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Publié le 04/10/2008

Les Nouvelles de Roberto BOLANO

ED. CHRISTIAN BOURGOIS, 2008

Par PAT

Romans, nouvelles, histoires courtes, fragments d’autobiographie, les éditions Christian Bourgois publient quantité de merveilles signées par l’auteur de l’incroyable 2666. Quasiment toutes sont disponibles dans l’indispensable collection Titres [qui - stupeur - ose la couverture typographique].


À l’aise partout, BOLAÑO compose avec la littérature multiple et la transforme en vision textuelle à la fois personnelle et cohérente. Fantastique, policier, tranches de vie, conférences, vraies-fausses autofictions, tout y passe, sans que jamais le lecteur ne se perde. Livrant çà et là des petites touches d’humanité ravagée, les nouvelles de BOLAÑO sont souvent bizarres, parfois stupéfiantes, toujours touchantes. Du grand art.

De ce décalage permanent naît peu à peu l’idée que l’écrivain vit avec son livre, que la littérature, c’est la vie, et inversement. Autant d’idées développées avec un talent douloureux dans 2666, retrouvées en partie [préfigurations et déviations] dans Appels téléphoniques, Le gaucho insupportable et Des putains meurtrières. Aussi à l’aise dans le texte court que dans le pavé monumental, BOLAÑO se fraie un chemin unique dans l’univers littéraire, véritable exploration qui, n’en doutons pas, sera forcément suivie par d’autres. Sud-américains ou pas. L’exil chevillé au corps, la violence politique en toile de fond et l’errance de l’âme teintée d’une vague nostalgie plus ou moins réprimée, la littérature du Cône Sud possède une identité bien précise, identité à la fois assumée et détestée par BOLAÑO, qui tire de son expérience humaine une oeuvre... Humaine, justement. Et si l’auteur ne parle quasiment que de lui, miracle, le propos n’est jamais nombriliste. Un numéro d’équilibriste assez stupéfiant qui laisse le lecteur aussi scié qu’admiratif.

Exemple typique avec L’oeil Silva, plongée sidérante dans la vie d’un photographe homosexuel perdu [au sens propre et métaphorique] en Inde, qui raconte son histoire à l’auteur. De cette nouvelle proprement suffocante, on ne dira évidemment rien, si ce n’est qu’elle procure le même genre de sensations que la lecture d’un célèbre texte de Boris VIAN, Les fourmis. Histoire courte qui, après coup, empêche purement et simplement de faire quoi que ce soit d’autre. On lit, on s’étouffe, et ensuite, on regarde ailleurs, on pense, on a fini de rire. On a fini de lire. L’oeil Silva est de ce calibre. Un texte qui change son lecteur. Pour de bon.

Même principe pour Jours de 1978, d’une tristesse infini, qui raconte (ou ne raconte pas) la vie d’un exilé... Jusqu’à la mort. Ceux et celles qui ont apprécié 2666 seront heureux de lire Préfiguration de Lalo Cura, personnage emblématique du roman dont on apprend ici l’enfance, et notamment les activités putatives de la mère. Putatives et cinématographiques, dans cette non-industrie qu’est le film pornographique mexicain. Sujet graveleux et nouvelle sublime, BOLAÑO est un magicien.
Insistons également sur l’épatant Le retour, nouvelle d’obédience surnaturelle qui met en scène un fantôme assistant au viol de son cadavre par un couturier déprimé. Histoire de nécrophilie donc, mais d’une douceur, d’une humanité et d’une beauté rarement vue en littérature [avec ce démarrage exceptionnel : J’ai une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne, c’est qu’il y a une vie après la mort. La mauvaise, c’est que Jean-Claude Villeneuve est nécrophile.] Signalons aussi le très autobiographique Enquêteurs, où le double littéraire du jeune BOLAÑO se retrouve emprisonné au Chili, juste après le coup d’état, et se fait libérer par miracle [sans tortures] grâce à l’intervention de deux anciens camarades de lycée devenus policiers. Tout en finesse et en ambiguïté, raconté sous forme de dialogue, le texte ne laisse pas franchement froid, non.

Enfin, Compagnons de cellule fait partie de ces histoires douloureuses, belles et forcément tristes capables d’ensoleiller une journée comme de la plomber. Les désastres de l’amour, les désastres de la folie, les désastres de la mort, on sent qu’Horatio Quiroga n’est pas loin. Fidèle compagne que la littérature sud-américaine. Et encombrante, sans doute.


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Découvert peu à peu par des lecteurs aussi enthousiastes que subjugués, la beauté froide des oeuvres de Roberto BOLAÑO s’impose comme un morceau de littérature à elle seule. Étonnants, envoûtants et très rapidement indispensables, ses livres font partie de ceux qui changent, qui réchauffent, qui énervent. Durablement.