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Publié le 01/09/2006

"Les Futurs Mystères de Paris" de Roland C. WAGNER

Sous l’angle de "Tekrock" & "Mine de Rien"

ATALANTE, 2006 [réédition & inédit]

Par Daylon

Si vous êtes des lecteurs avertis du Cafard, vous devriez vous demander si je n’ai pas craqué ; pété un boulon ; mis mon pauvre neurone [à défaut d’un cerveau complet] sur orbite elliptique, en attente de libération. Alors, que les choses soient claires : OUI, JE VAIS VOUS CHRONIQUER LES FUTURS MYSTÈRES DE PARIS. Ici ; là, maintenant. Pas peur. Cette analyse express aura pour cobaye le presque récent « Mine de Rien », neuvième épisode de la série, ainsi que la réédition de « Tekrock », qui sera notre groupe témoin. On attrape sa blouse de chimiste ; les lunettes de protection. On enfile les gants ; on fait claquer le latex et on s’empare du scalpel.


Parenthèse :

Non, je ne sais pas comment j’ai fait pour me retrouver avec « Tekrock » et « Mine De Rien ». Ceci étant : ici, quand on reçoit des services de presse, outre les chroniquer en retard, on ne fait pas semblant. Oui, ma p’tite dame. On m’a dit qu’il fallait que je les lise... Étant un grand fan de CALVO. Non : moi non plus, je ne voyais pas le rapport.

Ah. D’ailleurs, je le cherche encore. Si quelqu’un le retrouve, postré, les yeux humides, quelque part près de chez nous : veuillez le ramener au Cafard. C’est qu’on y tient. Vous pouvez tous participer au schmiltruc, sur le forum.

Mais je m’éloigne.

L’enjeu de cette pseudo/pro étude est de taille. Notez : depuis le temps que tout le monde ne dit QUE du bien de Roland C. WAGNER, je commençais un peu à ressembler à un idiot [ce qui n’était déjà pas difficile, en temps normal], dans les soirées ultra-hype-über-branchées parisiennes. Mes semblables primates bavassent, minaudent et publient des chroniques élogieuses sur RCW. Et je ne pouvais pas participer à leurs discussions. Non, je n’avais jamais lu RCW. Désolé. Erreur fatale, dans la biosphère impitoyable du fandom. J’étais trop à coté de mes pompes. Pas assez citadin ; pas assez at the leading edge of ze froggy fuckin’ silly sci-fi [from outa space]. Ça arrive à tout le monde. L’erreur est réparée, désormais. Hell, yeah. ‘Faut que je vous raconte.

I. LE CONTEXTE

Oui, je fais des chapitres. Ça va, hein. Faut bien devenir un grand, un jour. Les Futurs Mystères de Paris [pour lequel je me permettrai de récupérer l’acronyme FMP qui circule ici ou là ; j’éviterai les ampoules], donc, nous dépeint un avenir sans guerre, quasiment dénué de violence. Une société découpée en une myriade d’idéologies agglomérées entre-elles dans une nouvelle définition du melting-pot. Un étrange bricolage d’extrêmes ; tout d’un seul tenant.

Ah, la belle France. Elle ne semble pas avoir tellement changé, en cette année 2064. Les hologrammes si 70’s ont envahis le quotidien ; on écoute des dérivatifs de genres musicaux contemporains. Du rock psyké, sous drogues inconnues. Du tekrock, comme copie carbone de l’electronic body music. À ceci près que tous restent traumatisés de la Terreur de 2013. Un phénomène aussi particulier qu’inexpliqué, où toutes les créations de l’inconscient collectif humain se seraient échappées de l’imaginaire pour investir la réalité.

Là-dessus, saupoudrez d’intelligences artificielles bipolaires, des camés, Led Zeppelin [ah, peut-être pas] et les Talents de certains humains. Comme la transparence.

« - Bonjour, dit la vieille. Je suis Edmée de Monte-à-l’Envers. (elle tendit la main à la copine du Hippie, qui la serra non sans méfiance.) Votre ami vient d’être enlevé. »

Premier fait marquant, lorsqu’on découvre la série [effet particulièrement fort sur Tekrock, où énormément de développements sont effectués] : RCW semble se perdre dans sa volonté de mixité. Nous avons d’un coté un univers où les archétypes [qui eux-mêmes posent problème, mais nous y reviendrons plus bas] prennent chair, peuplé de sectes hallucinantes et hallucinées... Tout ayant de maladroites explications pour créer des liens chronologiques avec notre monde.

