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Publié le 01/09/2008

« Légende » de David GEMMELL

[1ère EDITION 1984]

REED. MYLADY, MAI 2008

Par Goldeneyes

Battez tambours de guerre et sonnez trompettes. N’entendez-vous pas, dans le lointain crépuscule, le bruit parfaitement régulier de milliers de pas accordés qui font trembler la terre sous leurs lourdes semelles, marquant de leur cadence sourde le caractère inexorable de leur avancée ? C’est une armée de 500 000 guerriers, tout emplis de soif de combats et de violences. Ils sont dressés comme un seul homme autour de leur tout puissant chef, et ils avancent, marée humaine sans fin, vers leur ultime combat, animés d’une résolution tenace que rien ne semble pouvoir entailler... Ils avancent vers la forteresse de Dros Delnoch, dernier bastion à s’opposer à leur terrible volonté de conquête. Et derrière eux, la terre est gorgée du sang de leurs massacres, et le ciel est couturé de la fumée des villages qu’ils ont incendiés.

Territoire familier que celui de la Fantasy pour ceux d’entre vous qui ont été marqués du sceau de l’œuvre de TOLKIEN, d’EDDINGS and Co, au travers de ces grandes et flamboyantes épopées qu’il est difficile de lâcher une fois entamées ; ces longs périples pleins de merveilleux et de batailles dans lesquels on s’embarque avec le plaisir de savoir qu’ils égayeront nos froides soirées à venir. GEMMELL, par l’entremise de ce premier roman, explore ce vaste continent ouvert sur l’imaginaire avec l’excitation et le débordement juvéniles propres aux premiers ébats. Et le lecteur d’en redemander.


C’est parce qu’Ulric est un dirigeant-né et un guerrier au caractère trempé dans l’acier froid de sa lame qu’il a réussi à unifier les peuples nadir de son nord natal jusqu’alors en proie aux luttes de clans et autres discordes intestines. Rassemblée autour de ce chef emblématique, une armée monstrueuse, se comptant en millions d’unités, déferle bientôt sur le territoire drenaï. Sa progression est aussi dévastatrice qu’inéluctable : là où les troupes d’Ulric rencontrent résistance, ne reste plus que cendres, massacres immondes, corps démembrés, cadavres dépecés, et quelques malheureux survivants abandonnés en guise de témoins pour commencer à alimenter la légende de ce prince destructeur dont les faits d’armes se reflètent dans le feu des flammes et dans le sang de ses victimes. La réputation d’Ulric précède ainsi sa venue, entretenant une intimidation vicieuse qui sape systématiquement le moral des futurs belligérants. Beaux rouages que ceux de la guerre. Les unes à la suite des autres, et en dépit de moult tentatives de conciliation et de négociations diplomatiques, les terres drenaï sombrent sous la bannière nadir au rythme d’une alarmante régularité.

Tout est-il perdu pour le peuple drenaï ?

Non. Car c’est sans compter sur deux figures mythiques. Une toute humaine, en chair, en os et en muscles ; une autre, millénaire, tout en pierres, en créneaux et en murailles.

La première, c’est celle de Druss. Guerrier de légende, combattant féroce aux talents surhumains ayant croisé le fer aux côtés des plus grands et semblant défier la mort, du haut de ses soixante années bien tassées, avec une insolence d’immortel.

La seconde, c’est celle de Dros Delnoch. Haute forteresse qui se pose comme un passage obligé pour l’armée conquérante d’Ulric puisqu’elle protège la seule passe montagneuse s’ouvrant sur le reste du territoire drenaï. Taillé dans les blocs de pierres les plus massifs, entouré de six murailles concentriques de plusieurs mètres d’épaisseur, ce bastion inexpugnable n’est jusqu’à présent jamais tombé entre les mains de ses assaillants.

L’issu du siège qui se monte devant Dros Delnoch semble néanmoins écrite d’avance : un demi million de barbares dirigés par un chef qui ne connaît nulle défaite, face à une garnison de quelques milliers d’hommes, pour la plupart fermiers et paysans, piètres combattants, que seul la fierté de servir sous les ordres d’un héros tel que Druss semble encore motiver...

Et pourtant... Et pourtant...


