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Publié le 01/07/2005

« Le samouraï virtuel » de Neal STEPHESON

[« Snow crash », 1992]

ED. R.LAFFONT / A&D, 1999 - REED. LIVRE DE POCHE, MARS 2000

Par Clement

Dans le Metavers, le monde virtuel qu’il a contribué à programmer, Hiro Protagonist est un samouraï imbattable.

Dans la réalité, il est livreur de pizza pour la mafia. Il loupe une livraison et se trouve embarqué dans une histoire de manipulation du langage fromentée par un magnat de la presse.


Le futur proche, aux Etats-Unis. Hiro Protagoniste livre des pizzas pour la branche commerciale de la Mafia. Autant dire qu’il est soulagé, quand il crashe son véhicule, de devoir rembourser le camion et d’être simplement licencié. Mais si dans la Réalité, Hiro est un looser, dans le Métavers c’est un des hackers les plus réputés et le plus grand sabreur de cet univers virtuel [mais c’est facile quand on a soi-même codé le programme]. Normal donc que Tonton Enzo, parrain suprême de la Mafia, son ancien patron, fasse appel à lui pour enquêter sur le Snow Crash, une drogue qui vient d’être lancée sur le « marché » et qui a pour particularité d’agir à la fois dans la Réalité et dans le Métavers.

Commence alors une enquête à cent à l’heure dans un univers futuriste jubilatoire, où Hiro croisera toutes sortes de personnages hauts en couleurs comme une jeune coursière blonde de 15 ans, un Aléoute qui ne se sépare jamais de sa tête nucléaire, un vietnamien qui a troqué son corps humain inefficace contre un camion bourré d’électronique, et quelques dieux sumériens oubliés.

Vous l’aurez sans doute compris à ce stade, "Snow Crash" est un roman de SF cyberpunk, au même titre que "Neuromancien". Mais après le roman de William GIBSON qui s’égarait dans un jargon, certes réaliste, mais surtout obscur, le roman de Neal STEPHENSON est un vrai plaisir. Moins littéraire, "Snow Crash" perd en style, mais gagne en lisibilité. Neal STEPHENSON n’hésite jamais à prendre le temps d’expliquer en détail les concepts qu’il a imaginés, leur assurant une certaine crédibilité.

Et si le monde qu’il décrit, qui ne manque pas de piquant, est moins sinistre que celui de GIBSON, c’est uniquement parce que STEPHENSON le décrit avec un certain humour. Les Etats-Unis du futur ont ainsi explosé en un grand nombre de franchises commerciales ou religieuses et en mini-Etats plus ou moins fascistes, tous plus absurdes les uns que les autres, à l’image du Grand Hong-Kong de Mr. Lee ou de la RPKK, la République Provisoire de Kenai et de Kodak

Et bien que l’univers imaginé par STEPHENSON suffirait à servir de cadre au récit tant il est complexe, la moitié du roman se déroule dans un autre, appelé Métavers. Comme le veut le principe cyberpunk, l’informatique a évolué jusqu’à occuper une place prépondérante dans la société et dans la vie quotidienne. Outre le cyberespace imaginé par GIBSON, les heureux possesseurs de matériel informatique peuvent accéder à un univers entièrement virtuel, dans lequel on se déplace sous la forme d’un avatar. Dans cet espace physique immatériel, qui prend la forme d’un Boulevard, chacun peut se déplacer, rencontrer d’autres gens, acheter son bout de terre et y bâtir sa maison, comme il le ferait dans la Réalité.

Mais, évitant les basses facilités visuelles d’un Matrix, on sent que STEPHENSON a véritablement réfléchi à son concept et à toutes les contraintes et facilités qu’implique un univers entièrement virtuel. Comment garder un semblant de cohérence visuelle dans un environnement où la matière première pour construire est gratuite et où chacun peut adopter l’apparence qui lui plaît (comme par exemple celle d’un pénis qui parle, idée qui semble chère à l’auteur) ? A quoi pourrait ressembler une poursuite à moto ou un combat au sabre dans le Métavers où la physique ne connaît pas de limite de vitesse ? Autant de questions auxquelles l’auteur prend un malin plaisir à apporter une réponse originale et toujours crédible.

Si "Snow Crash" s’arrêtait là, ce ne serait qu’un simple roman cyberpunk, mais au-delà de l’informatique omniprésente et des mégacorporations régnant sur la société, Neal Stephenson se paie le luxe d’échafauder une théorie délirante mais jubilatoire, comparant la religion à un virus neurolinguistique. Revisitant les mythes sumériens et la Bible à la lumière de cette idée, il écrit une nouvelle Histoire de l’aube de l’humanité dans lesquels les dieux sumériens ont bel et bien existé et n’étaient rien de plus que de simples prêtres capables de « hacker » le cerveau humain pour y permettre la propagation de la religion comme d’un virus.

Malgré quelques passages un peu longuets et peut-être une centaine de pages en trop, "Snow Crash" est bien un excellent roman cyberpunk, mais s’affranchissant sans problème du genre pour verser dans quelque chose de totalement délirant mais de terriblement bien documenté. Tout cela mené par un héros bien souvent dépassé par les évènements dès qu’il ne s’agit plus de manier un sabre ou un ordinateur, si bien qu’il en devient presque touchant.


Cette critique est extraite du blog de Clement, Le IXème ciel, consacré à la SF


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C’est avec ce récit tourbillonant que STEPHENSON s’est fait connaître. Il y a dans ce roman une invention drôle et efficace par page :
- Le partage des Etats-Unis en franchises, sortes de micro-nations commerciales ou religieuses, dispersées sur le continent comme des McDo dans nos cités.
- Le Metavers, où les avatars déambulent selon des règles physiques totalement étranges
- Les ratchos, sortes de chiens de gardes mi-droïdes mi-animal, aux capacités explosives. Et il y en a plein d’autres.

L’intrigue est touffue, mêlant guerre des gangs, virus informatique, télévangélistes et légendes sumériennes. Les personnages sont scotchant, en particulier celui de Raven, géant tueur au javelot. Enfin les décors et les situations ne reculent devant aucunes excentricités.

C’est violent, efficace, rapide. Parfois un peu fouillis, mais le style est vif, élégant, ... et ça décoiffe !