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Publié le 01/02/2010

Les Démons de Paris de Jean-Philippe Depotte

ÉD. DENOËL, FÉVRIER 2010

Par Ubik

Branle-bas de combat à Paris en ce début de XXe siècle. La visite du tsar Nicolas II, à l’occasion de l’inauguration du métropolitain, n’est pas étrangère à toute cette agitation. On s’énerve dans les cabinets ministériels. On s’inquiète de la menace révolutionnaire pesant sur la vie de l’empereur et on s’agace aussi beaucoup de l’ingérence de l’Okhrana, la police politique secrète du despote, dans les affaires de l’État républicain. Et pendant que Victoire Desnoyelle, la présidente du Conseil, peste de devoir abandonner une once d’un pouvoir chèrement acquis, on astique les sabres de la Garde républicaine et on s’incline avec diplomatie devant les oukases de l’autocrate.
Pendant ce temps, pas très loin, Joseph, Saint-Joseph-des-Morts, comme le surnomme le Petit Journal, écoute et parle aux défunts gisant à la morgue de l’Hôtel-Dieu. Un talent surnaturel lui ayant valu l’adoration des Sœurs et la méfiance de sa hiérarchie, d’autant plus irritée qu’il s’est mis en tête de cartographier l’Au-Delà afin d’apaiser le passage des âmes.


Les Démons de Paris ne manque pas de ramener à la mémoire une multitude de références puisant en priorité leur origine dans des photos au charme suranné : celles du Paris de la Belle-Époque. Un Paris volontiers canaille, où se mêle encore l’ancien, les vendeurs des rues et leur charrette – le chien attelé dans les brancards – les chasseurs de rats, les fiacres, et une modernité toute neuve s’incarnant dans le métro, l’électricité et l’automobile.
Dans cette capitale, en grande partie fantasmée il faut le reconnaître, rôde le crime, la superstition et diverses déviances peu avouables. La pègre se pare d’exotisme et des complots étranges se trament dans des soupentes poussiéreuses.
Ce Paris doit finalement autant aux témoignages du passé qu’à l’imagination des feuilletonistes, voire de Jacques Tardi. On y croise aisément des figures historiques avérées, des individus louches à la trogne marquée par le vice, des gendarmes moustachus, des chapeaux melons, des mages doués de talents médiumniques. Bref, nous sommes dans un autre monde, sans doute quelque part en parachronie, pour adopter une terminologie plus hype.

C’est dans ce cadre que l’auteur déploie son imaginaire. Pour ce faire, il convie Grande et petite histoire, convoquant les ombres de Lénine, de Fulgence Bienvenüe, du préfet Lépine, de Raspoutine pendant que s’exhalent les vapeurs méphitiques des invocations démoniaques. L’auteur fait montre d’une grande habileté à entremêler l’authentique et le fictif. En somme, il capte l’esprit d’une époque, l’art de conter des faiseurs de romans populaires, sans pour autant abandonner complètement les procédés d’une narration moins rétro.

À cheval entre l’uchronie et le fantastique, Les Démons de Paris se lit comme un thriller où l’auteur ne laisse rien au hasard. L’intrigue alterne deux trames, un effet propice aux rebondissements, qui finissent par se superposer en un final dantesque méticuleusement amené. Le rythme endiablé du récit ne concède rien à l’atmosphère et confère au roman la qualité de redoutable page turner.


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À l’instar des feuilletonistes, Jean-Philippe Depotte n’hésite pas à violer l’Histoire afin de lui faire de beaux enfants. Au regard de la qualité de sa progéniture, superbement illustrée par Daylon, il n’a pas à rougir de son forfait.

Assurément, un auteur dont on guettera le prochain roman.