On s’embarque donc pour cinq cent pages traversées d’un souffle épique et guerrier pour le moins décoiffant. Impossible en effet de ne pas être saisi par le rythme palpitant qui conduit l’action, d’être happé dans les courants d’un récit qui ne souffre presque d’aucun temps morts et au sein duquel les cris de guerre répondent aux martèlement métalliques incessants des armes qui se cognent. Si la première partie du roman prend le temps de mettre en place chacun des protagonistes - dont Druss, en héros fascinant, n’est certes pas la seule figure charismatique -, la seconde partie est exclusivement consacrée au siège acharné de Dros Delnoch et aux impitoyables et sanglants combats qui opposent les deux armées.

GEMMELL connaît parfaitement les codes du genre et les met en oeuvre avec un talent incontestable. Les personnages qui arpentent Légende sont aussi nombreux que bigarrés, et ils possèdent tous un trait de caractère accusé, charme certain auquel le lecteur est forcé de succomber. Druss tient évidemment le haut du pavé. Guerrier impavide à la force prodigieuse, dont les actes de bravoure ont gravé la légende, sa puissance et son endurance n’ont d’égal que son besoin atavique de combattre. Pourtant, on est loin ici de la caricature du héros vaillant et indestructible. Car sous ses devants d’irréductibilité, sous sa cuirasse de guerrier, Druss la légende demeure un homme tiraillé par ses faiblesses, qui, en dépit de toute la volonté dont il peut faire preuve, subit comme tout autre les assauts et les vicissitudes du temps qui passe... Comme un nécessaire reflet de ce mythe vivant, la figure d’Ulric - bien que moins développée, et on le regrette - en tyran magnanime, est tout aussi fascinante : au-delà de l’insatiable soif de conquête qui le caractérise, il ne combat pas sans une certaine noblesse morale et un respect du code de la guerre qui est très loin de le faire passer pour le barbare auquel les vaincus - et le lecteur - l’assimilent de prime abord.

Ainsi, GEMMELL est à des lieux de sombrer dans la facilité, et tous les protagonistes qu’il met en scène n’arborent pas la tonalité monochrome de vulgaires calques : ils se révèlent au contraire tout en nuances, tout en complexités, tout en profondeurs. Certains même se réalisent sous nos yeux : c’est le cas de Rek, héros principal dont les motivations nourries au lait de la guerre vont forger la personnalité, mais aussi et surtout d’Orrin, pleutre commandant de Dros Delnoch sur lequel on ne parierait pas un sous, homme ordinaire qui, placé dans un contexte impitoyable où les valeurs humaines se désagrègent aussi sûrement que les murs de sa forteresse, semble sur le point de s’effondrer sur lui-même...mais qui ne manquera pas cependant de nous surprendre en déployant un potentiel que nul ne pouvait soupçonner...

Si ces personnages traversent l’Histoire en y laissant leur empreinte, leurs marques, l’Histoire les traverse en retour et les transforment pareillement... Loin de modèles figés ou d’exécutants passifs, les personnages de Légende évoluent et se construisent au contact des évènements. Et c’est là l’une des grandes qualités du roman : rendre compte de cet entrelacs, de cette interpénétration jubilatoire pouvant exister entre les grands évènements et les petits hommes, les premiers déterminant les seconds et réciproquement...

En sus de cette intérêt, le lecteur profite d’une réflexion sur l’art du commandement (ou lorsque l’urgence de certaines situations légitime les alliances les plus immorales...), mais aussi sur la notion de destinée : qu’est-ce qui fait d’un homme une légende ? Sur quoi les mythes reposent-ils ? Tout cela, bien entendu, mené au rythme frénétique des assauts successifs qui s’écrasent sur les remparts de Dros Delnoch, jusqu’au bouquet final...


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On ne peut qu’être impressionné devant la maîtrise dont fait preuve GEMMELL au travers de cette première excursion sur les terres ensanglantées de la fantasy. Une action qui ne s’épuise à aucun moment. Héroïsme, sacrifice, actes de bravoure, amour, batailles épiques : tous les ingrédients du genre sont exploités avec une heureuse aisance pour faire de Légende une lecture assurément incontournable. On en ressort foncièrement décoiffé, peut-être avec quelques dents en moins, mais non sans un sourire de béatitude sauvage imprimé sur la face.
Et ça fait un bien fou.