Les cultures, technologies et faits historiques, s’ils auraient pu fonctionner dans un univers merveilleux [merci-de-ne-pas-confondre-avec-la-fantasy-merci], se trouvent totalement annulés par de visibles incohérences. Comment telle technologie pourrait apparaître aussi vite ? Comment telle autre aurait pu seulement se comporter de cette manière [je pense à certaines IAs facétieuses qui perdent d’un coup leur capital sympathie] ? Comment [bordel de cul] telle dernière aurait seulement pu perdurer ? Car on implique à la fois une évolution et une violente rupture. Peut-être un travail trop laxiste sur les premiers tomes, obligeant l’auteur à de savantes pirouettes [mais pas franchement heureuses] pour rattraper le coup... ? Là où WAGNER se vautre méchamment : c’est à force de vouloir relier son univers délirant avec le nôtre. Une erreur découlant peut-être de la nécessité de filiation avec la « marque » des FMP [Futurs Mystères De Paris ; suivez, un peu].

II. LA NARRATION : LE PULP, C’EST UN MÉTIER

Si ces premières constatations éclipsaient déjà l’option « chef d’œuvre »... La suite ne fera que rendre le tableau plus désastreux. Parenthèse : Hé, les gars ? Vous êtes sûrs qu’on a lu les mêmes bouquins ? Hein ? Dites ?

JE CONÇOIS qu’il puisse exister une certaine catégorie de pulp. Une littérature entièrement destinée au divertissement. LE PROBLÈME est que ça ne s’improvise pas. Même si les gens d’en face, là, retranchés dans leur forteresse d’excels à courbes ascendantes pourraient essayer de prétendre le contraire ; le pulp n’est pas une catégorie où l’on peut ranger n’importe quelle poubelle.

Ici, WAGNER souffre d’un laxisme latent. Quelque chose comme un trop plein de confiance dans son récit. Oui, l’auteur ne nous perd pas. Oui, le lecteur, quelque soit son bagage, peut tout comprendre. Mais non : ça ne fonctionne pas. Si l’écriture est propre : elle est totalement dénuée de style. Rien d’identifiable. Et pire : l’histoire nous est mal contée.

Comme si la simple volonté de raconter une histoire à un public peu regardant justifiait de prendre la structure par-dessus la jambe [non, il ne suffit pas de saupoudrer de quelques jeux textuels entres les chapitres][à ce niveau : autant coller des sudokus][en plus, c’est à la mode ; ça tombe bien]. Entendons-nous bien : je ne remets pas en cause les intentions de l’auteur. RCW cherche à nous divertir, mais ne se montre pas ou peu astucieux : l[es] histoire[s] [en particulier à propos de la catastrophe littéraire Tekrock] est/sont linéaire[s]. Les ficelles sont grosses comme des boutes. On s’ennuie. On s’ennuie toujours, lorsque WAGNER tente de donner un quotidien à nos héros ; celui-ci est tellement dénué d’intérêt [éléments de contextes nuls, symboles dramatiques inexistants, etc.] que... Bon. Le texte parle de lui même.

« - Avez-vous faim ? m’enquis-je. Un triple hochement de tête me répondit. Comme je n’avais pas de quoi nourrir nos quatre bouches affamées, je proposai que nous commandions un plat tout préparé. Ludwig suggéra une pizza et Snakefingers des hamburgers, tandis que le colonel demandait s’il était possible de se faire livrer un steak frites. Pour ma part, j’avais plutôt envie d’un chili con carne à la coriandre. Or la carte du traiteur vénézuélien à l’angle de Gergovie et de Raymond-Losserand proposait tous ces plats et bien d’autres encore. »

Vous n’hallucinez pas. Pour ceux qui pensent lire une blague de chroniqueur mal intentionné, rendez-vous page 133 de Tekrock. C’est plaisir. À ce moment précis, vous naviguez dans la première moitié de l’histoire et la température au sol est de 12° Celsius... Ça donne quelques impressions étranges ; comme celle qu’on va bien s’ennuyer. Mais bien. Beaucoup. Mortellement.

