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Publié le 01/06/2009

Les Enfants du Rasoir de Joe R. Lansdale

[The Nightrunners, 1987]

REED. BRAGELONNE, MILADY, 1989

Par Ubik

Becky et Monty formaient un petit couple sans histoire. Des bourgeois libéraux, altruistes et pétris de principes progressistes. Jusqu’au jour où leur existence tranquille croisa la trajectoire nihiliste de la bande à Clyde ; un groupe de jeunes délinquants obsédés par la barbarie et appliquant sans vergogne une version fascisante du surhomme nietzschéen.

De quoi pourrir sévèrement un week-end à la campagne. De quoi aussi broder un honnête roman de gare comme le démontre Joe R. Lansdale.


Le nom de Joe R. Lansdale suscite sans doute davantage d’écho parmi le lectorat accoutumé aux romans noirs et aux thrillers. Il faut dire que dans l’Hexagone les publications récentes de l’auteur relèvent quasi-exclusivement de ce domaine. Recommandons au passage la lecture de la série qu’il consacre aux personnages récurrents de Pine & Collins, et surtout son chef d’œuvre : Les marécages.

Les Enfants du Rasoir se présente comme un livre à mi-chemin entre le roman noir et le fantastique horrifique. Il partage le propos social du premier genre - la violence d’une jeunesse désaxée - et use des ressorts du second : précognition et possession diabolique. Le pitch aligne également les poncifs et les procédés inhérents au thriller. Ceux-ci sont particulièrement visibles dans la troisième partie.

En conséquence, nous nous trouvons devant un texte composite. Ce que ne vient pas démentir la structure du récit. En effet, le fil de l’intrigue lui-même est interrompu par un long intermède - une partie complète - qui introduit un flash-back où sont présentés les motivations des jeunes criminels, en particulier celles du duo formé par leurs meneurs, et les prolégomènes du drame à venir. On change ainsi de point de vue, basculant de l’autre côté, au cœur du côté obscur, pour paraphraser un des personnages.

Ceci a le mérite de rompre la monotonie d’une intrigue par ailleurs très balisée. Et puis, il faut reconnaître également que cette partie comporte quelques belles scènes macabres, voire grand-guignolesques, de perversion et d’ultra-violence. Il s’agit sans aucun doute du segment le plus intéressant du roman. Il est hanté par une folie latente, dominée par l’apparition cauchemardesque du Dieu du Rasoir (qui donne son nom au titre d’une nouvelle de Lansdale).

Une écriture très imagée, nourrie de multiples références cinématographiques empruntées aux films populaires, porte l’ensemble du roman. Le procédé, très efficace, atteint son point culminant à l’occasion du dénouement. Les aficionados à la culture déviante ne manqueront pas d’y reconnaître à la fois des allusions à Halloween de John Carpenter et à Straw Dogs de Sam Peckinpah.


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Les Enfants du Rasoir est un produit calibré, sans véritable surprise, qui atteint l’objectif qu’il vise et pas davantage. Une excellente mauvaise littérature pour paraphraser George Orwell. Un roman dans lequel Joe R. Lansdale n’a pas encore définitivement opéré le tri entre ses diverses influences.

Gageons que le label Milady poursuivra la réédition des titres les plus horrifiques et déviants de Joe R. Lansdale. A commencer par son recueil Texas Trip [By Bizarre Hands] et son roman La mort dans l’Ouest [Dead in the West]. On peut rêver un peu, à défaut de cauchemarder.