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Publié le 02/10/2010

Le Rayon de la mort de Daniel Clowes

ÉD. CORNÉLIUS, MARS 2010


Variation dépressive sur le thème désormais éculé du super-héros ordinaire, Le Rayon de la mort évite justement l’écueil de la répétition. Original et incorrect, Daniel Clowes instille dans sa bande-dessinée très typé old school un sentiment de vide presque terrifiant. Et le lecteur de suivre — fasciné — la misère quotidienne d’un ado intelligent et lucide.


Si la couverture du Rayon de la mort singe l’esthétique classique des pulps SF les plus grotesques, c’est pour mieux lui casser la gueule. Lentement, méthodiquement, Daniel Clowes se livre à une véritable entreprise de démolition. Non pas du mythe du super-héros (qui se démolit tout seul, merci pour lui), mais bien de la totale vacuité de l’existence moderne, de la société contemporaine et des États-Unis en particulier. D’où la saveur éminemment subversive de cette bande-dessinée décapante, affreusement cruelle sous des dehors sages et des dessins à la fois méticuleux et simples.

À travers le destin archi-classique d’un ado coincé dans une banlieue morte aux prises avec des déboires quotidiens, Le Rayon de la mort transgresse toute la production habituelle en évitant le principe même d’aventure.
Ici, l’ado ne vit rien d’intéressant. L’ado vieillit (c’est d’ailleurs l’adulte qu’on rencontre dès le début du livre, et c’est lui qui conclut), l’ado meurt. Point. Aucun échappatoire, donc, même si Clowes se glisse avec bonheur dans les interstices du néant pour donner du sens à son propos.

L’ado s’appelle Andy. Il s’ennuie, supporte la connerie des costauds habituels, la nullité familiale (il est élevé par un grand-père quasi gâteux) et ne socialise qu’avec son copain Louie qui l’initie — scandale ultime — aux cigarettes. Miracle, les clopes ont un effet curieux sur Andy : elles lui confèrent un super pouvoir. Super pouvoir inutile, mais qui permet tout de même d’éliminer proprement les gens (par l’intermédiaire d’un pistolet bricolé à partir de rien, et qui au contact d’Andy, se transforme en redoutable désintégrateur).

Que faire ? le bien, le mal, ou plus simplement rien ? Andy avance à reculons dans l’existence, se fait forcer la main, agit sans vraiment le vouloir, perd ses derniers restes d’illusion et, au final, ne change évidemment rien. Car un super pouvoir ne rend pas meilleur. Ni pire, d’ailleurs. À l’instar de la connaissance qui sert surtout à comprendre qu’on ignore tout, le super pouvoir exacerbe la nullité ambiante. Autant dire que les vendeurs de Prozac ont de beaux jours devant eux et que la bande-dessinée de Clowes va beaucoup leur rapporter.

Avec un humour glaçant, l’auteur bousille tout. Froidement. Rigoureusement. Il ne laisse aucune porte ouverte, rien, ni lumière ni issue. La vie est merdique et à la fin, on meurt.


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Morceau de bravoure raconté en seulement quelques dizaines de pages, Le Rayon de la mort tire la bande-dessinée par le haut. De quoi se souvenir que le décodage du réel n’appartient pas aux productions formatées. Salutaire, en un mot.



PAT