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Publié le 28/06/2008

« Le syndrome de l’éléphant » de Thierry DI ROLLO

ED. DENOËL, MAI 2008

Par PAT

Après MAUMÉJEAN chez Interstices, COLIN au Diable Vauvert et quelques autres un peu partout, Thierry DI ROLLO franchit lui aussi les bornes de la SF pour explorer de nouveaux territoires. Denoël l’accueille dans une collection blanche, pour un livre qui n’a heureusement rien de normal. D’ailleurs, c’est du noir, très noir, même... Du DI ROLLO, donc.


Dans une interview accordée au bimestriel D-Side, Thierry DI ROLLO explique qu’il est agréable - pour une fois - de décrire un monde "normal", quotidien. Un comptoir, un café, un environnement classique habituellement interdit aux auteurs de SF. Décidé à changer d’air, l’auteur le plus sombre de la SF hexagonale s’offre une incartade du côté du polar, mais que les fans se rassurent, c’est bien d’un roman noir qu’il s’agit. Et fantastique, qui plus est... On voit que DI ROLLO ne change pas complètement son fusil d’épaule et qu’il garde un oeil sur son genre de prédilection. Tant mieux, car ce nouveau décor, allié à une écriture très personnelle, forment un tandem pour le moins réussi.

Sous une couverture bien fichue [malgré une titraille bêtement agressive], Le syndrome de l’éléphant est un roman inquiétant, moite, glissant et voilé. Décrits d’une écriture froide étonnamment distanciée, les deux personnages principaux n’existent jamais vraiment. Deux fantômes désincarnés perdus dans un monde obscur aux multiples dangers. Là où une lecture superficielle n’y verrait qu’une maladresse stylistique, une immersion un peu plus profonde devient rapidement narcotique. La réalité se fond dans une sorte de décor de théâtre où tout n’est que mensonge, simulacre, folie.
Situé dans un pays jamais cité, dans des villes jamais vécues et à une période moderne parfaitement indéterminée, Le syndrome de l’éléphant est un pur roman d’imaginaire au sens large. Et quand le fantastique s’invite dans le récit, Thierry DI ROLLO se fait un malin plaisir de rester à distance. Rien n’est clair, seul le doute rôde. Et la mort, aussi, forcément.
Lancé comme un polar et terminé comme un voyage intérieur, Le syndrome de l’éléphant rompt avec l’homogénéité des romans précédents, ceux-là même qui finissaient par lasser. Thierry DI ROLLO nous sert à sa façon [forcément déviante] l’inévitable histoire de deux cambrioleurs malchanceux qui se retrouvent un soir avec un cadavre sur les bras. Mais ce vernis disparaît bien vite au profit de quelque chose de radicalement différent. L’un des protagonistes lit dans la pensée des autres, un don qui n’a vraiment rien de ragoûtant et qui relève plus de la malédiction qu’autre chose. Ce secret révélé et le cadavre dûment camouflé, les deux voleurs doivent se rendre à l’évidence, leur association est arrivée à son terme. Le "télépathe" choisira l’oubli, l’autre mènera sa vie comme un amputé, attentif au manque, années après années, alors qu’une petite voix s’immisce peu à peu dans son crâne. Une voix qui pourrait bien être celle de son ancien complice aujourd’hui disparu. Ou totalement autre chose. Ou rien du tout.

Noir, forcément noir, mais pas exempt d’une certaine clarté, Le syndrome de l’éléphant est un texte étonnant et audacieux qui s’autorise pas mal d’audaces formelles et un impressionnant travail de fond. Reste qu’à toujours observer ses personnages de loin (tout en décrivant leur vie intérieure, quand même), Thierry DI ROLLO joue l’absence, une absence qui risque de troubler un lectorat pressé et qui menace d’ennuyer à chaque page. C’est probablement le seul défaut du livre, qui en agacera plus d’un, mais dont le ton décidément très personnel et la petite touche onirico-bizarre font mouche.


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Le voyage, lui, vaut le détour.
On en sort un peu ivre, d’humeur égale, mais contemplative, et on se demande longtemps après à quel moment Thierry DI ROLLO nous a eu.