Les digressions de ce calibre sont nombreuses. Et ? Enfin, franchement : le lecteur lambda, lui, s’en cogne. Espérons juste qu’il [le lecteur] ne s’est pas défenestré entre-temps. Je rêve soudain de reality tv, de pages de pubs sur TF1, d’overdose d’émissions-recyclages et de junk-press. Je mets des anglicismes, si je veux. Faisons les comptes : je ne suis qu’au sixième du matériau qu’on m’a refilé à chroniquer. Parfois, aussi, je hais cette planète. Je peux encore attendre qu’un miracle arrive. Pensez-donc : on a tué des arbres, pour ça. Ou recyclé d’autres livres. Avouez que ça fout méchamment les boules. Je ne sais pas si j’oserai sacrifier un « 20mn », pour ça.

Hélas : si Mine de Rien est parvenu à résister au décrochage total ; notre groupe témoin, Tekrock, sombre dans un coma irrémédiable lorsque notre scalpel atteint le cœur. Un doc’, dans la salle ? Les FMP apparaissent comme de petits policiers à la santé fragile ; mineurs, lisses et poussifs.

On pourrait en rester là si [L’auteur, cautionnant l’éditeur ? L’éditeur, complaisant sur sa série ?] on ne devait garder à l’esprit que nous sommes en présence de MYSTÈRES DE PARIS. Je ne suis pas un grand spécialiste des vieux policiers ; j’ai même tendance à détester ça. Mais je m’étonne : oser comparer la bouillie psychédélique rétro-nimpo-écolo-new-age-mal-fichu aux romans populaires de Léo MALET ou DARD... En-dehors de tout critère qualitatif, ça relève soit de l’inconscience naïve, soit de la franche surpondération testiculaire.

III. LE RAPPORT AU LECTEUR

Ah. Cette complicité que WAGNER instaure entre lui et son nouvel ami, le lecteur. De ce coté : on ne peux pas dire que l’auteur ne fasse pas d’effort. Les FMP en regorgent. L’enjeu même de la série semble reposer sur cette relation divertissante entre les deux parties.

Le gros souci est que l’humour potache qui fonctionne à l’oral [oui : WAGNER est un auteur gentil et drôle, en vrai]... Est pitoyable, dans un récit. Tenter vainement de faire de la blague tout en maintenant un regard bien appuyé, tourné vers le spectateur... Comment dire... Ça ne marche pas. Non, ça ne fait pas rire. C’est potache, gentillet ; mais ça ne fonctionne pas. Le contexte ne s’y prête pas ; l’histoire ne s’y prête pas. Ça fatigue.

« Si vous désirez que cette page s’affiche automatiquement à chaque mise à jour, tirez la langue, cachez-vous l’œil droit et sautez à cloche-pied autour de votre terminal. »

Je peux pas m’empêcher de repenser aux parties de MAD [meuh siii, vous connaissez ; avouez] à 5h du mat’, le corps parfaitement éthylé. Chargé à bloc. En attendant les premières lueurs, les croissants chauds et le mode d’emploi pour retrouver le sommeil. Carte type : « carte valable le vendredi ». Cool. Quelque chose de british a dû m’échapper. Ouais, voilà : un truc super-culturel, qu’un sale gosse de ma trempe ne peux pas saisir. Les Futurs Mystères de Paris, c’est sooo british. Mais avec du pinard.

Bon, vu qu’on en parle...

Non, pas à propos de l’alcool. Y’a une chose qui est aussi puissamment irritante : les clins d’oeils. C’est un tic assez incroyable ; potache et sans intérêt ; un « Roland parle aux fandomiens ». Peut-être un procédé censé faire mousser le nerd sci-fi moyen, mais qui gonflera l’autre partie des « initiés » qui ne pourront que se retenir de ne pas fermer le bouquin. Sur le champ. On frise le syndrome du Vite-Clot©. Perso : j’ignore si j’ai continué par pure perversion ou par sens du devoir ou par gentillesse envers l’auteur.

IV. LA RÉALITÉ ET L’IMAGINAIRE EN CONFLIT

On retient tout de même LES deux grandes idées de la série : Primo. Le talent de transparence [reprit par son collègue AYERDHAL, dans le roman éponyme, au Diable Vauvert ; en poche chez Folio Policier] Et... La PSYCHOSPHÈRE.

