de tout repos. Pour avoir osé tenir tête à la puissante multinationale, Goliath, elle a subit l’éradication temporelle... de son mari. Et pour s’extraire de ces griffes, la voici obligée d’accepter le « Programme d’Echange de Personnage » proposer par la Jurifiction, la police du monde de la Littérature, composée de personnes du monde Extérieur et de personnages fictifs.
Le refuge ? Les hauts de Caversham, un polar minable, relégué dans le puits des histoires perdues, et dont la médiocrité rend la publication dans le monde réel plus qu’improbable. Et alors que le monde des livres s’apprête à une mise à jour radicale avec l’UltraWordTM [l’équivalent du Web 2.0 dans notre monde] un petit grain de sable risque de griper toute la machinerie : l’absence de Godot aux réunions de la Jurifiction...

Je sais, cette brève introduction risque de vous déboussoler, tant le monde imaginé par Jasper FFORDE est riche. Mais, soyez prévenu : Le puits des histoires perdues n’est pas un train que l’on peut se permettre de prendre en marche, et c’est sans hésitation - et non sans plaisir - que je conseillerais au lecteur de se précipiter allègrement sur les deux précédents tomes de cette aventure littérraire : L’affaire Jane Eyre et Délivrez-moi, tous les deux critiqués par notre ami PAT.
Fin de la digression.
Revenons à nos moutons.

Quel plaisir de tomber sur un livre du sieur FFORDE, car c’est à coup sûr un bon moment à passer. Ce monsieur, à l’imagination très fertile, s’est créé un univers quelque peu délirant et Terry PRATCHETT n’aurait pas renié des scènes comme la pêche aux mots sur la mer du même nom, ou le marchandage d’intrigues et de personnages secondaires pour étoffer les romans.

Ainsi, nous apprendrons incidemment, entre autres faits passionnant comment naît un personnage : commençant sous la forme d’un Générique aux traits plus que sommairement décrit, il va peu à peu prendre de l’épaisseur, au sens propre comme au sens figuré, jusqu’à être un Personnage.
Il y aussi les grammasites, ces formes de vie parasitaires vivant à l’intérieur des livres qui se repaissent de grammaire ; ou des vyrus ortografiques ; mais je n’en dirais pas plus car il faudrait allonger considérablement la longueur de mon billet.

On glousse beaucoup au cours du second procès de Thursday, à la cours du Roi et de la Reine de Cœur, au sein du roman Alice au pays des merveilles de Lewis CARROLL, face à des perles de dialogue :
« Cette semaine, on a une promotion sur les chagrins d’amour ; pour un acheté, vous avez un frère toxicomane sans supplément »
ou :
« Chère Béatrice, j’étais en train de chercher une cruche quand je vous ai trouvée.
- Vous, Bénédict, qui avez moins de cervelle que de cérumen ? »


Le puits des histoires perdues pousse encore plus loin les délires typographiques du précédent roman, Délivrez-moi !, que n’aurait sans doute pas renié un certain Alfred BESTER, les calligraphies en moins. De ce fait, la multiplication des communication inter-roman par NDBDP [Notes De Bas De Page], ou les transitions entre la vie courante d’un Personnage au sein de son livre et sa vie dans l’intrigue - rendu par alternance entre police de caractère normale et grasse - deviennent peu à peu des éléments ludiques dans la poursuite de la lecture.

Derrière ce ton d’apparence légère, se profilent quelques réflexions intéressantes. Le mari de Thursay a été "effacé". Quel est le statut de cet être qui lui est cher, dont la rencontre est désormais impossible mais dont les souvenirs lui demeurent présents ?
En parallèle, le souvenir d’un personnage rencontré dans le précédent tome prend une vie autonome. Comment combattre ce parasite mental qui s’est mis en tête de détruire les souvenirs ?

La seule chose dont on pourrait se plaindre est une mise en bouche assez lente, l’intrigue centrale ne démarrant réellement que vers le milieu du livre. C’est une chose que l’on constatait déjà dans les deux premiers tomes de la série.
Pour autant, le livre n’est jamais ennuyeux : pas de temps mort à la lecture, l’auteur enchaînant les séquences drôlatiques, une grève des Personnages de comptine laissant place à un stage sur la Gestion de la colère dans un classique de la littérature anglaise.


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Nous avons donc un livre qui remplit toutes ses promesses, prolongeant avec bonheur cette série et nous permettant de découvrir davantage cet univers de l’au-delà du miroir, ou plutôt de l’au-delà des livres.

A noter que vous pouvez télécharger le premier chapitre sur le site de la maison d’édition 10-18 pour vous en faire une idée, et c’est