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Publié le 05/09/2006

Le roi des rats de China Miéville

[King Ra, 1998]

ED. FLEUVE NOIR / RENDEZ-VOUS AILLEURS, SEPT. 2006

Par Mr.C

Saul Garamond est arrêté pour le meurtre de son père. Mais il est innocent. Il cherche encore à comprendre ce qui a pû se passer lorsque, dans sa cellule, apparaît un homme au visage flou dans une forte odeur de pourriture. C’est le Roi des Rats, qui lui affirme être son oncle et venir à son secours. Saul prend la fuite avec lui...

Le Roi des rats est le premier roman de China Miéville, plongée horrifique et magique dans une guerre d’animaux urbains, sur fond de drum ’n bass.


Forcé de se cacher, Saul apprend au contact du Roi à se comporter comme un rat. Filer le long des murs, rester quasiment invisible dans l’obscurité, se nourrir du contenu des poubelles, apprendre le circuit des égouts. Et il comprend rapidement que son ennemi est un Joueur de Flûte un peu particulier, démon ancestral dont la musique hypnotique est l’arme fatale.

Le Roi des rats est le premier roman de China Miéville. Il a été publié au Royaume-Uni en 1998, deux ans avant Perdido Street Station. Et s’il n’arrive qu’aujourd’hui dans sa traduction française, c’est sans doute parce qu’il est bien moins original que les romans qui l’ont suivi. Nulle créature à tête d’insecte ici, pas davantage de Cactus humanoïdes : nous sommes dans Londres, à la fin du siècle dernier - sans doute - car la mode du drum’n bass bat son plein.

En revanche, les êtres fantastiques sont déjà là et leur provenance en dit long sur l’auteur. Miéville mêle en effet au conflit du Roi des Rats deux autres "divinités" : Anansi, le roi des araignées, et Loplop le roi des oiseaux.

Le premier est l’avatar d’une divinité d’Afrique de l’Ouest, coutumière de l’apparence arachnéenne. La figure d’Anansi, adoptée par les Jamaïcains, avait déjà été récupérée par la culture anglo-saxonne avant Miéville. Citons, pour prendre des exemples récents et parlants, le groupe rock Skunk Anansi. Ou, plus proche encore de nos préoccupations, l’Anansi d" American Gods de Neil Gaiman, à nouveau présent dans le tout récent Anansi boys. Gaiman est clairement une référence de Miéville dans ce "King Rat" qui adopte en particulier de Neverwhere la description d’un envers-londonien fantastique, et plus généralement de Gaiman le réalisme-fantastique volontiers gore.

La deuxième divinité, Loplop, est moins célèbre. Et pour cause, elle n’appartient à aucun panthéon officiel. Loplop est le nom d’un personnage créé par le peintre surréaliste Max Ernst, et représenté, sous la forme bulbeuse d’un grand oiseau, dans plusieurs de ses tableaux ou collages. Or il faut savoir que Miéville avoue une grande admiration pour le mouvement surréaliste, et tout spécialement pour Max Ernst. La présence de Loplop est donc un hommage, et une façon pour lui de s’inscrire dans une généalogie artistique.

Un dieu africain + un dieu surréaliste + les égoûts londoniens. C’est un collage audacieux comme Miéville en fera d’autres par la suite, que ce soit avec les créatures ou avec les genres littéraires.

Et finallement, c’’est surtout par intérêt pour l’auteur, et pour son univers encore naissant à l’époque, qu’on peut apprécier ce Roi des rats - davantage que pour ce roman en lui-même qui, s’il démontre une belle maîtrise des mots et de l’intrigue, n’est pas exempt de défauts de jeunesse.


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Le Roi des rats n’est pas un grand roman fantastique, non. Ne croyez pas les quatrièmes de couverture qui diraient le contraire. En revanche, c’est le premier roman d’un auteur qui a depuis prouvé sa capacité à développer un imaginaire d’une grande originalité. A ce titre, ce roman a quasiment un intérêt documentaire.

Permettez-moi donc, chers internautes, de vous classer en deux catégories :

  • Catégorie 1 : vous avez déjà lu et apprécié Perdido Street Station, et/ou Les Scarifiés. Dans ce cas, n’allez pas chercher autre chose dans Le Roi des rats qu’une meilleure connaissance de l’auteur. Cela est divertissant, facile et permet effectivement de repérer, en germes, les thématiques qui seront plus tard chez Miéville les bases de l’univers du Bas-Lag.
  • Catégorie 2 : vous n’avez pas lu Perdido. Eh bien qu’attendez-vous ? Vous ferez ainsi, dans quelques jours, partie de la Catégorie 1.

Et quelque soit votre cas, notez dans vos tablettes la parution en 2007, chez le même éditeur, de la traduction de Iron Council, troisième roman situé dans le monde de Bas-Lag.