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Par Ubik
Dix ans après les aventures du Vertov, les proches de Child Kachoudas n’ont toujours pas fait leur deuil de la disparition du jeune homme. Partagé entre résignation et espoir, chacun a repris le cours de son existence, gardant aux tréfonds de sa mémoire le peu d’informations qu’il a pu glaner sur les circonstances précédant son départ.
Les choses auraient pu en rester là si un fonctionnaire d’une officine confidentielle de l’ONU ne les avait pas contactés, apportant dans ses valises d’antiques manuscrits découverts au cours de fouilles archéologiques dans le Néguev. Voilà notre groupe en route pour Israël : Sphinx l’ex-compagne de Child, leur fille Emma, Yove l’acolyte de Sphinx, un trio de papys rockeurs parmi lesquels figure le père de Child et Théo Masterson, cet énigmatique fonctionnaire. Tous sur la piste du messie et, espèrent-ils, sur celle de Child.
En musique, le deuxième album apparaît souvent comme une étape essentielle, surtout lorsque celui-ci suit un succès. Détaché de l’étiquette « découverte », on peut s’appesantir sur ses composantes artistiques ou intellectuelles, juger de la maîtrise de l’outil technique et mettre celui-ci en perspective avec le reste de l’œuvre. Il en va de même en littérature, même si le médium diffère.
Avec ce second roman, Frédéric Delmeulle choisit de revenir dans l’univers de La Parallèle Vertov, faisant des Manuscrits de Kinnereth le deuxième volet d’une série désormais intitulée Les Naufragés de l’Entropie. Un titre à même de séduire les amateurs de La Patrouille du Temps, cycle auquel on pense plus d’une fois en cours de lecture...
Histoire de baliser davantage le terrain, l’auteur aborde aussi un des sujets les plus rebattus de la littérature occidentale de ces dernières années, civilisation judéo-chrétienne oblige, une thématique déclinée sous toutes ses facettes – mystique, ésotérique, métaphysique, historique – , offrant une gamme étendue de traitement, de l’humour (on pense à L’agneau de Christopher Moore), en passant par le thriller (indiquez ici le titre de votre choix), voire le pamphlet (Voici l’Homme de Michael Moorcock, évidemment)...
Bref, on parle bien ici de la supposée existence historique de Jésus Christ et accessoirement de la foi en découlant.
Avant d’aller plus loin, confessons, c’est de circonstance, quelques craintes, l’auteur chargeant sa barque au maximum... L’embarcation prend-t-elle l’eau de toute part ?
À vrai dire : oui et non.
Certes, on se réjouit de retrouver tous les ingrédients ayant attiré notre attention dans le précédent volume.
Un style efficace, non dépourvu de quelques envolées poétiques, parfois un peu lourdes, il faut en convenir aussi.
Une intrigue rondement menée, fertile en fausses pistes et rebondissements, même si les parties ultra-explicatives ont tendance à ralentir le rythme. Ici, elle lorgne nettement du côté du techno-thriller, rappelant par ailleurs Jésus vidéo d’Andreas Eschbach, du moins au départ.
Une fiction spéculative convoquant l’Histoire pour mieux s’aventurer dans ses angles morts, le hors-champ de Clio. Ce n’est un secret pour personne, bien entendu. Les Évangiles et la rareté des sources évoquant le Christ ouvrent un boulevard aux spéculations les plus fantaisistes. Heureusement, Frédéric Delmeulle jongle habilement avec les unes et les autres, de manière à enrichir sa propre hypothèse science-fictive.
Enfin, un goût avoué pour l’intertextualité, l’auteur usant et abusant des clins d’œil en direction du lectorat de science-fiction et de sa connaissance du genre.
Mais voilà, il s’agit du deuxième roman et l’on attendait sans doute davantage qu’un approfondissement, certes de dimension cosmique, du dénouement de La Parallèle Vertov. Et ce manque d’enjeu fait ressortir davantage les faiblesses sur lesquelles on passait allègrement auparavant : légèreté de la psychologie des personnages, théâtralisation des révélations (ne manque plus que les trompettes sonnant l’Apocalypse), multiplication des poncifs...
En conséquence, on ressort un tantinet déçu, avec une impression d’insatisfaction lancinante nous faisant dire que Les Manuscrits de Kinnereth, sans être un roman honteux, ne transforme pas complètement l’essai.
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Au final, la fraîcheur imprégnant La Parallèle Vertov n’est hélas plus de mise. On se trouve devant un banal page-turner, ce qui n’est déjà pas si mal, mais toutefois pas suffisant pour s’enthousiasmer une nouvelle fois. Comme on dit : qui aime bien, châtie bien. |
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