La psychosphère, donc. Mais, on va se faire une raison, ce n’est pas l’inconscient collectif de l’humanité qui est dans la psychosphère : c’est celui de R.C.Wagner ; une psychosphère qui révèle un désir d’imposer coûte que coûte des codes, des références et une vision beat-generation-like démodée. À chaque page, j’ai la sensation désagréable d’avoir l’auteur qui gesticule dans mon dos et ne cesse de me prendre à parti pour me dire : « Hé ! Regardez-moi ! Je connais les drogues et j’écoute du vrai rock’n roll ! L’esprit de la commune vaincra ! Youpi ! Tous avec moi, les amis ! »

Dans l’absolu, si on fait fi de cet aspect gênant, il nous reste encore ces frictions entre la réalité et les injections régulières de l’imaginaire débridé. Étrangement, chez WAGNER, c’est le réel qui déconne. On se demande pourquoi l’auteur n’a pas plutôt proposé une version totalement décontextualisée de son univers. La pilule de la Wagnerosphère serait passée. Peut-être aurait-on accepté plus facilement ces rapports incessants avec les sixties.

Ainsi, non seulement la Wagnerosphère englobe la réalité/fiction des FMP, mais elle finit par absorber l’auteur lui-même... L’œuvre se condense à tel point dans le nombrilisme culturel qu’on ne peut qu’être triste pour l’auteur, qui pourrait certainement faire mieux que ça, s’il allait prendre un peu l’air. Par moments, l’astre est tellement bouffit qu’on en oublie d’avoir pitié de Wagner... Et on rit. On rit de bon cœur ; on rit à s’en taper le cul par terre ; oui madame, rien de moins. Mais pas aux « instants humoristiques » disséminés dans les récits. C’est tout de suite un peu plus dommageable.

Résumons : notre futur extrapolé et la psychophère sont incompatibles. Les Mystères de Paris rejètent la greffe. Je propose d’amputer au-dessus des seventies.

V. PRENONS DU RECUL

Quand je vois la ribambelle de couillons/collègues-bien-aimés qui ont sorti, l’air de rien, que l’histoire [généralisons] se dévorait « chapitre après chapitre » [certainement avec de très longues pauses et d’énormes doses d’anti-dépresseurs, avant ; j’imagine]... Hé bien... Je ne sais pas. J’ai ptêt trop lu Noddy et les Monsieurs/Madames. Ça doit me filer des goûts élitistes qui m’empêchent d’apprécier la littérature populaire à sa juste valeur. Ce doit être ça.

On me fait remarquer que Les Futurs Mystères de Paris demeurent, au final, un bon divertissement. Pourquoi pas. Maintenant, si votre budget vous permet de vous offrir une série de divertissements mous-sans-génie, avec quelques-idées-a-priori-mais-mal-fichues, à 15-20 euros l’unité... Mouais. Pourquoi pas. On ne va pas vous contraindre. Je ne suis pas votre mère.


Les Futurs Mystères de Paris

Pour les têtes brûlées, les masochistes, les gens qui n’ont pas de goût et les amis de RCW, voici la liste complète des titres de la série :

  • « La Balle du Néant »
  • « Les Ravisseurs Quantiques »
  • « L’Odyssée de l’Espèce »
  • « L’Aube Incertaine »
  • « Tekrock »
  • « Toon » [non-réédité]
  • « Babaluma »
  • « Kali Yuga »
  • « Mine de Rien »

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REFERMONS LA PLAIE, DOCTEUR / CONCLUSION

C’est bien essayé, certes ; mais fade, indigeste, perclus de défauts et de gimmicks old-school... À la limite de l’imbuvable ; limite franchie à plusieurs reprises, confinant au ridicule, qui déclenchera le rire gras du lecteur... Nos voisins de Nanarland apprécieraient.

Allez. Voyons le bon coté des choses : l’humour involontaire, c’est toujours le meilleur. Hésitant entre la parodie, le psychédélisme, le pseudo-[auto]-référencé, le vrai-faux délire-mais-pas-trop, l’humour-qui-ne-marche-pas, le contexte j’ose-tout-mais-j’essaie-de-filer-un-contexte-à-deux-sous et les intrigues ineptes/pénibles...

Ce n’est pas parce qu’on apprécie un auteur qu’on doit lui mentir. Les Futurs Mystères de Paris : ce n’est pas bien. Et non, monsieur WAGNER : ces couvs sont laides [ouais, y’en a d’autres ; mais c’est pas le propos, ici]. Ça va pas aider.

Voyons le bon coté des choses. Au moins, je n’aurai pas tout perdu : maintenant, je peux briller en société, grâce aux Futurs Mystères de Paris ! Cocktails, me voilà !

Message personnel : Roland, fais-nous donc plaisir... Achète-toi de nouveaux t-shirts. Le camouflage anti-daltonien, ça marche pas terrible sur les nouvelles générations.