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Publié le 05/02/2011

Légendes de Jacques Fuentealba

ED. CELEPHAÏS, OCT. 2010

Par Tallis

Première publication des Editions Céléphaïs (qui cachent sous ce nom l’équipe de la revue Black Mamba), Légendes ! regroupe une vingtaine de textes dans une anthologie prenant pour thème la réinterprétation/relecture de mythes et légendes célèbres. Au programme, une liste d’auteurs anglophones alléchante (Kilworth, Shiner, Mélanie et Steve Rasnic Tem), des français pour la plupart peu publiés (où figure tout de même Thimotée Rey ) et une poignée d’écrivains hispaniques totalement inconnus sous nos latitudes. Un menu pour le moins copieux…


Première constatation, sous un titre aussi générique, le spectre des thématiques balayées apparaît forcément large avec une interprétation souvent très libre. Si quelques auteurs bâtissent de toutes pièces l’événement ou le personnage occupant le centre du récit (Nicolas Chapperon, Olivier Pietroy ou David D.Levine entre autres), la plupart font le choix d’ancrer leur narration sur une légende avérée. Ainsi, on croise pêle-mêle une libre réinterprétation du joueur de flûte d’Hamelin, un tableau perdu de Léonard de Vinci, le panthéon complet des Dieux Nordiques ou Jeff Beck (ou plutôt son jeu de guitare). De quoi donner le tournis, d’autant que certains nouvelles empilent et télescopent à loisir plusieurs personnalités ou créatures légendaires en même temps. La palme revient au « London Faërie Blitz » de Yohann Vasse, pour le coup un peu… surchargé.

L’ensemble se révèle du coup extrêmement hétérogène mais sans nuire à l’atmosphère générale du recueil. Le lecteur saute ainsi de textes en textes avec une surprise renouvelée du fait de la diversité des approches et des ambiances : la lecture se fait agréablement en picorant les textes au gré des envies.

Du côté des auteurs français, la sélection se révèle plutôt inégale sans texte réellement marquant. Si Timothée Rey fait preuve d’un humour de bon aloi et si Nicole Cavazza et Olivier Pietroy livrent des textes émouvants, la relecture des légendes urbaines par Jean Baret et l’humour potache de Nicolas Chapperon (qui ouvre malheureusement le recueil) tombent complètement à plat. Un bilan pour le moins mitigé.

Les auteurs anglophones convoqués avaient de quoi susciter la curiosité : la qualité est au rendez-vous. Garry Kilworth relit la légende d’Hamelin avec talent, les époux Tem écornent joyeusement un Van Helsing vieillissant, quand à Jack McDevitt, il se fait manifestement plaisir (et le lecteur avec) dans une nouvelle « pyrotechnique » réjouissante. Dans cette liste prestigieuse, la palme revient sans doute à Brian Hodge qui joue avec perversité des fondements religieux pour mieux déclencher l’Apocalypse. À noter également la très poétique nouvelle de David D.Levine qui clôt en douceur le recueil.

Mais la véritable surprise de l’anthologie vient au final des auteurs hispaniques dont les quatre textes font excellente figure. Avec « Du bon pied », Santiago Eximeno exhume nos peurs d’enfant pour livrer un texte de fantastique urbain des plus dérangeants. « Les fils du vent » de Pablo Dobrinin joue sur un registre beaucoup plus poétique et visuel très réussi. Si « Seul l’innocent » de Luis Astolfi part d’une idée intéressante (un Léonard de Vinci aux pouvoirs destructeurs), la traduction de Jacques Fuentealba, confuse et maladroite, empêche d’y entrer pleinement. Heureusement, pas de problèmes de ce type avec ce qui s’affirme comme le grand texte du recueil, à savoir « La chirurgie du hasard » de Alfredo Alamo : prenant pour cadre une quasi légende urbaine (l’énigmatique John Faré qui se mettait en scène dans des happening d’auto-mutilation), le texte glace et envoûte véritablement en plaçant au centre du récit… le prothésiste de l’artiste. Du grand art.


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Malgré certains choix encore un peu hésitants (dont une couverture peu attractive et quelques textes francophones plutôt faibles), Légendes ! présente un bilan très honorable avec une sélection de nouvelles de bon niveau et se paie même le luxe de mettre en lumière une sélection d’auteurs hispaniques des plus intéressants. De bon augure pour la suite.