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Publié le 01/03/2002

Le sens du vent de Iain M. Banks

[Look To Windward, 1996]

ED. ROBERT LAFFONT / AILLEURS ET DEMAIN, 2002

Par PAT

La planète Chel constituait une civilisation stable, malgrè un régime de castes particulièrement rigide. "Modifié" par la Culture, le système politique chelgrien est subitement devenu égalitaire, sans la moindre transition. Porté au pouvoir par la section contact, le gouvernement n’a pas su gérer cette nouvelle donne.
La guerre civile qui s’en suivit fut une des plus sanglantes de l’Histoire...

Iain M. Banks au sommet de son art.


PRIX DU CAFARD COSMIQUE 2003


À l’instar de Consider Phlebas [Une forme de guerre en français], Le sens du vent [Look to Windward] s’ouvre sur une citation de T.S. Eliot tirée de The Waste Land :

"Gentile or jew,
O you who turn the wheel
and look to windward,
consider Phlebas,
who was once handsome
and tall as you ".


Les deux opus de la Culture sont donc inextricablement liés par ces quelques vers dont la traduction française donne "Juif ou Gentil - O toi qui tiens la barre - et regarde au vent - Considère Phlébas - naguère ton pareil en grandeur - et en beauté".

Look to Windward est en fait un terme de marine, d’ailleurs utilisé dans le roman par un Mental pour qualifier sa veille perpétuelle sur l’humanité. Une forme de guerre et Look to Windward n’ont toutefois pas qu’un seul point commun. Tous deux narrent les aventures d’ennemis de la Culture et relatent un combat perdu d’avance. Mais là où Une forme de guerre s’organise autour de l’aventure et de l’action, Look to Windward relate le traumatisme des personnages et s’attarde sur leur psychologie.

Le résultat est superbe de tristesse et de désarroi, savamment distillé par un Banks au sommet de son art.

Look to Windward est avant tout l’histoire d’une erreur. Une erreur épouvantable et sanglante, entièrement attribuable à la Culture en général et aux Circonstances Spéciales en particulier.

La planète Chel constituait pourtant une civilisation stable, malgré un régime de castes particulièrement rigide. "Modifié" par la Culture, le système politique chelgrien est subitement devenu égalitaire, sans la moindre transition. Porté au pouvoir par la section contact, le gouvernement ne sut évidemment pas gérer cette nouvelle donne.
La guerre civile qui s’en suivit fut une des plus sanglantes de l’Histoire.

Depuis, cette "Lamentable tragédie", cette "erreur regrettable" n’en finit pas de suppurer. La Culture est assommée par la culpabilité et les chelgriens se noient dans leur amertume.

L’un d’entre eux, pourtant, vit sur l’orbitale Masaq depuis quelques années et se considère désormais comme un citoyen de la Culture à part entière. Célèbre compositeur, Ziller avait choisit l’exil et quitté Chel, écoeuré par son odieux système de castes. Quand une délégation chelgrienne décide de venir sur l’orbitale Masaq, afin de convaincre Ziller de revenir sur sa planète enfin pacifiée, la Culture y voit l’occasion de se racheter. En fait de délégation, un seul chelgrien est attendu. Ancien combattant blessé lors d’une opération de sauvetage, Quillan porte en lui une cicatrice ineffaçable. La guerre lui a pris sa femme, son unique amour, sa seule raison de vivre. S’il vient sur Masaq, c’est officiellement pour convaincre Ziller. Officieusement, il est chargé d’une mission qu’il ne connaît pas encore. Inhibée par une subtile combinaison de nanotechnologies et de chimie glandulaire, sa mémoire lui revient bribes par bribes, et avec elle la nature véritable de son rôle.

Sur Masaq, l’heure est aux grandes manoeuvres. Le Mental qui la régit est lui-même un ancien combattant de la guerre Idirane. Il a vu la mort plus d’une fois et ne la supporte pas plus que les autres. Aidé par un drone de la section Contact et d’un ambassadeur Homomdien, il va tenter d’arranger un rendez-vous entre Ziller et Quillan.

Hanté par une atmosphère sombre et désespérée, Look to Windward raconte essentiellement la tragédie intérieure de Quillan, sans doute l’un des personnages les plus aboutis de tout ce cycle de la Culture.
Ses actes et ses pensées éclairent la Culture sous l’un de ses aspects les plus dérangeants. Autour de lui gravitent bon nombre d’anti-héros, tous marqués par une existence chaotique et violente, ce qui donne lieu à des discussions particulièrement poignantes entre humains et machines, chelgriens et homomdiens.


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Malgrè un ton général particulièrement triste, Banks n’oublie pas l’humour pour autant et donne quelques éclaircissements quant aux noms ridicules choisis par les Mentaux.

Au final, Look to Windward est sans doute l’opus le plus réussi du cycle de la Culture. Si le fracas meurtrier des guerres est inscrit en toile de fond, cette présence sourde, massive et impitoyable donne toute son amplitude au récit intimiste. La description de ces êtres perdus à tout jamais, cherchant la mort parce que la guerre leur a tout pris, est d’une sincérité et d’une sobriété bouleversante.

Comme disent les anglais, "Look to Windward is a tour de force" ! Merci monsieur Banks.