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Publié le 01/11/2004

Les Extrêmes de Christopher Priest

[The Extremes, 1998]

ED. DENOEL / LUNES D’ENCRE, 2000 - REED. FOLIO SF, 2004

Par Mr.C

Teresa, jeune enquêtrice du FBI, a suivi la formation aux mondes ExEx, ces mondes virtuels violents et ultra-réalistes dans lesquels les agents apprennent à réagir à des situations de crises ayant réellement existé [tueur fou, prise d’otage, embuscade...]

Mais depuis qu’Andy, son mari, est mort dans une intervention, elle ne parvient plus à s’extraire de la virtualité et s’enfoncent de plus en plus loin dans ses souvenirs... ou est-elle en train de devenir folle ?

L’un des meilleurs moyen d’accéder à l’oeuvre singulière de Christopher PRIEST.


Le thème fétiche de Christopher Priest est la dualité. Chacun de ses romans échaffaude le plan de personnalités ou de réalités jumelles si intimement mêlées qu’elles ne semblent souvent qu’une seule. Il est donc assez logique qu’il place les réalités virtuelles au coeur d’un de ses textes [il avait déjà abordé le thème pour la novellisation du film de David Cronenberg, eXistenZ]. Mais la force de PRIEST, c’est de toujours permettre la projection du lecteur : il n’y a que très peu d’effort à faire pour suivre Teresa Simons dans les gouffres où elle va plonger.

Teresa Simons est un agent du FBI traumatisée. Andy, son mari, lui aussi agent fédéral, est mort, tué l’été dernier par un forcené qu’il cherchait à maîtriser, au Texas. Le monde s’est arrêté ce jour là, le 3 juin. Mais le même jour exactement, ce même 3 juin, à l’autre bout du monde, dans une petite ville nommée Bulverton, en Grande-Bretagne, le temps s’est arrêté aussi : un fou armé a fait un massacre en tirant à vue sur les passant, tuant plusieurs personnes avant d’être maîtrisé.

C’est pour faire son deuil, pour répondre à des questions qui ne se pose pas avec des mots, que Teresa se rend donc à Bulverton. Une quête comme nous pouvons tous en avoir vécu après un drame personnel : Teresa tente une approche différente des choses, essaie de gratter sa douleur sans trop se faire mal.
Sauf qu’il y a les Extrêmes.

Les Extrêmes sont des logiciels qui permettent une immersion totale dans des réalités virtuelles. Ces logiciels sont en pleine expansion : on y a accès via des centres payants. Il y en a dans toutes les villes. Il y en a un à Bulverton. On peut y vivre des expériences totalement réalistes, dans la peau d’un tueur, d’un amant, d’un héros, d’un agent du FBI...
Teresa connait bien les ExEx. Au FBI, elle s’est entraînée avec eux. Des dizaines et des dizaines de répétitions du même scénario d’intervention pour réussir à maîtriser un psychopate posté sur un toit... Des dizaines de morts pour de faux aussi réelles que des vrais, aussi violentes.

Et c’est lorsque Teresa va s’immerger dans un ExEx qui traite du massacre de Bulverton qu’elle va accéder à un autre plan de la réalité. Elle y vit et revit les événements du 3 juin. Du point de vue des policiers. A la place des victimes. Dans la peau du tueur lui-même. Elle y ressent les émotions de chacun. Elle tressaille lorsqu’elle découvre que le tueur, quelques heures avant d"ouvrir le feu en plein centre-ville, à lui-même accédé à un centre d’ExEx...

La plongée de Teresa de scénario en scénario est une chute libre. Que cherche-t-elle en tentant tout pour modifier le cours de événements passés ? Sait-elle que tout cel est vain ? Quel effroi lorsque’elle découvre que les événements du 3 juin sont liés à plus d’un titre...

A-t-elle trouvé une faille, une possibilité de retour en arrière ? Qu’est-ce qui la pousse à revivre la mort de son époux encore, et encore, et encore... Croit-elle réellement pouvoir le rendre à la vie ? Se pourrait-il que, dans un angle mort de nos perceptions, elle puisse réussir ?

Ainsi, Teresa peut revivre virtuellement aussi bien le massacre de Bulverton que la mort de son mari, dans des expériences chaque jour plus traumatisantes, au risque de perdre pied et de confondre rêve et réalité. Quand on s’efforce de réécrire l’histoire en la simulant, on ne guérit tout simplement pas... On s‘enferme, on coule, dans une sorte de neurasthénie destructrice et sans retour.


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Tragique, dense, triste à mourir, Les extrêmes utilise des éléments classiques en SF pour les intégrer à une histoire profondément humaine. Une petite leçon d’intelligence et de compassion que nous offre un Christopher Priest en grande forme.

Et une raison supplémentaire de penser que oui, décidément oui, la SF est un fascinant espace d’expérimentation.