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Publié le 01/02/2007

« Le scarabée » de Richard MARSH

[« The Beetle », 1897]

ED. JOELLE LOSFELD, COLL. ARCANES NOIR, 2006

Par Ubik

Le nom de Richard MARSH [1857-1915] n’évoque sans doute pas grand-chose aux amateurs de fantastique contemporain. Il faut signaler à leur décharge que l’auteur du « Scarabée » [1897] n’a été édité en France que très tardivement, en 1987 [Ed. Neo]. Pourtant cet écrivain britannique s’est illustré à son époque par ses nombreux romans populaires. et cet auteur méconnu, cité parmi les références de LOVECRAFT, fait figure de précurseur du thriller fantastique.


Londres. Fin du XIXème siècle. La métropole impériale est hantée par une créature mystérieuse au regard hypnotique. Animée par la vengeance, elle voue au politicien Paul Lessingham une haine implacable. Mais pour quelles raisons ? Et d’ailleurs quel secret hante Lessingham lui-même ? En attente de la réponse, le malaise s’installe et se diffuse autour de l’homme politique déstabilisant sa personnalité et menaçant son entourage.

« Le Scarabée » est un roman qui a le charme désuet des productions cinématographiques en noir et blanc d’antan et l’efficacité du thriller, mais un thriller qui reste victorien dans l’esprit.

En effet l’atmosphère du roman reflète globalement les conceptions sociales de son époque. Le progrès scientifique et le raisonnement logique de l’Occident y sont confrontés aux manifestations surnaturelles d’un Orient mystérieux et immémorial. L’entité vengeresse qui incarne la menace dans le roman, est de nature bien entendu étrangère - égyptienne ici -, un peu à la manière de ce que fera Sax Rohmer avec son personnage inquiétant de Fu Manchu, et seul Sydney Atherton l’ami de Lessingham, esprit le plus rationnel et progressiste du groupe, échappe à son emprise hypnotique. Cependant tout ceci n’empêche pas de percevoir dans les marges du récit quelques éléments transgressifs de nature sexuelle, en particulier dans la fascination qu’exerce la créature sur ses victimes dénudées. Par ailleurs le point de vue scientifique, incarné par le personnage de Sydney Atherton, n’est pas présenté comme le plus sympathique. En fait le meilleur ami de Lessingham apparaît comme un individu antipathique, indécis et rustre qui use de ses connaissances pour imaginer des armes toujours plus létales. Bref si « Le Scarabée » s’inscrit dans un contexte clairement daté sur le fond, il flirte avec l’interdit sur ces points.

La construction du récit mérite aussi un commentaire : la narration est découpée en quatre parties correspondant aux points de vue successifs des quatre protagonistes de l’histoire : un clochard sous influence de la créature maléfique, le meilleur ami de Paul Lessingham, sa fiancée qui est également convoitée par son meilleur ami - ce qui introduit une rivalité amoureuse dans l’intrigue - et un détective privé qui mène l’enquête afin de résoudre le mystère.

Chaque récit se superpose à la fin du précédent ; il vient relancer l’histoire qui pour le coup risquerait d’être très rapidement ennuyeuse sans cela, et introduit une rupture de ton dans la perception des événements. Pour toutes ces raisons « Le Scarabée » n’accuse pas son âge et se lit sans déplaisir.

Il peut même paraître très moderne pour son âge.


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Au final « Le Scarabée » se rapproche donc davantage du récit policier à suspense que du roman d’atmosphère macabre. C’est une curiosité historique à archiver dans son cabinet noir.

Avis aux amateurs.


Petite précision : ce roman était déjà paru en feuilleton, sous le titre "Le Mystérieux Scarabée", dans L’Echo de Paris (50 épisodes du 12 octobre au 15 décembre 1917). On lira avec profit le n° 4 du "Visage vert", paru en 1998, où figurent un portrait et une nouvelle de R. MARSH.