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Publié le 24/11/2003

Légendes de la nuit de Richard Matheson

OMNIBUS DE QUATRE ROMANS

REED. DENOEL / LUNES D’ENCRE, 2003

Par PAT

Légendes de la nuit est un "monibus" compilant quatre romans de Richard Matheson, auteur américain culte à qui l’on doit quantité de nouvelles, romans et autres scénarios [ciné et télé] dans les domaines du fantastique et de l’horreur - l’ensemble forme un panorama assez juste de la vie littéraire de l’auteur.


Outre une politique éditoriale axée sur la publication d’inédit, la collection Lunes d’encre poursuit ainsi en parallèle un chemin "omnibus", après la sortie des intégrales des nouvelles de Philip K. Dick, le rassemblement de La forêt des Mythagos de Robert Holdstock, certains romans de Ray Bradbury ou l’édition définitive de L’Echiquier du Mal de Dan Simmons.

On ne peut que s’en féliciter, même si le prix des pavés ne va pas forcément sans suffocation. Rappelons aux plus râleurs que les livres Lunes d’encre sont beaux, bien finis, bien fichus et qu’ils vieillissent remarquablement bien quand on les compare aux poches rapidement jaunis après achat.

Au sommaire de cet "omnibus" :

  • Je suis une légende [écrit en 1954]
  • Le jeune homme, la Mort et le Temps [1975]
  • Otage de la nuit [1989]
  • A sept pas de minuit [1993].

Légendes de la nuit est un livre à réserver aux fans de Matehson et à ceux qui veulent une bibliothèque complète. A la lecture des 4 romans qui composent la chose, on est frappé par la facilité avec laquelle Matheson nous ballade d’une page à l’autre, sans jamais nous laisser le temps de lâcher le bouquin. De fait, la lecture de « Légendes de la nuit » est agréable, intéressante et parfaitement divertissante. Sur le fond, on reste néanmoins sceptique. Les histoires sont généralement prévisibles et parfois même évidentes, pour ne pas dire mal foutues. Le principale reste « que ça marche », et il n’y a rien à ajouter.

Ainsi, Je suis une légende met en scène le dernier homme sur terre, assiégé chaque nuit par des hordes de vampires. Son unicité en fait un objet de légende, et c’est évidemment lui qui doit assumer le statut de monstre dans un monde où le vampire incarne la normalité. Pas bête, drôle, mais très largement surestimé, Je suis une légende reste un roman « à lire », ne serait-ce que pour l’habileté de son scénario.

De scénario, il est justement question avec Matheson, ses livres étant des objets cinématographiques. Chacun de ses romans ferait un excellent film [ce qui a d’ailleurs été le cas], sans jamais être inoubliable d’un point de vue strictement littéraire. Matheson est avant tout un fantastique réservoir à idée...

Le jeune homme, la Mort et le Temps est un cas à part, avec l’histoire d’un jeune homme amoureux d’une actrice des années 20, dont l’obsession lui fera remonter le temps pour une brève rencontre avec son amour. Habile, poétique et exempt de la quincaillerie corollaire au voyage temporel, le roman est sans doute le plus réussi des 4, malgré l’évidence du scénario et l’absence de surprise.

De son côté, Otage de la nuit révèle un travers de Matheson qu’on pourrait appliquer à P.K. Dick : certains romans sont plutôt mauvais, mais feraient des nouvelles formidables. On suit ici l’ordinaire d’un couple en crise dans une maison de vacances sur la côte Est. Hanté par un adultère récent, l’homme ne peut résister à l’attraction sexuelle de la belle Mariana, dont le statut de fantôme est évident dès son apparition. Moyen, faible par endroits, Otage de la nuit est largement passable, même si les passages de possession sont assez réjouissants.

Terminons avec A sept pas de minuit, qui montre l’étendue du talent de Matheson. Avec cette histoire de mathématicien confronté à un glissement de réalité et embarqué dans une rocambolesque histoire à la James Bond, l’auteur s’en donne à cœur joie. Pas un cliché qui ne soit présent, mais balancé avec une telle ironie et un tel sens du rythme qu’on s’étonne que le texte n’ait pas déjà donné une adaptation cinématographique [patience, ça va venir].


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Au final, Légendes de la nuit est un livre forcément nécessaire pour le fan de SF. Insistons sur la publication chez Flammarion de l’intégrale des nouvelles de Matheson [avec un réédition en poche chez J’ai Lu], tout en précisant que Légendes de la nuit souffre sans souci la comparaison.

On aime ou pas Matheson, mais il faut reconnaître son talent et son importance dans le petit monde des littératures de l’imaginaire.