EN BREF

 
VOS LIVRES DANS LA BOITE AU LETTRES !




En commandant vos livres sur Amazon.fr vous faites des économies [-5%] et vous participez au financement du site car le Cafard cosmique reçoit une petite commission sur les ventes.

Le livre le plus acheté
en mai 2010 :
Janua Vera +
de Jean-Philippe Jaworski
aux Ed. Moutons Électriques

 

A VOIR AUSSI

Première publication le 01/12/2006
Publié le 17/10/2007

« Le sommeil de la Raison » de Juan Miguel AGUILERA

[« El sueño de la razõn », 2005]

ED. AU DIABLE VAUVERT, 2006 - REED. LIVRE DE POCHE, OCT. 2007

Par Ubik

Chef de file incontesté ou presque dans nos contrées avec Javier NEGRETE d’une science-fiction hispanique inventive, Juan Miguel AGUILERA doit sa réputation à des space operas sympathiques et à des romans hybrides mariant l’Histoire, l’aventure, le voyage et des éléments empruntés aux littératures de l’Imaginaire.

La folie de Dieu et Rihla appartenaient à cette dernière manière d’inventer des histoires à laquelle l’auteur se rattache nettement une nouvelle fois avec Le sommeil de la Raison.


« Il y a deux histoires : l’histoire officielle, menteuse, puis l’histoire secrète, où sont les véritables causes des événements... »

Cette citation d’Honoré de BALZAC convient idéalement pour aborder le nouveau roman de Juan Miguel AGUILERA.
Nous sommes au début du XVIème siècle en Europe. Le jeune Charles de Habsbourg s’apprête à embarquer avec sa Cour bourguignonne et flamande pour l’Espagne dont il a hérité, suite à une succession de décès. Cependant, le nouveau monarque, candidat potentiel à la couronne du Saint Empire - il deviendra empereur sous le nom de Charles Quint pour le plus grand bonheur des relations avec le royaume de France - doit imposer son autorité aux sujets et à la noblesse d’un royaume fraîchement unifié dans lequel il n’a jamais mis les pieds et dont il ne parle pas la langue.

JPEG - 6.2 ko
L’édition française originale
[Au Diable Vauvert, 2006]

Pendant ce temps, la chrétienté bouillonne d’idées nouvelles et anciennes qui s’affrontent sans pitié. Les penseurs humanistes secouent avec prudence l’orthodoxie du Dogme car les esprits ne sont pas mûrs encore pour une révolution fondée sur la connaissance et non la foi. Ils explorent de nouvelles voies, sèment involontairement les germes de la Réforme protestante pendant que brûlent encore les hérétiques et les sorcières sur les places publiques. Tout ceci constitue la version officielle de l’Histoire que beaucoup connaissent sans doute, et que l’auteur nous rappelle fort opportunément dans un appendice au roman qui vient confirmer si nécessaire le sérieux de sa documentation.

Mais l’histoire secrète que dévoile ce roman - ce récit des véritables causes de l’enchaînement des événements historiques - diffère grandement de cette version. Apprenez donc qu’il existe deux mondes : l’un matériel dans lequel nous évoluons naturellement et l’autre spirituel - l’inframonde ou l’Annwn des sorcières - qui puise sa force dans l’inconscient collectif de l’humanité et dont les créatures cherchent la moindre brèche afin de s’incarner dans la réalité au risque d’entraîner l’apocalypse.
Tout ceci a un arrière goût de noosphère - comme le rappelle un second appendice - et ce n’est pas un hasard, si parmi les personnages du roman Ignace de Loyola, le futur fondateur de la Compagnie de Jésus, auquel appartiendra Teilhard de Chardin, y joue un rôle important en tant que spadassin.

Très peu nombreux sont ceux qui ont connaissance de cette métaphysique cachée. Seuls quelques esprits éduqués - les vrais sorciers et sorcières - peuvent faire le voyage qui n’est pas sans risque, d’un monde à l’autre. Le reste du commun des mortels a, soit une connaissance partielle et indirecte par les rêves de l’inframonde, soit une connaissance dévoyée et malfaisante.

A l’instar de La folie de Dieu, cette histoire secrète nous est révélée grâce aux témoignages de Juan Luis Vives et de Céleste.
Lui, personnage historique réel, humaniste disciple d’Erasme, professeur obsédé par ses recherches sur l’âme, est précepteur à la Cour de Charles Quint. Elle, apprentie sorcière dans le roman, doit démasquer le complot qui se trame dans l’entourage des Habsbourg et dont le roi d’Espagne et futur empereur semble être le point de convergence.

A travers eux, Juan Miguel AGUILERA restitue une période historique pétrie de mysticisme, de superstition et d’un embryon de réflexion scientifique. Le sujet est passionnant et offre au passage une belle vision de l’univers inspirée de la mythologie scandinave. La narration capte l’attention mais n’est pas exempte de tics d’écriture, en particulier les entrées de chapitre, agaçants à la longue.<

« Le sommeil de la Raison engendre des monstres. »



L’autre thème qui affleure dans ce roman, offre la matière à une réflexion quasi-philosophique que l’on peut résumer de la façon suivante. Le seul générateur de monstres, c’est la psyché humaine, cette âme que Juan Luis Vives cherche à définir et à comprendre dans son « Traité sur l’âme ». Cet inconscient dont le sommeil de la raison - ici à prendre au pied de la lettre - réveille les pires cauchemars. Le mal n’est donc pas la chair mais l’incarnation de son essence spirituelle, ou de ce qui en tient lieu, dans le monde matériel et il convient, pour empêcher sa matérialisation de réveiller la raison.

Telle est la philosophie qui transparaît sous l’histoire aventureuse. Tel est le combat que livrent les personnages du roman contre les partisans de l’apocalypse.


COMMANDER

Le constat une fois la lecture de ce roman achevée est sans vraie surprise. Il y a du James MORROW dans la matière et les sujets de Juan Miguel AGUILERA. On regrette simplement que l’aventure domine encore la réflexion.

Cependant lorsque le dosage sera plus équilibré, c’est certain Juan Miguel AGUILERA accouchera d’un chef-d’œuvre et cela fera très mal.