EN BREF

 
VOS LIVRES DANS LA BOITE AU LETTRES !




En commandant vos livres sur Amazon.fr vous faites des économies [-5%] et vous participez au financement du site car le Cafard cosmique reçoit une petite commission sur les ventes.

Le livre le plus acheté
en mai 2010 :
Janua Vera +
de Jean-Philippe Jaworski
aux Ed. Moutons Électriques

 

A VOIR AUSSI

Publié le 20/10/2007

« Les 1001 vies de Billy Milligan » de Daniel KEYES

[« The Minds of Billy Milligan », 1995]

ED. CALMANN-LEVY / INTERSTICES, SEPT. 2007

Par PAT

Icône de la SF à lui tout seul, Daniel KEYES nous a tous enchantés un jour avec l’inoubliable Des fleurs pour Algernon, tragique chronique scientifique d’un idiot devenu génie, puis redevenu idiot en mesurant au plus profond de lui-même l’étendue de sa déchéance. Et comme tous les chefs d’oeuvre, ce livre avait le bon goût d’être... unique.

Surprise, Daniel KEYES n’est pas mort.


Non seulement Daniel KEYES n’est pas mort, mais il a écrit quantité d’autres choses une fois la célèbre souris morte et enterrée, dont ce deuxième coup de maître intelligemment réédité dans la collection Interstices [une collection décidément très fréquentable], Les 1001 vies de Billy Milligan.
Si le sujet est radicalement différent, car radicalement vrai, on y décèle la même fascination [teintée d’horreur] de l’univers médical et le même attachement à l’humain. KEYES ne juge pas, il explique. Il ne condamne rien, il comprend. Et il y a du boulot, car dans l’affaire Billy Milligan, rien n’est simple.

Construit à la manière d’un De sang froid à la sauce KEYES, Les 1001 vies de Billy Milligan retrace un cas unique - et rigoureusement authentique - dans l’histoire de la psychiatrie : celui d’un jeune américain souffrant d’un syndrome de personnalité multiple à la fin des années 70 [1]. Un syndrome qui laisse pensif : plus de 20 personnalités cohabitent plus ou moins bien au sein de l’entité Billy. Plus de 20 personnes qui s’organisent, se hiérarchisent et... s’affrontent pour la maîtrise du "projecteur", la conscience. Plus de 20 personnes d’âge, d’histoire et même de sexe différents. Hommes, femmes, enfants, beau-parleur, expert en arme, érudit, lâche, geignard et... malfaiteur, mais pas tous en même temps. Et tous survivent comme ils peuvent depuis qu’ils ont accédé à "la vie", depuis que le beau-père de Billy l’a violé encore enfant, émiettant sa conscience à jamais.

Pour Billy, les vrais problèmes sont quotidiens. Comment survivre dans un monde hostile quand on change de personnalité régulièrement et que le nouvel arrivant n’a aucune idée de ce que vient de faire le précédent ? Comment se défendre d’un viol qu’on a commis [ce qui ne fait aucun doute] sans vraiment le commettre ?

Condamné à la prison, transféré d’asiles en asiles, Billy Milligan survit comme il peut jusqu’à sa rencontre avec plusieurs psychiatres plus intelligents et plus humains que les autres qui vont finir par caractériser la nature même du syndrome. Et le lecteur de suivre, fasciné, l’incroyable chaos mental dans lequel se débat un individu en miette, mais pourtant d’une rare cohérence psychologique.

Plongée au plus profond de l’âme humaine, roman psychologique, polar, réquisitoire contre la connerie médicale et l’absurdité d’une justice aveugle, Les 1001 vies de Billy Milligan est un fourre-tout incroyablement ordonnée, à l’image du personnage principal dont on découvre l’existence avec une stupéfaction croissante à mesure que les pages se dévorent d’elles-mêmes.


COMMANDER

Un livre d’une rare intensité qui confirme le talent de KEYES et qui navigue tellement du côté du délire que sa publication en Interstices est pleinement justifiée. [Etonnant d’ailleurs qu’une signature comme celle de KEYES n’ait pas fait l’objet d’une attention plus soutenue par l’édition française.]

À ne surtout pas rater.



NOTES

[1] Plus d’infos sur le cas médical authentique de Billy Milligan sur cette page wikipedia en anglais