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Publié le 15/11/2006

Les Marécages de Joe R. Lansdale

[The Bottoms, 2000]

REED. FOLIO/POLICIER, 2006

Par Ubik

Dans une maison de retraite, Harry survit, un tuyau dans la queue, dans l’attente du prochain repas ou de ce qu’on lui servira. Le temps passe lentement et dévore le peu d’énergie vitale animant son corps décati. Ne lui reste plus que les souvenirs d’une vie bien remplie.
À plus de 80 ans, Harry n’a pas à rougir d’une existence entière passée dans le respect des principes inculqués par ses parents. Et comme bien souvent en ces circonstances, lorsque la fatigue se fait inexorable et que le poids de l’âge s’abat sur sa carcasse comme un cheval mort, des bouffées de son enfance lui reviennent en mémoire, en particulier un épisode déterminant vécu durant les années 1930.


1933 dans une bourgade de l’East Texas. Toby, le chien de la famille, le dos brisé par la chute d’une branche morte, n’est plus que douleur. La mort dans l’âme, Harry doit se résoudre à l’abattre pour abréger ses souffrances. À 13 ans, la mort et les armes n’ont déjà plus aucun secret pour lui. Armé du calibre 16 de son père, en compagnie de sa petite sœur Tom, âgée de 9 ans, il charge la pauvre bête dans une brouette et prend la direction des bois auprès de la Sabine. Comme la perspective de tuer Toby ne les réjouit guère, les deux enfants se laissent embarquer dans une ultime partie de chasse aux écureuils.
À la tombée de la nuit, le chien peut ajouter six dépouilles à son palmarès, mais les enfants se sont égarés. Clopin-clopant, en poussant la brouette, ils errent désemparés jusqu’à ce qu’un bruit dans les fourrés ne vienne leur remémorer l’existence de l’Homme-Chèvre : une créature légendaire que certains esprits crédules et superstitieux jugent démoniaque.
Bref, Harry et Tom n’en mènent pas large, surtout lorsqu’ils découvrent de surcroît le corps, entortillé dans des barbelés, d’une femme noire jetée sur la berge. Ce cadavre pourrissant ne constitue pourtant que le prélude d’une série qui va bouleverser la routine de la bourgade et réveiller la bête sommeillant en chacun de ses habitants.

Les Marécages s’inscrit dans la veine des romans populaires américains prenant pour cadre le « Vieux Sud ». On aborde ici un territoire connu : celui de ces petits blancs durs à la peine, pétris par une foi inébranlable et des principes hérités de leurs parents. Un Sud où le Ku Klux Klan règne en maître, n’hésitant pas à rappeler aux noirs où se trouve leur place : dans le caniveau, quand ce n’est pas pendus à un arbre, étranges fruits dont la récolte ne choque pas grand monde. On pense inévitablement à Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur de Harper Lee, à La Bête qui sommeille de Don Tracy ou éventuellement à Faulkner.

Dans ce cadre traditionnel et ce contexte déjà vu, celui de la Grande Dépression, Joe R. Lansdale greffe une intrigue empruntée au thriller. Toutefois, il délaisse le cliffhanger de fin de chapitre, dédaigne les stéréotypes inhérents à ce type de narration en adoptant le point de vue « candide » d’un enfant. Il prend son temps pour poser l’ambiance, installer les personnages dans toutes leurs nuances et dévoiler les rapports de force unissant les diverses composantes de ce microcosme.

Car derrière les apparences trompeuses du thriller, Les Marécages est un roman sur la transmission des valeurs et sur la filiation. Pour Joe R. Lansdale, les héros ne sont pas des personnages fictifs auxquels on s’identifie. Les héros sont les personnes qui nous ont faits : nos parents. Qu’ils agissent en tant que repoussoir ou modèle, nous sommes la résultante de leur éducation. Enfin, l’auteur américain n’oublie pas d’appliquer cette règle élémentaire du roman noir : il n’y a pas de Bien ou de Mal, juste des gens qui disent non et qui boivent un coup, parce que c’est dur.


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Roman profondément humain, Les Marécages s’impose par la sincérité de son ton. Une qualité qui lui confère une place à part dans l’œuvre de Joe R. Lansdale et le propulse dans la liste des incontournables de l’auteur.